Face au développement des micro-fermes maraîchères, le CTIFL de Brindas, dans le Rhône, propose des repères technico-économiques issus d’un projet reproduisant une ferme de 7 000 m2.
Depuis une dizaine d’années, l’agriculture voit se développer des exploitations maraîchères cultivant des surfaces de moins d'un hectare, en général en bio, avec une gamme atteignant souvent 50 légumes. À la demande de conseillers, un projet de recherche, MIPS AURA, financé par la région Auvergne Rhône-Alpes, a été mené pendant cinq ans à la station du CTIFL de Brindas, dans le Rhône. « L’objectif était de donner des repères en termes de temps de travail, chiffre d’affaires, marge brute et leviers de la réussite », explique Alexandre Burlet, ingénieur au CTIFL. Le système étudié est une exploitation de 7 000 m2 (10 800 m2 en développé), dont 21 % sous abris (37 % en développé), gérée par un exploitant et un salarié à 16 euros par heure. La succession culturale en plein champ et sous abri était accélérée par rapport aux systèmes habituels. La mécanisation était assurée par un motoculteur. L’investissement de départ s’élevait à 150 000 euros, hormis le foncier et l’approvisionnement en eau fournis par la station. « Aujourd’hui, avec l’inflation, cet investissement serait de 170 000 euros, donc plus conséquent,avec les aides auxquelles pourrait prétendre le maraîcher », précise Alexandre Burlet.
Un temps de travail de 4 100 heures par an
Pour 7 000 m2 de surface de production, le temps de travail est de 4 100 heures par an, soit 1 600 heures pour le salarié et 2 500 heures pour l’exploitant. « Sur une micro-ferme, l’exploitant n’est pas aux 35 heures par semaine, mais travaille souvent plutôt 3 000 heures par an, soit 60 heures par semaine», constate Alexandre Burlet. La moitié du travail correspond aux implantations, au suivi de culture (palissage, nettoyage, suivi) et à la gestion des adventices. Les récoltes occupent 1 200 heures par an, l’administratif et la commercialisation 900 heures par an. Le début d’année est occupé surtout par les implantations, l’été par le suivi de cultures, les récoltes et le désherbage et l’automne par la récolte. « La récolte prend du temps toute l’année, avec un pic en octobre pour la récolte des légumes de conservation », détaille Alexandre Burlet. Le temps de travail varie beaucoup selon la culture, de moins de 10 minutes par mètre carré en courges, laitue, chou pointu, mâche, à plus de 60 en tomate cerise ou herbes aromatiques. Le temps passé à chaque opération culturale dépend aussi de la culture. En tomate, la moitié du temps est passée au palissage. En radis, la récolte occupe 70 % du temps. En carotte, c’est le désherbage qui prend plus de 60 % du temps. En laitue, le travail est plus réparti entre les différentes opérations.
Le chiffre d’affaires sur les cinq années étudiées se situe en moyenne à 8 euros le mètre carré par an, pour 19 minutes de travail de production par an par mètre carré développé (hors commercialisation). Il est très variable selon la culture, de moins de 5 euros le mètre carré en moyenne 2022-2024 pour le petit pois, la laitue, le panais, le potimarron, à 65 euros le mètre carré pour la tomate cerise ou le concombre. « Mais tous les légumes sont importants dans un système diversifié en vente directe, note Alexandre Burlet. Et les cultures qui apportent le plus de chiffre d’affaires demandent en général le plus de travail. » La viabilité est très dépendante du système de production, de la commercialisation, de l’organisation du travail et de la technicité du maraîcher. Sur les cinq années étudiées, en comptant les investissements, le disponible pour la rémunération de l’exploitant varie de 5 000 à 30 000 euros par an, en lien notamment avec les conditions climatiques.
Se former et s’organiser pour gérer la gamme
L’expérience est un levier important de réussite. « Travailler plusieurs saisons chez des maraîchers permet d’acquérir des gestes efficaces, insiste Alexandre Burlet. Cela permet aussi de gagner en technicité sur les multiples itinéraires techniques liés à une gamme diversifiée de légumes. » Un point essentiel est aussi de bien réfléchir et dimensionner son projet. « Il faut adapter la production à la commercialisation et bien réfléchir à sa gamme et à la répartition plein champ/abri, en augmentant la part d’abri pour sécuriser la production », poursuit-il. Sur une petite surface, il est conseillé de ne pas cultiver trop de légumes de conservation (choux, pommes de terre…), qui prennent de la place, et de faire plus de légumes feuilles et sous abri. Il faut aussi réfléchir au bâtiment, souvent sous-dimensionné, avec la nécessité de zones de déchargement des caisses, de lavage, de conditionnement, de stockage, de distribution. Autre point à réfléchir : la mécanisation. « Le travail avec un motoculteur est pénible, alors qu’on trouve des micro-tracteurs d’occasion pour le même prix qu’un motoculteur neuf », conseille l’ingénieur. Et l’organisation est essentielle. « Dans notre système, la planification d’environ 50 légumes par an a été faite avec le logiciel Qrop, de l’Atelier Paysan, en libre-service, indique l’expérimentateur. Nous avons aussi fait le choix d’acheter des plants. Produire des plants est un métier et demande beaucoup de surveillance. »
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La tomate est une clé de la réussite. Elle prend du temps toute l’année, mais laisse une marge brute de 54 €/h pour 13 kg/m2, un chiffre d’affaires de 52 €/m2 et un temps de travail de 51 min/m2. Alors qu’elle ne représente que 6 % du temps de travail, elle apporte 17 % du chiffre d’affaires.
La laitue
La laitue laisse 19 €/h de marge brute pour 0,87 kg/m2, 4,5 €/m2 de chiffre d’affaires et 10 min/m2 de travail. Elle ne représente que 2,70 % du chiffre d’affaires, pour 2,20 % du temps de travail. Mais c’est un produit d’appel important à avoir sur son étal.
Le petit pois
Le petit pois laisse une marge brute de 7 €/h, pour 0,96 kg/m2, 6 €/m2 de chiffre d’affaires et 37 min/m2 de temps de travail. Il apporte 2,2 % du chiffre d’affaires, pour 0,9 % du temps de travail. Il n’apporte pas un gros chiffre d’affaires, mais c’est un légume primeur qui peut être intéressant au plan commercial.
Les courges
Les courges laissent une marge brute de 35 €/h, pour 3,37 kg/m2, 10 €/m2 de chiffre d’affaires et 13 min/m2 de temps de travail. Elles apportent 4,2 % du chiffre d’affaires, pour 4 % du temps de travail.