Mercosur : La France importe-t-elle déjà massivement du bœuf et du poulet brésilien ?
C’est la question qui peut se poser après deux faits divers mettant en scène Henaff et Galliance. Mais les opérateurs s’expliquent de leurs importations de langue de bœuf et de poulet brésilien. Ils jouent la transparence, tout comme la restauration collective qui refuse d’endosser le rôle du coupable.
C’est la question qui peut se poser après deux faits divers mettant en scène Henaff et Galliance. Mais les opérateurs s’expliquent de leurs importations de langue de bœuf et de poulet brésilien. Ils jouent la transparence, tout comme la restauration collective qui refuse d’endosser le rôle du coupable.
Bad buzz pour Henaff et pour Terrena, dont les approvisionnements au Brésil ont été mis sous le feu des projecteurs ces derniers jours. Mais sont-ils significatifs ?
Lire aussi : Mercosur : déjà avant l’accord, les importations de viande bovine bondissent en UE
Chez Henaff, la langue de bœuf est brésilienne
Chez Henaff, c’est l’origine Brésil de la langue de bœuf mise en conserve à Pouldreuzic et vendue avec le logo « Produit en Bretagne » qui a suscité l’opprobre sur les réseaux sociaux. « 98 % de la viande achetée par l'entreprise Henaff est française (et 91 % bretonne) » rétorque Caroline Guivarc'h, directrice RMDI du groupe, sur LinkedIn, expliquant « Il reste 2 % : ce sont essentiellement des langues de bœuf, que nous n’achetons pas en France mais en Amérique du Sud, car elles ne sont pas disponibles en quantités suffisantes sur le territoire ». La PME précise aussi, par communiqué, que les langues d’origine Brésil répondent à deux caractéristiques techniques (taille et fermeté pour la conserve) que ne présentent pas les produits français.
« 98 % de la viande achetée par l'entreprise Henaff est française (et 91 % bretonne) »
À noter que la langue de bœuf est l’abat le plus populaire en France avec le foie de veau et l’origine affichée en conserve est souvent hors UE, quelque soit la marque. Au rayon frais en GMS, on trouve régulièrement des origines Irlande, Allemagne et Pays-Bas, faute de disponibilité suffisante.
Lire aussi : Viande du Mercosur : « Le bœuf argentin pourrait saturer le segment premium en restauration »
Pourquoi Galliance importe du poulet du Brésil ?
En parallèle, un camion de volaille importée d’origine Brésil, destiné à l’usine Galliance (groupe Terrena) de Saint-Nicolas-du-Pélem, a été bloqué dans le cadre d’une mobilisation agricole. C’est cette fois Olivier Chaillou, le président de la coopérative Terrena, agriculteur lui-même, qui réagit sur les réseaux.
« Sur environ 140 000 tonnes de volailles crues utilisées chaque année, l’immense majorité est d’origine française.»
« Sur environ 140 000 tonnes de volailles crues utilisées chaque année, l’immense majorité est d’origine française. Les importations depuis l’Union européenne représentent environ 6 % des volumes, et celles en provenance du Brésil environ 1 % seulement ». Il justifie ces approvisionnements par des « enjeux de disponibilités » sur certaines pièces comme les filets et rappelle l’engagement de la coopérative à faciliter les installations pour, à terme, « se passer des importations ».
Lire aussi : Poulet : la hausse de 3,7 % de la production française ne suffit pas pour répondre à la demande
Y-a-t-il des viandes importées hors d’UE dans les cantines scolaires ?
Le département du Loiret a annoncé vouloir exclure les viandes d’origine Mercosur dans la restauration scolaire de ses collèges. Il y a quelques jours, Thierry Cotilloard, président du groupement Mousquetaires, réaffirmait son engagement de ne pas commercialiser de produits bruts issus du Mercosur dans ses magasins, et évoquait « la restauration et la restauration collective.
Lire aussi : Bannir le bœuf du Mercosur des rayons, que vaut la promesse de Carrefour et Intermarché ?
Et là, il peut parfois y avoir un sujet sur l’origine des produits ». Réaction du SNRC, syndicat des entreprises de la restauration collective concédée : « plus de 99 % des viandes consommées (en restauration collective NDLR) sont d’origine France (70,93%) ou Union européenne (28,15%). Les viandes hors UE représentent moins de 1 % (0,91%), majoritairement de l’agneau néo-zélandais, et non du poulet ». Le syndicat indique que les entreprises de la restauration collective, malgré des budgets contraints, font le choix de l’origine France, ce qui peut se prouver par le reporting Egalim. Une traçabilité qui « sera encore améliorée en 2026 avec l’introduction d’une catégorie spécifique “Origine France”, à la demande des entreprises de la restauration collective, pour une information claire et publique ». Reste la question des régies municipales ou intercommunales. Emmanuel Saulou, président de Restoria, insiste «tous nos clients et nos convives, tant en restauration scolaire, qu’en EHPAD, établissements d’accueil de personnes en situation de handicap, en restaurants d’entreprise ou à domicile mangent 100% de viandes françaises cuisinées par nos cuisiniers».
«Tous nos clients et nos convives mangent 100% de viandes françaises cuisinées par nos cuisiniers».
Qui commercialise la viande importée hors d’UE ?
L’origine Brésil est anecdotique sur l’ensemble des importations directes de viande bovine. Plus finement, les données des Douanes donnent une part de marché en volume de 1,7 % du Brésil pour les viandes bovines congelées sur les 10 premiers mois de 2025 (91 % de pdm pour l’origine UE). Le Brésil détient aussi 2,5 % de parts de marché sur les importations de viandes transformées. Pour les abats, le Brésil n’est pas listé dans les données des Douanes publiées par FranceAgriMer car anecdotique derrière les autres pays tiers que sont le Royaume-Uni (19,1 %) et la Nouvelle-Zélande (0,8 %). À noter néanmoins que des flux supplémentaires en provenance du Brésil transitent par les Pays-Bas et e figurent pas dans ces données.
Lire aussi : L’Europe importe-t-elle du bœuf aux hormones brésilien ?
Le Brésil, premier fournisseur de poulet de l'UE
Quand au poulet, difficile de quantifier les importations de la France en provenance du Mercosur. L’origine Ukraine pèse aussi, et là aussi les volumes transitent par d’autres pays communautaire. Sur les neuf premiers mois de 2025, l'UE a importé 195 000 tonnes de poulet brésilien (-3,1 %), 145 500 tonnes de poulet ukrainien (-6,5 %), 142 200 t de poulet britannique (+2,1 %) et 137 700 t de poulet thailandais (+17,7 %).
Lire aussi : Poulet ECC : « c’est un moment intéressant pour se démarquer, aller chercher des marchés, y compris en restauration »
Aux dires de la filière, ces volumes sont destinés aux grossistes puis à la restauration commerciale indépendante, et à l’industrie agroalimentaire pour les plats préparés. Il n’y a pas que l’Ukraine et le Mercosur qui inquiètent, mais aussi la Chine qui dégage ses surplus de filets sur le marché communautaire (44 400 t, +35,2 %).