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Sols agricoles : Quatre étapes pour estimer son réservoir utilisable

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Exemple de calcul du RU d’une parcelle Crédits : © Infographie Réussir

Avec les sécheresses qui se répètent, la notion de réservoir utilisable du sol est de plus en plus mise en avant. Voici une méthodologie pour vous aider à estimer sa capacité.

Le réservoir utilisable (RU) du sol, c’est la quantité maximale d’eau qu’il est capable de stocker et de restituer à la plante. Si l’on veut entrer dans le détail, c’est plus précisément la différence entre la capacité au champ (le sol est plein comme une éponge et l’excédent ruisselle) et le point de flétrissement permanent (la plante n’arrive plus à pomper le peu d’eau restant). On la compte d’ailleurs, comme les précipitations, en millimètres.

Dans un contexte où les épisodes de sécheresse deviennent de plus en plus prégnants, il peut être utile de connaître cette caractéristique sur ses parcelles. Mais avant de se lancer dans le calcul, il est bon de se demander ce que l’on veut faire de cette donnée. En effet, elle permet de connaître la taille du réservoir, mais pas son niveau de remplissage. « Ce n’est pas d’un grand secours quand il s’agit de piloter une irrigation de précision, illustre Isabelle Cousin, directrice de recherche Inrae à l’unité Info & Sols d’Orléans. Mieux vaut pour cela se fier à des sondes. »

Une indication pour adapter sa stratégie à la parcelle

Néanmoins, avoir une estimation du réservoir utilisable permet de guider certains choix comme à la plantation (pour adapter la variété, le porte-greffe) ou bien sur ses pratiques culturales (notamment les couverts végétaux). « Aujourd’hui je déconseille de planter de la vigne sur des parcelles où le RU est trop faible, d’autant plus pour un projet en cave coopérative », illustre Fabien Leduc, consultant dans le bassin méditerranéen, spécialiste des terroirs. « De même, si le RU est faible, mieux vaut redoubler d’attention sur l’enherbement et faire en sorte de s’adapter aux conditions hydriques du millésime », ajoute Viviane Bécart, à l’Institut rhodanien.

Autant le dire d’entrée : calculer exactement le réservoir utilisable d’une parcelle est fastidieux, voire irréaliste, à cause de l’hétérogénéité du sol et du nombre de facteurs. Mais les chercheurs ont mis en place des méthodologies pour arriver à des estimations plus ou moins précises. « Le réservoir utilisable dépend avant tout de la texture du sol, poursuit Isabelle Cousin. Plus on étudie ses subtilités et plus le niveau de précision est élevé. » La chercheuse en profite pour tordre le cou, au passage, à une idée largement répandue : si la matière organique contribue très légèrement à l’augmentation du réservoir, apporter du carbone n’améliore pas le RU. « Cela décale la capacité au champ vers le haut, mais le point de flétrissement aussi, pose-t-elle. Il y a donc un effet sur l’équilibre mais pas sur la taille du réservoir. »

 

Les quatre étapes pour estimer le réservoir utilisable du sol :

1 Creuser une fosse pédologique

Cette étape est essentielle pour connaître la profondeur de sol, qui conditionne la taille du réservoir. « Pour moi, c’est le minimum que l’on puisse faire pour que l’estimation soit un tant soit peu crédible », estime Isabelle Cousin. La fosse permet également de se faire une idée sur la prospection du sol par la vigne ou les arbres fruitiers et d’estimer la profondeur à laquelle descendent les racines. En effet, il n’est pas pertinent de comptabiliser l’eau stockée à laquelle la plante n’aurait pas accès. « Sur une culture annuelle, l’étape est un peu plus subtile car le RU évolue en fonction de la pousse des racines », note la scientifique.

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2 Caractériser les horizons

Une fois la fosse creusée et l’épaisseur de sol déterminée, l’étape suivante est de repérer les différents horizons et de noter l’épaisseur de chacun d’entre eux. Puis de caractériser leurs textures. On estime généralement que le RU d’un sol sableux est de l’ordre de 0,7 mm d’eau par cm de sol, celui d’un sol sablo-argileux 1,35 mm/cm, celui d’un sol limoneux 1,30 mm/cm, celui d’un sol équilibré (limono-sablo-argileux) 1,65 mm/cm, celui d’un sol argileux 1,75 mm/cm et pour les argiles lourdes 1,65 mm/cm. « On peut s’appuyer sur le triangle des textures pour déterminer la classe de sol, ou même faire une analyse en laboratoire, pointe Viviane Bécart. C’est plus fastidieux et onéreux, mais plus précis. »

3 Compter les éléments grossiers

Même si certains cailloux sont poreux et peuvent restituer de l’eau (comme le calcaire), on part généralement du principe que les pierres ne contribuent pas au stockage. Ainsi, la troisième étape est d’estimer le pourcentage d’éléments grossiers de chaque horizon de sol, afin de les retirer du calcul du RU.

4 Calculer le total

Une fois tous ces éléments connus, il ne reste qu’à multiplier la valeur de RU (en mm/cm) par la hauteur de chaque horizon (en cm), en déduisant le pourcentage de cailloux pour chaque strate. Puis d’additionner les valeurs calculées pour chaque horizon. Un RU de moins de 80 mm est considéré comme faible, et comme fort au-delà de 200 mm.

For-Eval aide à calculer son réservoir utilisable

Noémie Pousse, chargée de recherche en pédologie à l’Office national des forêts (ONF), a codéveloppé une application mobile nommée For-Eval. L’une de ses fonctionnalités est une aide à l’estimation du réservoir utilisable des sols forestiers. « L’outil a été calibré pour la forêt, mais les coefficients sont assez proches du milieu agricole, il pourrait marcher pour des sols de cultures pérennes », estime la chercheuse.

En pratique, l’utilisateur renseigne le nombre d’horizons qu’il constate dans la fosse pédologique, leurs épaisseurs et leurs textures (sableux, limoneux, argileux, argile lourde, équilibré) ainsi que leur pourcentage d’éléments grossiers. L’outil donne ainsi un résultat avec l’estimation du réservoir utilisable, grâce aux formules de calcul implémentées dans l’application. « C’est un compromis que nous avons trouvé entre simplicité et fiabilité », commente Noémie Pousse.

voir plus clair

Pendant longtemps le vocable utilisé pour décrire la capacité de stockage de l’eau dans le sol était la « réserve utile ». Pour éviter les ambiguïtés avec la quantité d’eau « en réserve » que l’on peut utiliser à un instant T, certains scientifiques préfèrent aujourd’hui parler de « réservoir utilisable ». Ainsi la notion de taille du contenant ressort plus distinctement.

 
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