Julien Bourreli est responsable sélection pour Agrosemens, semencier 100 % bio dont les variétés sont destinées aux maraîchers bio cultivant sur des petites surfaces. Il partage les axes de recherche spécifiques de la sélection bio.
La sélection variétale en tomate bio répond à des contraintes particulières. Entre résistances aux pathogènes telluriques et aériens, diversité de gamme et adaptation au changement climatique, le semencier Agrosemens a fort à faire, en plus de suivre la demande de ses maraîchers partenaires en constante évolution, comme en témoigne Julien Bourreli, responsable de la sélection pour le semencier.
Quelles résistances variétales travaillez-vous en sélection ?
Julien Bourreli : Aujourd’hui les résistances à la fusariose, à la verticilliose et aux nématodes sont quasiment obligatoires pour toute variété que nous proposons. Nous axons également nos travaux sur la tolérance à d’autres pathogènes tels que le mildiou. Par exemple, notre variété rouge ronde Fline est résistante à l’ensemble de ces pathogènes.
Nous n’intégrons pas de gènes de résistance au ToBRFV, car les solutions actuelles se limitent aux hybrides F1, un modèle génétique que nous excluons pour privilégier des semences reproductibles. Les systèmes diversifiés de pleine terre et en rotation réduisent le risque de propagation du virus. Le risque persistant du ToBRFV étant lié aux contacts nous misons sur la prophylaxie et sur les lots de semences testés sains par PCR.
Face aux urgences climatiques, nous anticipons la forte progression du TYLCV (Tomato Yellow Leaf Curl Virus), un virus redoutable transmis par les aleurodes. Pour concevoir des variétés résistantes sans recourir aux hybrides F1, nous utilisons la méthode de rétrocroisements successifs couplée à une sélection massale au champ. Ce travail nous permettra de proposer, d’ici quelques années, des variétés robustes et reproductibles.
Avez-vous un programme variétés anciennes et des critères de sélection spécifiques à ce segment ?
J. B. : Nous jouons un rôle de conservation de variétés patrimoniales et historiques, telles que la Précoce de Quimper, la Saint-Pierre ou encore la Merveille des Marchés. Elles sont croisées avec des variétés dotées de caractères d’intérêt à transmettre pour développer des variétés plus modernes. Elles doivent répondre aux exigences en matière de résistance et/ou tolérance, mais également à des critères qualitatifs. Il fautpar exemple éviter de sélectionner des variétés à peau épaisse et nous privilégions celles à chair remplie. Elles se conservent moins bien que des variétés rondes comme Fline mais nos maraîchers y sont habitués. Comme ils sont principalement en vente directe, ils peuvent raccourcir plus facilement le temps entre la récolte et la vente.
Développez-vous également une gamme de petits fruits ?
J. B. : En 2025 nous avons ajouté à notre gamme la variété Délice, une tomate cerise jaune précoce en grappe multiple. Elle est particulièrement homogène sur les calibres de fruits avec un poids compris entre 15 et 20 grammes. Pour ce segment, l’homogénéité des calibres et la facilité d’accès aux fruits lors de la récolte sont deux critères primordiaux. Cette variété ne produit pas beaucoup de branches secondaires, ce qui facilite le palissage et demande moins de temps d’effeuillage.
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Avez-vous d’autres critères de sélection transversaux ?
J. B. : Avec les fortes chaleurs observées en 2026 nous développons toute une gamme de variétés adaptées aux chocs thermiques. Nous proposons déjà Romitel, variété rouge ronde buissonnante de la même gamme que Fline, qui garde une bonne nouaison même sous 36 °C. C’est une demande forte de nos producteurs maraîchers ces dernières années.
Toujours en lien avec la problématique de fortes chaleurs, nous avons avancé sur la nécrose apicale sur les variétés de tomates allongées, notamment sur le type « cornue ». Depuis 2024, nous avons dans la gamme la variété Andine cornue, issue de la race de Fontenelle. Elle est vraiment intéressante pour sa résistance au « cul noir » et sa qualité gustative.
Quelle évolution observez-vous dans les demandes des maraîchers en matière de sélection variétale ?
J. B. : Nous avons des demandes fortes ces dernières années sur la diversification d’une gamme particulière de variétés de tomates, dite « fantaisie ». La variété Brad’s Atomic Grape l’incarne particulièrement bien, car c’est une tomate bleutée au veinage rouge. L’objectif de cette gamme est d’attirer l’œil au premier regard sur les étals. La majorité des maraîchers avec qui nous travaillons vendent leurs produits en vente directe ou sur les marchés et y voient un bon moyen d’attirer le client.
Nous percevons une forte évolution sur les modalités de sélection. Nous travaillons de plus en plus dans un système de sélection participatif. La variété Andine cornue en est un parfait exemple. Elle a été sélectionnée chez un maraîcher, également multiplicateur et sélectionneur. Nous comptons une dizaine de maraîchers de ce profil. Ce sont des maraîchers qui disposent d’une grande expérience et d’un grand savoir-faire.
Nous remarquons aussi que nos missions vont au-delà de la création variétale. En 2026, nous avons reçu beaucoup de demandes de conseil sur la conduite culturale, notamment pour atténuer les effets du changement climatique. Cela nous a menés vers la construction d’un ensemble de pratiques visant à améliorer la gestion climatique des abris telles que la mise en place de filets d’ombrage et d’écrans thermiques, la gestion de l’hygrométrie, de la ventilation ou l’installation de plantes de services dans les passe-pieds. Grâce à ces leviers, nous observons une baisse de la température en période de fortes chaleurs.