Comment lutter contre la flavescence dorée de la vigne ?
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Transmise par la cicadelle Scaphoideus titanus, la flavescence dorée de la vigne peut entraîner l’arrachage de parcelles entières. Face à sa progression et son impact économique majeur, la lutte doit être collective : prospections, traitements insecticides, arrachages et mesures prophylactiques. Comprendre ses mécanismes est vital pour limiter sa propagation et protéger durablement le vignoble.
La flavescence dorée est une maladie de la vigne due à un phytoplasme (Candidatus phytoplasma vitis), petite bactérie sans paroi, qui se multiplie dans les vaisseaux du phloème (conducteurs de la sève élaborée). Le phytoplasme est transmis par la cicadelle de la flavescence dorée, Scaphoideus titanus, un insecte inféodé à la vigne. La maladie conduit à la mort du cep, sans traitement possible. Cette gravité explique pourquoi le phytoplasme de la flavescence dorée est classé comme organisme de quarantaine.
L’épidémie de flavescence dorée est due à la rencontre entre le phytoplasme présent dans les aulnes européens et de la cicadelle arrivée d’Amérique du Nord dans les années 50 dans le Sud-Ouest de la France (Inrae, 2020). Le phytoplasme, qui était jusqu’alors sporadiquement transmis à la vigne par des insectes vivant dans les aulnes, a profité de ce nouveau vecteur pour se disséminer à grande échelle dans la vigne.
Scaphoideus titanus effectue la totalité de son cycle biologique sur la vigne. Après l’éclosion des œufs entre mai et juillet, les larves évoluent durant 50 à 55 jours en 5 stades larvaires. Puis, les adultes s’accouplent et meurent après les pontes, à l’automne.
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Les cicadelles acquièrent le phytoplasme en se nourrissant sur une vigne infectée, deviennent contagieuses au bout d’environ un mois et peuvent ensuite transmettre la maladie à d’autres vignes, formant des foyers de proche en proche. Un adulte peut parcourir 30 m/an en moyenne et jusqu’à plus de 230 m. L’insecte reste contaminé toute sa vie mais ne transmet pas la maladie à sa descendance.
Le changement climatique pourrait avancer les éclosions d’une semaine et donc, des premières infections. Les vents dominants favorisent la dispersion de la cicadelle.
Si un greffon ou un porte-greffe est contaminé par le phytoplasme, le futur plant a toutes les chances d’être porteur de la maladie. L’introduction de matériel végétal contaminé représente donc une voie de dissémination de l’épidémie de flavescence dorée sur de longues distances. Le traitement à l’eau chaude, des mesures de surveillance renforcée des vignes-mères et les traitements obligatoires constituent les moyens de lutte.
Trois classes de sensibilité ont été établies par l’Inrae. Merlot, pinot noir et syrah sont des cépages peu sensibles, tandis que cabernet sauvignon et sauvignon sont très sensibles. Chardonnay, grenache, cabernet franc sont moyennement sensibles.
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Notamment les écimeuses, peuvent transporter les cicadelles d’une parcelle à l’autre.
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La présence de vignes ensauvagées ou de repousses de porte-greffe (porteurs asymptomatiques) favorise la dissémination de l’épidémie en servant de réservoir pour les recontaminations des parcelles cultivées après traitements.
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En se multipliant, le phytoplasme bouche les vaisseaux de la sève élaborée, ce qui provoque l’accumulation des produits de la photosynthèse dans les feuilles. Les symptômes de la flavescence dorée sur les vignes sont surtout visibles d’août à octobre, à partir d’un an après la contamination.
Feuilles jaunies (dorées) avec enroulement du limbe, grappes avec des rafles desséchées ou des inflorescences avortées, des baies flétries irrégulières et amères, rameaux non ou mal aoûtés.
Les symptômes sont les mêmes que sur cépages blancs, mais la flavescence dorée provoque des rougissements des feuilles au lieu de jaunissements.
La présence des symptômes sur feuille, grappe et bois sur le même plant est nécessaire pour le diagnostic. Une analyse complémentaire en laboratoire est indispensable pour confirmer le diagnostic entre la flavescence dorée et le bois noir, dont les symptômes ne peuvent pas être différenciés à l’œil. Un kit de diagnostic rapide au vignoble est commercialisé (Flashdiag), mais ne remplace pas les analyses officielles.
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En perturbant la photosynthèse, la flavescence dorée conduit à des baisses de rendement qui peut aller jusqu’à une perte totale de la récolte.
Les baies produites par les ceps malades sont fibreuses, ce qui leur confère un goût amer et aigre. Le vin qui en résulte est de faible qualité.
La flavescence dorée est classée parmi les organismes de quarantaine à l’échelon européen, ce qui implique une surveillance obligatoire du territoire. En France, les modalités de lutte sont décrites dans le décret du 27 avril 2021. Le territoire est classé en zones délimitées, qui rassemblent les parcelles atteintes augmentées d’une zone tampon. Les autres surfaces sont considérées comme des zones exemptes. Cette classification entraîne des obligations différentes en matière de traitement et de prospection.
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Les modalités de la lutte sont décrites chaque année dans un arrêté préfectoral. Elle repose sur quatre piliers : la production de plants de vigne sains, la prospection des symptômes de la flavescence dorée, les traitements insecticides contre la cicadelle et l’arrachage des pieds malades.
Signalée en Armagnac dans les années 50, la maladie a progressé pour atteindre la plupart des vignobles français actuellement, mis à part la Lorraine. Elle est endémique en Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie ; présente sur une partie du vignoble de Paca, Rhône-Alpes et Bourgogne ; plus récemment signalée en Val de Loire, Champagne et Alsace.
| 1955 | 1970 | années 80 | années 90 | années 2000 |
Progression de la flavescence dorée | Sud-Ouest | Corse | Languedoc-Roussillon | Aquitaine | Savoie |
Nb d’ha en périmètre de lutte obligatoire |
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| 2013 | 2014 | 2015 | 2016 |
Progression de la flavescence dorée | Indre-et-Loire |
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| Jura |
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| 443 249 | 503 080 | 532 274 | 556 358 |
| 2017 | 2018 | 2022 | 2023 |
Progression de la flavescence dorée | Champagne |
| Maine-et-Loire | Loire-Atlantique |
Nb d’ha en périmètre de lutte obligatoire | 557 649 | 568 507 |
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La prospection des vignes a pour objectif de repérer les pieds symptomatiques. Elle a généralement lieu d'août à octobre, en fonction des régions. Dans le Bordelais, par exemple, la probabilité de détecter la maladie est quatre fois plus élevée si les prospections sont réalisées en septembre plutôt qu’en août.
En pratique, les prospections sont sous la responsabilité des OVS (organismes à vocation sanitaire) et réalisées par les viticulteurs. Le passage tous les rangs est recommandé. Les ceps malades doivent être repérés et déclarés.
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L’arrachage est obligatoire lorsqu’une parcelle dépasse le seuil réglementaire de pieds contaminés, soit 20 %. Il doit être effectué avant le 31 mars de la campagne suivant la détection de la maladie.
Acheter des plants de vigne ayant subi un traitement à l’eau chaude en pépinière.
Nettoyer les résidus végétaux sur le matériel viticole pour éviter la propagation entre parcelles.
Débuter les travaux dans les zones indemnes et terminer par les zones contaminées par la flavescence dorée.
Les dates d'intervention sont définies par arrêté préfectoral en fonction des observations de l'année. La qualité de pulvérisation doit être soignée pour que le produit atteigne la zone où sont localisés les insectes.
Oui, la lutte à trois traitements contre la flavescence dorée peut être réduite à deux, un seul, voire zéro traitement en l’absence de symptômes et de vecteur, en fonction de la zone où se situent les parcelles concernées. Ces dérogations sont toutefois très encadrées.
Dans l’Hérault, par exemple, il est obligatoire de participer à deux tournées collectives pour pouvoir prétendre à des aménagements : une au printemps pour les comptages de cicadelles, l’autre en fin d’été pour les prospections. Les modalités pratiques sont différentes selon les régions et à consulter dans les arrêtés préfectoraux.
De nombreuses spécialités insecticides sont homologuées pour lutter contre la cicadelle de la flavescence dorée. Les formulations sont à base de pyréthrinoïdes de synthèse (cyperméthrine, deltaméthrine, lambda-cyhalothrine, esfenvaléarte, tau-fluvalinate, etofenprox). Ces produits sont classés non CMR.
Oui, l’huile de paraffine a été homologuée à l’automne 2024. Il est recommandé d’utiliser ce produit en début de période de traitement étant donnée sa meilleure efficacité sur les jeunes stades larvaires.
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Les vignerons bio n’ont longtemps eu à disposition que le pyrèthre naturel (Pyrévert) pour réaliser les traitements obligatoires, jusqu’à l’homologation de l’huile de paraffine pour 2025, offrant désormais une alternative non neurotoxique. A noter que l’huile essentielle d’orange douce est homologuée contre la cicadelle de la flavescence dorée mais n’est pas autorisée pour la lutte obligatoire.
Les biostimulants n’ont pas d’effet direct sur la flavescence dorée mais ils peuvent être intégrés dans une stratégie de prévention globale pour soutenir la vigueur de la vigne et favoriser une réponse immunitaire.
La kaolinite calcinée n’a aucune action contre la flavescence dorée mais agit comme barrière physique vis-à-vis des cicadelles. Ce produit, utilisable en viticulture biologique, est uniquement autorisé sur la cicadelle des grillures.
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Diverses solutions alternatives ont été testées pour limiter les populations de cicadelles : décapage du tronc à l’eau chaude pressurisée, écorçage mécanique pour retirer les œufs, application de dihydroxyde de calcium, d’huile minérale en association ou non avec du soufre, bandes de glu sur les troncs pour empêcher la remontée des larves... Malheureusement, aucune de ces solutions n’a donné entière satisfaction.
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Plusieurs équipes de chercheurs essaient d’améliorer les méthodes de lutte contre la flavescence dorée. Par exemple, en modélisant la dispersion de la maladie pour cibler au mieux les prospections. Ou en détectant précocement et de manière automatisée des symptômes par imagerie (capteur embarqué, drone, ULM).
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À plus long terme, des chercheurs étudient la possibilité de supprimer la capacité de la cicadelle à acquérir le phytoplasme grâce à l’action d’ARN interférents. Les premiers résultats en laboratoire sont encourageants mais plusieurs questions restent à résoudre avant à une éventuelle application au champ.
La piste génétique est aussi explorée pour élargir la gamme des cépages peu sensibles. Elle est fondée sur la moindre sensibilité de la magdeleine noire, mère du merlot. Des individus frères du merlot peu sensibles ont notamment été obtenus par l’Inrae de Bordeaux. Une seconde source de résistance, à confirmer, pourrait aussi avoir été repérée dans la famille de la mondeuse blanche.
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La lutte contre la flavescence dorée représente un coût non négligeable pour les exploitations viticoles : outre le prix des produits phytosanitaires (5 à 90 €/ha par traitement), il faut compter le coût de la main-d’œuvre pour la réalisation des traitements et des prospections. Investir dans la lutte demeure pourtant rentable au regard du manque à gagner lié aux diminutions de rendement et aux arrachages.
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Selon des calculs de Sudvinbio, le coût de la flavescence dorée qui se développerait à partir d’un cep malade pourrait atteindre 49 800 € en six ans (pour un rendement de 60 hl/ha à 120 €/hl), avec un arrachage obligatoire en quatre ans.
Oui, en Champagne par exemple, l’interprofession autorise une sortie supplémentaire de la réserve pour compenser les pertes de production dues à l’arrachage des vignes et au repos du sol qui suit. Ainsi, un arrachage suivi d’un repos de trois ans ouvre une possibilité de sortie de réserve de 9 000 kg de raisin pendant cinq ans.
Un achat collectif de souffleur à feuilles a aussi été organisé au printemps 2025 par le Syndicat général des vignerons pour faciliter la pratique du nettoyage des rogneuses entre les parcelles.
En Bourgogne, les conseils départementaux de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire apportent une aide financière à la suite d'un arrachage pour cause de jaunisse.
Les vignes non cultivées et les repousses sont des réservoirs à partir desquels la maladie de la vigne peut recoloniser très rapidement des parcelles traitées. Pour obliger les propriétaires à agir, les arrachages administratifs étant très rares tout comme les procédures pénales, une proposition de loi vise à instaurer une procédure de contravention, qui serait plus rapide. Ce texte a été validé et est paru au JO le 14 juin 2025.
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