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Exportations alimentaires : « On risque de terminer l’année avec une balance négative, ce qui n’est pas arrivé depuis 1978 »

Les produits alimentaires français perdent en compétitivité sur le marché international. Actuellement, la balance commerciale est au plus bas. Le collectif export et souveraineté alimentaire veut implémenter des solutions pour permettre une relance durable des exportations agricoles et agroalimentaires. 

Les assises de l’export alimentaire, le 18 novembre à Paris, ont été l’occasion pour les représentants des organisations adhérentes au collectif export et souveraineté alimentaire, CNPA, d’alerter sur la dégradation des exportations alimentaires françaises et de trouver des solutions pour relancer l’export pour les filières en perte de vitesse. 

Les exportations alimentaires reculent en Europe et dans le monde

Les exportations agricoles et agroalimentaires françaises se dégradent. Entre 2015 et 2024, elles ont reculé de 20 % en volume pour les produits agricoles et de 7 % pour les produits agroalimentaires. Dans le même temps, la part de marché mondiale de la France est passée de 5 % à 4,2 %.

Ce décrochage s’explique en partie par la contraction des exportations vers les pays tiers. La France est passée de 37,5 à 34,2 milliards d’euros de revenus entre 2022 et 2024 pour ses ventes hors UE.

 «La France a un déficit de plus de 3 milliards d’euros avec l’Espagne »

Il s’explique également par un recul des exportations vers l’Union européenne, où la France a perdu sa place sur le podium des premiers exportateurs agricoles et alimentaires, désormais devancée par les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Espagne. « L’Espagne affiche une progression spectaculaire de ses exportations depuis vingt ans, avec un total proche de 20 % des exportations alimentaires européennes, quand la France plafonne entre 11 et 13 % » indique Thierry Pouch, économiste à l’APCA. « La France a un déficit de plus de 3 milliards d’euros avec l’Espagne », ajoute Emmanuel Bernard, président de la section bovine d’Interbev.

Un secteur clé de l’export qui vacille

Les produits agricoles et agroalimentaires constituent pourtant le premier poste d’exportation de la France, représentant 82,5 milliards d’euros en 2024, soit 14 % du chiffre d’affaires total des exportations françaises. 

Lire aussi :Marché halal en Indonésie et en Malaisie : des opportunités pour les exportateurs français ?

La balance commerciale des produits alimentaires trinque

Les huit premiers mois de 2025 montrent une balance commerciale alimentaire historiquement basse avec une dégradation de 93 % du solde commercial cumulé, par rapport à la même période en 2024, passant de 4,5 milliards en 2024 € à 0,35 milliards € sur le cumul de janvier à aout 2025. 

 «...en glissant septembre 2024 à 2025, la balance agroalimentaire française est déficitaire de 158 millions d’euros »

  « Les chiffres de septembre sont encore plus inquiétants, puisque en glissant septembre 2024 à 2025, la balance agroalimentaire française est déficitaire de 158 millions d’euros » Informe Dominique Chargé, président de la coopération agricole.  « On risque de terminer l’année avec une balance négative, ce qui n’est pas arrivé depuis 1978 » alerte ce dernier. 

Lire aussi : Agroalimentaire : pourquoi le solde commercial est-il si dégradé cette année ? 

Des filières fragilisées

Parmi les secteurs les plus dépendants de l’export et qui souffrent le plus, figurent les vins et spiritueux. « C’est la filière vin et spiritueux qui soutenait la balance commerciale ces dernières années », précise Céline Imart, députée européenne (PPE). Les revenus globaux de la filière sont estimés à 32 milliards d’euros, avec une moitié de cette valeur provenant des exportations pour un tiers des volumes.  Prise en otage entre droits de douane américains, enquête antidumping chinoise et recul de la consommation en Europe, la filière vin et spiritueux est désormais en chute libre. 

Lire aussi : Œufs : bond de 12 % des importations françaises

 Cette année, le solde commercial des produits laitiers recule de 24 %. Celui des céréales baisse de 20 %, l’épicerie de 19 %, et les viandes et produits carnés de 17 %. À cela s’ajoute une mauvaise récolte 2024 qui accentue les déficits.

Pourtant, l’export reste vital pour certaines filières. « On a besoin d’exporter pour rapporter de la valeur à la carcasse de porc et garder des prix bas sur le marché interne », rappelle Frédéric Testut, directeur commercial de Fipso et représentant d’Inaporc, qui continue. « l’export vers la Chine permet de vendre moins cher sur la France les produits nobles ».

Lire aussi : Bovins : des exportations en baisse de 13 %, des importations en hausse de 6 % au niveau européen

L’inquiétude monte dans l’opinion publique 

Près de 8 Français sur 10 jugent inquiétant le déclin de nos performances à l’export, une fois informés de la situation, selon l’étude du cabinet Elabe réalisée pour le CNPA.

Quelles priorités pour relancer l’export ? 

« Si demain on veut exporter, il faut être plus compétitif et plus conquérant » indique Yannick Fialip le président du CNPA. 

Lire aussi : Porc : le savoir-faire de l'Ifip, soft power de la filière porcine française

Plusieurs intervenants de l’assise déplorent le manque d’offensive de la politique d’export française sur les marchés extérieurs. « Nous sommes en permanence en défense entre barrières sanitaires, protectionnisme, clauses miroir... » énonce Emmanuel Bernard. 

Regagner des parts de marché en UE

« On a perdu beaucoup trop de parts sur le marché européen. Commençons par le reconquérir avant de partir à l’autre bout du monde », souligne le représentant d’Interbev.

«les Italiens raffolent des produits de notre terroir »

Selon le directeur de Business France en Italie, la présence des produits alimentaires français reste étonnamment faible dans le pays, mais :  « Il y a des parts de marché à gagner, car les Italiens raffolent des produits de notre terroir ».  Laurence de Touchet, directrice des Programmes Export de Business, note également que lors des grands salons comme le SIAL, les autres pays européens sont beaucoup mieux représentés que la France, ce qui affaiblit la visibilité auprès des importateurs.

L’appui de l’administration lors des déplacements et des rencontres avec la clientèle étrangère reste, selon Yannick Fialip, une stratégie qui a déjà fait ses preuves et qui est à renforcer.

Lire aussi : Quelle est la position des industriels laitiers sur les accords de l’UE avec le Mercosur, le Mexique et les États-Unis ? 

Lever les freins administratifs et fiscaux

Le poids des normes et des délais administratifs reste un handicap majeur.

 « Pour monter un projet d’élevage en France, il faut trois à quatre ans, quand l’Espagne met un an » indique Frédéric Testut. La question du coût du travail revient également régulièrement. Pour Celine Imart, un allègement des charges fiscales et sociales constituerait un véritable levier pour le réarmement de la compétitivité des PME.

Lire aussi : Porc : « la production baisse plus vite que la consommation » alerte Anne Richard d’Inaporc 

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