Maraîchage et arboriculture : les bonnes idées des coopératives pour muscler leur attractivité
Alors que les départs à la retraite vont s’intensifier, les coopératives multiplient les initiatives pour recruter et accompagner les nouveaux adhérents. Tour d’horizon.
Alors que les départs à la retraite vont s’intensifier, les coopératives multiplient les initiatives pour recruter et accompagner les nouveaux adhérents. Tour d’horizon.
Pour assurer le renouvellement de leurs adhérents, les coopératives maraîchères et fruitières mettent en place différents leviers. En voici neuf qui font leurs preuves.
Appui technique renforcé
La plupart des coopératives interrogées mettent les bouchées doubles sur l’appui agronomique et stratégique. « Nous avons un suivi renforcé pour les nouveaux installés », décrit ainsi Jean-Bernard Cherblanc, directeur du secteur fruits frais chez Sicoly, coopérative fruitière au nord de la vallée du Rhône, qui compte une centaine d’associés coopérateurs sur 500 hectares de vergers (8 000 tonnes par an). La première année, les techniciens passent sur les fermes chaque semaine ou toutes les deux semaines. « Cela permet de vraiment créer un lien », estime la responsable technique Céline Charles.
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Le soutien est complet, des plantations à la récolte, avec dès l’amont une réflexion sur le projet, une aide à la planification des plantations ou, entre autres exemples, une aide à la préparation des rendez-vous prévus avec la chambre d’agriculture (ex. : évaluation des charges, projection à cinq ans, etc.). Grégoire, jeune arboriculteur installé depuis 2020, est très satisfait de l’accompagnement. « Mon BTS horticulture, très général, m’a surtout apporté des copains avec qui faire la fête, plaisante-t-il dans un webinaire organisé en janvier par Sicoly. Mais sur le côté technique, heureusement qu’il y a les techniciens de la coopérative. » Même son de cloche chez Jules, fraîchement installé en petits fruits rouges. « En école d’ingénieur, on n’apprend pas forcément à faire les choses de nos mains, souligne-t-il. Et j’ai travaillé avec Sicoly pour réaliser tous mes programmes de fertilisation et d’irrigation, c’est très intéressant de comprendre de quoi la plante a besoin. »
Sur le plan juridique, les coopératives aident aussi les futurs producteurs à monter des dossiers de demande de subventions ou de certifications (ex. : Global Gap, HVE...).
Contrats tripartites
La coopérative biologique Uni-Vert, dont les 80 producteurs cultivent 1 000 hectares de fruits et légumes (25 000 tonnes par an) en Occitanie et en Corse, commence à mettre en place des contrats tripartites entre un cédant, un repreneur et elle-même. « Le repreneur entre au capital de l’exploitation et, si tout se passe bien, il acquiert 20 % de parts chaque année pendant cinq ans, explique Nordine Arfaoui, directeur d’Uni-Vert. Régulièrement, il est évalué sur la technicité, la gestion, l’adhésion à nos valeurs ou encore le respect de la planification. » S’il s’avérait qu’à la fin de la première année, l’évaluation était défavorable, le repreneur n’obtiendrait pas les 20 % et repartirait à zéro. En pratique, il s’agit surtout de poser un cadre, car il n’y a pas de raison que le nouveau échoue puisqu’il est bien accompagné par sa coopérative.
Portage foncier
Pour faciliter l’accès aux terres agricoles, des coopératives pratiquent le portage foncier, à l’image d’Uni-Vert depuis une dizaine d’années. « Nous négocions des prêts relais longs auprès de la banque, par exemple d’une durée de quatre ans, indique Nordine Arfaoui, son directeur. Nous achetons les terres et les mettons à disposition du producteur, qui paye les intérêts. Puis, après la quatrième ou cinquième année, celui-ci prend le relais et paye son crédit. »
Avances de trésorerie et subventions
Autre sacré coup de pouce : les avances de trésorerie qui se transforment en subventions. « Entre les plantations et les premiers fruits, il peut se passer plusieurs années, rappelle Jean-Bernard Cherblanc. Le jeune s’engage avec nous sur cinq ans et si, à l’issue de cette période, il se réengage pour cinq ans, l’avance se transforme en subvention, c’est offert. » Ces aides, dont les montants varient selon les espèces et modes de culture, viennent des fonds propres de la coopérative.
Prêts à taux zéro
Autre outil : les prêts à taux zéro. « L’adhérent peut faire une demande à la coopérative, notamment pour des productions à forte valeur ajoutée ou en déficit chez nous, détaille Nordine Arfaoui, directeur d’Uni-Vert. Le remboursement commence la deuxième année, quand la production arrive. »
Trouver la bonne assurance
Sur les terres bretonnes, la Sica Saint-Pol-de-Léon (marque Prince de Bretagne, 170 000 tonnes par an de légumes), qui regroupe 10 400 hectares de plein champ et 51 hectares sous abri, propose, entre autres, de jouer le rôle de facilitateur en matière d’assurance. « Lorsque la banque demande à un jeune une assurance sur sa récolte, contextualise Olivier Sinquin, directeur général de la Sica, nous négocions trois items avec plusieurs assureurs avec lesquels nous travaillons : assurance climatique (orage, grêle, etc.), garantie de chiffre d’affaires ou de rendement (volumétrie). Nous identifions ensuite les meilleures options et les proposons au producteur. » Au jeune de faire son choix par la suite.
Une exonération de cotisations
Exonérer les nouveaux des cotisations dues à la coopérative, voici un autre geste apprécié des jeunes. Au sein du Groupement de producteurs de légumes de la Manche dit GPLM (140 exploitants sur 2 500 hectares, 85 000 tonnes par an), l’exonération est totale la première année puis décroît progressivement, jusqu’à la troisième année incluse.
Autant de mesures qui font la différence lorsqu’un nouvel adhérent fait ses premiers pas.
Un parcours d’intégration
La coopérative lot-et-garonnaise Terres du Sud propose aux nouveaux adhérents tout un parcours d’intégration, dans le cadre du dispositif « Atout jeunes » auquel adhèrent d’autres coopératives. « Cela passe par un atelier sur les spécificités du modèle coopératif français et les questions de gouvernance, des ateliers experts (4 jours de formation sur trois mois) avec des apports théoriques, débats et exercices pratiques, liste Cloé Gaigneur, responsable marketing amont. S’ajoute des ateliers (trois jours) autour de la construction de leur projet professionnel ou encore un voyage d’études de quatre jours (ex. : Belgique, Espagne…), généralement l’hiver. »
Un village dédié à l’innovation
« Les nouveaux adhérents sont très portés vers la technologie », constate Olivier Sinquin, directeur général de la Sica Saint-Pol-de-Léon. Pour répondre à cette aspiration, la coopérative va lancer dans les prochains mois un « village permanent » dédié à l’innovation, en partenariat avec Village By CA, l’accélérateur de start-up porté par le Crédit agricole. Grâce au foncier dont dispose la Sica et un bâtiment dédié, les férus de robots et autres technologies pourront venir régulièrement tester les solutions proposées par diverses entreprises.
En Dordogne, la Socave s'appuie sur une charte
Un appui technique encadré par la charte
La Socave, coopérative périgourdine experte des fraises et petits fruits rouges, a signé il y a quelques années une charte sur l’installation avec les Jeunes agriculteurs (JA) de Dordogne. « Elle inclut un appui technique et sur ce point, nous avons la chance d’avoir de vieux briscards de la fraise parmi nos techniciens et producteurs », se félicite François Boussaroque, directeur de la Socave. Le texte de la charte impose « un appui technique gratuit interne sur la production de fraises, petits fruits et châtaignes », dont une visite une semaine sur deux avec un diagnostic de fertilisation (extrait à l’eau, pH, conductivité, nitrates…), un diagnostic sanitaire et sur les solutions appropriées (bioconduite, bio, conventionnel…), une optimisation de conduite des variétés, ainsi qu’un calendrier de plantation, de production et des besoins en main-d’œuvre.
Un soutien économique et stratégique
Côté économique et financier, la charte prévoit une aide à l’augmentation de la surface en fraises « dès la deuxième année d’installation avec un plafond sur cinq ans (20 % de l’investissement avec un plafond à 30 000 euros, notamment pour l’achat de tunnels) », des avances de trésorerie en début de saison ainsi qu’un « soutien des prix en période de surproduction » et une caisse de péréquation. Les nouveaux installés ont droit au programme opérationnel dès leur première année. S’ajoutent un suivi des performances tout au long de la récolte, un conseil stratégique sur les produits phytosanitaires ou encore une « étude économique personnalisée » portant notamment sur les marges brutes par variétés et parcelles.