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Des solutions locales pour gérer les friches viticoles

Difficultés économiques et climatiques ou absence de transmission induisent la multiplication des friches viticoles. Face aux enjeux sanitaires et fonciers, la mobilisation s’accélère mais le problème est complexe.

Repérage, identification du propriétaire et reconquête...à chaque étape, les friches viticoles posent des problèmes complexes.
© C.Gerbod

Le recensement des friches agricoles est en principe une obligation légale depuis une loi votée en octobre 2014. Dans chaque département, la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) est censée dresser tous les cinq ans un inventaire des friches pouvant être potentiellement réhabilitées. Mais le repérage est un travail de fourmi, reposant sur la motivation et la coordination d’une diversité d’acteurs locaux. Chacun élabore sa méthodologie.

En Tarn-et-Garonne, la direction départementale des territoires (DDT) a lancé ce chantier en 2017. La première méthode issue de données administratives a abouti à une estimation de 30 000 hectares. L’énormité du chiffre a fait prendre conscience des enjeux. Une nouvelle approche s’est engagée en 2020, en collaboration avec la Safer Occitanie et le Centre national d’études spatiales (CNES). Ce dernier fournit des images satellites qui sont associées à de l’intelligence artificielle. « Pour que l’algorithme apprenne ce qu’est une friche, la vérité terrain est nécessaire », expose Flavie Bergounioux, chargée de mission agriculture durable et territoires à la DDT du Tarn-et-Garonne. Le repérage sur le terrain repose sur Vigifriche, une application développée par la Safer Occitanie. Son accès est réservé à une communauté de professionnels. Avec ce nouveau dispositif, la surface de friches est estimée à 9 000 hectares. Un résultat assez éloigné de la première évaluation !

La précision repose sur une multiplicité d’informateurs

Vigifriche distingue quatre stades de friche mais ne permet pas à ce jour de distinguer les vignes abandonnées. Ce sera le cas dans la prochaine version lancée d’ici fin 2022, assure Gilles Lefrançois, chargé de missions au service Territoires, aménagement et environnement de la Safer Occitanie. Améliorer le repérage passe par une extension du réseau d’informateurs de Vigifriche. Des échanges avec la Fredon Occitanie et son outil Vigifl@v sont envisagés. Pour sensibiliser un plus large public, la DDT a fait réaliser un court-métrage. « C’est un brise-glace pour lancer les échanges », considère Flavie Bergounioux. Il est mis à disposition de ceux qui se mobilisent sur le sujet.

 

Dans le Bordelais, la multiplication des friches viticoles a conduit la Fédération des grands vins de Bordeaux (FGVB) à constituer un groupe de travail en septembre 2021. Il se concentre d’abord sur les vignobles du Blayais et du Bourgeais, particulièrement touchés par la crise. Le repérage est mené notamment avec la DRAAF Nouvelle-Aquitaine. Il mobilise aussi les techniciens des GDON, des ODG et de la chambre d’agriculture de la Gironde. Un outil a été développé spécifiquement pour recenser les parcelles. « Début juin, 530 parcelles avaient été identifiées sur le vignoble, pour 1 500 hectares », indique Yann Le Goaster, directeur de la FGVB.

Des solutions à trouver pour motiver le défrichage

La phase d’identification du propriétaire de la parcelle se révèle tout aussi compliquée. « L’État lui-même est aujourd’hui dans l’incapacité de savoir à qui appartiennent certaines de ces parcelles à l’abandon », interpellait Nathalie Delattre, sénatrice de la Gironde et vice-présidente de l’Association nationale des élus de la vigne et du vin (Anev), le 5 janvier dernier au Sénat, lors d’une séance de questions au gouvernement. « On se heurte à des réalités humaines complexes », résume Yann Le Goaster.

Quelles solutions en cas de parcelle contaminante ? Quel avenir agricole pour les parcelles ? Face à ces questions, le sentiment d’un manque d’outils domine. « Depuis 2017, environ 680 friches ont été recensées et très peu ont été arrachées », constate Naïs Marquet de la Fedon Aude. « L’arrachage obligatoire est trop lent. Chaque année 2 à 3 hectares sont arrachés seulement par cette voie, abonde Yann Le Goaster. Une année de mildiou comme 2021, le non-traitement de parcelles voisines a occasionné des pertes de récolte importantes. Ça crée un ressentiment et de fortes attentes pour des solutions contraignantes. » Le groupe de travail de la FGVB planche donc sur d’autres options.

Nathalie Delattre évoque deux pistes faisant l’objet « d’échanges avec la profession et les ministères » : « mettre en place une aide plus conséquente de la profession pour inciter à un arrachage sanitaire d’un côté, et de l’autre, des sanctions mises en œuvre à travers une amende pour les propriétaires refusant l’arrachage sanitaire malgré ces aides ». La possibilité de fixer une amende « a été reformulée au nouveau ministre de l’Agriculture. Idéalement elle devrait correspondre au prix d’un arrachage », détaille Yann Le Goaster. Il avance une fourchette de 1500 à 2000 euros par hectare.

Des dispositifs font leurs preuves dans le Muscadet

Mais des solutions existent déjà. La chambre d’agriculture Pays de la Loire possède une précieuse expérience sur le sujet, issue du vignoble du Muscadet. La grave crise de débouchés qui a terrassé l’appellation a conduit la chambre à se mobiliser sur les friches dès 2013. Un premier programme de défrichage a permis de remettre en culture près de 100 hectares de friches en deux ans. Parmi les 17 dossiers figuraient des projets viticoles. Un nouveau plan a été lancé sur 2020-2022. Le dispositif allie différents outils d’incitation : « côté bâton : procédures réglementaires et argumentaire juridique. Côté carotte : opportunité de louer ou vendre son bien, valorisation économique du terrain ou encore soutien financier », détaille la chambre. Les frais de défrichage sont réglés par la chambre d’agriculture et couverts à 90 % par des financements publics. Le plan capte des fonds de l’Union européenne via le programme Leader du Pays du vignoble nantais pour 70 % et pour 20 % par la région des Pays de la Loire. La destination des terres doit être agricole mais la plantation de vignes avec demande d’aides européennes est exclue pour dix années. Le boisement et les activités de loisirs sont aussi interdits. Le preneur s’engage sur le plan environnemental et la préservation du paysage. Un comité de pilotage suit les dossiers.

Des stratégies de reconquête à définir

En Tarn-et-Garonne, s’il y a déjà deux projets de remise en culture de friches, la reconquête n’est pas encore lancée. Les moyens d’action seront au cœur d’une seconde journée de séminaire organisé par la DDT en octobre. Flavie Bergounioux se prépare à faire passer le message optimiste et volontariste d’une diversité de dispositifs possibles. « Une friche qui relève de la rétention de foncier ne va pas mobiliser les mêmes solutions que s’il s’agit de déprise agricole », insiste-t-elle. Dans le contexte de développement des énergies alternatives, les friches attirent en tout cas les convoitises. La prudence est de mise. « Nous refusons l’accès à Vigifriche à des opérateurs de l’énergie renouvelable, notamment photovoltaïque », confie Gilles Lefrançois à la Safer Occitanie. À Bordeaux, Yann Le Goaster soulève aussi la question de la production d’énergie et y ajoute la menace de l’urbanisation.

Sans aucun doute, redonner un avenir agricole à ces terres abandonnées réclame une puissante mobilisation locale mais aussi une vraie stratégie nationale.

En Occitanie, un biofongicide pour valoriser les friches

 

 
Plante endémique de la Méditerranée, l'inule visqueuse se plaît dans les friches des Pyrénées-Orientales. © Akinao
Dans les Pyrénées-Orientales, le projet Folivarde développé par la société Akinao avec le soutien de la région Occitanie, permet déjà de valoriser une trentaine d’hectares de friches viticoles. Il consiste à exploiter l’inule visqueuse. Densément présente sur les parcelles de vignes abandonnées du département, cette plante a inspiré à Akinao un biofongicide, notamment actif contre le mildiou de la vigne. La demande d’autorisation de mise sur le marché est en cours et la commercialisation espérée pour 2025.

 

Le process permet d’élaborer un coproduit de l’extrait : un paillis destiné aux collectivités et particuliers. Quelque 300 hectares de friches ont été recensés et prospectés dans le département. Mais entre densité de présence de l’inule et accès aux parcelles, seules deux tiers des friches sont exploitables, explique Vanessa Andreu, chargée de projets chez Akinao. La société a noué des commodats avec une quinzaine de propriétaires. « C’est le seul modèle possible, relève Vanessa Andreu, car ni l’extrait, ni le paillis ne sont des produits à forte valeur ajoutée ». L’intérêt pour le propriétaire est d’être déchargé de l’entretien des parcelles concernées. Dans ses projections de développement, incluant la nécessité d’une rotation, Akinao table sur un besoin d’une centaine d’hectares de friches viticoles. L’industrialisation du process est développée avec la société Greentech qui a racheté le brevet.

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