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Pac 2014-2020 : les prix agricoles seront encore plus libres

Le Conseil agricole de l’Union européenne, la Commission et le Parlement ont défini les contours de la future Pac (politique agricole commune) pour 2014 à 2020. Ce cadre devrait permettre d’éviter le déclin de l’élevage mais pas de calmer les prix.

Si la nouvelle politique agricole commune s’annonce « plus juste, plus verte, plus régulatrice », d’après le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, elle « manque d’ambitions », estime de son côté Christian Pèes, vice-président du Momagri*, groupe de réflexion sur l’agriculture productiviste.
Au regard du cahier des charges de départ, qui était, comme le rappelle ce dernier, de faire plus vert avec moins d’argent, de légitimer les aides agricoles, d’établir plus d’équité entre États membres (ceux de l’Est sont moins bien lotis) et entre producteurs de chaque pays, le résultat du « trilogue » entre Conseil, Commission et Parlement n’est « pas trop mauvais », juge-t-il. « Mais une politique est faite pour servir des objectifs ». Et en l’espèce, les Européens auraient pu viser l’indépendance en aliments protéiques, ou bien d’être les leaders du monde en agroalimentaire. « Limiter la volatilité des prix aurait pu être un objectif », regrette-t-il encore, mais la nouvelle Pac « ne résout rien » ; « un gros défaut à mon avis », commente-t-il, quand le Brésil, la Chine et les États-Unis renforcent leurs politiques agricoles et en font des enjeux stratégiques majeurs. Les observateurs du Momagri, pour qui la santé des productions animales repose sur celles des productions végétales, redoutent que la chaîne alimentaire européenne ne s’affaiblisse davantage à chaque secousse à venir, faute de moyens suffisants en recherche et développement.

Une partie des aides renationalisée
Pour l’heure, dans le but de sauver l’élevage, les négociateurs français et leurs alliés sont parvenus à faire augmenter la part budgétaire pouvant lui être consacrée dans le premier pilier de la Pac (dédié aux aides agricoles). En effet, chaque État pourra disposer de 13 % de son budget pour verser des aides à des productions choisies. La France devrait privilégier les élevages de bovins et d’ovins. Une part supplémentaire de 2 % encouragera les cultures de plantes riches en protéines pour réduire la dépendance au soja importé. L’accord qui vient d’être obtenu « offre précisément des mécanismes et des instruments qui seront mobilisés au niveau national pour réduire les écarts de revenu et garantir leur stabilité », a commenté Stéphane Le Foll, lors de l’évolution des revenus 2012, qui se révèle très inégale entre les productions. Le professeur et consultant René Mauget, spécialiste des coopératives, livre une opinion personnelle positive. « Je craignais le pire pour certaines productions, lâche-t-il. Selon moi, le cadre est assez équilibré ; on aurait dû le mettre en place plus tôt. »
FoodDrinkEurope, l’organisation représentative des industries agroalimentaires européennes, salue le soutien à la production de la Pac et particulièrement la décision d’aider à l’installation des jeunes agriculteurs, qui représentent un facteur essentiel du maintien de l’activité agricole, fournissant 70 % des matières premières de l’industrie européenne. « Une Pac orientée vers le marché assurera que notre industrie restera compétitive et continuera à jouer un rôle central dans la croissance et contribuera au redressement de l’Europe », commente le président de l’organisation, Jesús Serafín Pérez.
Le nouveau cadre abolit les quotas sucriers en 2017 et limite les restitutions à l’exportation aux situations de crise (au détriment du grand export de volaille, essentiellement français). Pour autant, il instaure la codécision du Parlement européen pour fixer les prix de référence et leur révision. Les éleveurs de bœuf et de veau en attendent de meilleurs prix de déclenchement de l’intervention publique. Les systèmes d’intervention et d’aide au stockage privé se feront plus réactifs et efficaces, a souhaité le trilogue. Une « clause de sauvegarde » répondra aux crises. Avec des moyens peu sûrs cependant : la « réserve de crise » sera en effet constituée des paiements directs du second pilier (du développement rural) inutilisés l’année précédente.

* Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture.

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