Bio : « Il faut rouvrir les négociations commerciales, c’est urgent » pour Thomas Breuzet du Synabio
Alors qu’un tiers des entreprises de la bio est déficitaire, la moitié d’entre elles juge qu’Egalim n’est pas pleinement respectée. Pour le Synabio, et son président Thomas Breuzet, il faut non seulement rouvrir les négociations commerciales à cause de la guerre au Moyen-Orient, mais aussi repenser un système qui est contourné par la GMS. Le Synabio rejoint ainsi la Feef sur une demande d’évolution du cadre juridique pour les PME et ETI.
Alors qu’un tiers des entreprises de la bio est déficitaire, la moitié d’entre elles juge qu’Egalim n’est pas pleinement respectée. Pour le Synabio, et son président Thomas Breuzet, il faut non seulement rouvrir les négociations commerciales à cause de la guerre au Moyen-Orient, mais aussi repenser un système qui est contourné par la GMS. Le Synabio rejoint ainsi la Feef sur une demande d’évolution du cadre juridique pour les PME et ETI.
Les Marchés : Cette année, le Synabio communique davantage sur le résultat des négociations commerciales. Les négociations 2026 ont-elles été vraiment pires que les autres ?
Thomas Breuzet : Les années précédentes, les négociations commerciales avec les distributeurs étaient sous l’effet d’Egalim et la marche en avant de la construction du prix, dans un contexte inflationniste. En 2026, nous constatons une bascule. Les distributeurs se sont habitués à Egalim… et à la contourner. Ils sont dans le rapport de force et veulent rattraper les hausses concédées les autres années.
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L. M. : Même en bio ?
Thomas Breuzet : Oui ! Alors que le contexte est particulier en bio, l’inflation a été plus modérée en bio les trois dernières années qu’en conventionnel. L’agriculture bio était moins touchée par la hausse des intrants, et il y avait une pression sur les prix à cause d’une baisse de la demande. Mais aujourd’hui, la demande repart. Après avoir fait le dos rond deux ou trois ans, les industriels de la bio veulent réinvestir. Il faut donner envie aux agriculteurs de s’installer en bio. Mais la distribution ne l’entend pas.
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Le réseau bio spécialisé est globalement plus vertueux, avec tout de même quelques dérives. Il faut aussi noter une différence, une partie des produits qu’ils commercialisent passe par des grossistes exemptés d’Egalim. La distribution bio a des engagements, des chartes. C’est aussi plus facile car le rapport de force n’est pas le même qu’avec la GMS, les relations sont moins déséquilibrées.
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L. M. : Le Synadis bio a été condamné par l’Autorité de la Concurrence à de lourdes amendes, qu’en pensez-vous ?
Thomas Breuzet : Nous sommes surpris de l’importance de la sanction. Il y a eu des maladresses dans les écrits du Synadis bio, mais l’appel permettra aux opérateurs de s’expliquer.
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Car les pratiques sont loin d’être exceptionnelles. Après tout, L’Oréal ne vend pas non plus les mêmes produits en GMS et en parapharmacie ! Les pratiques de ces enseignes demeurent plus vertueuses, avec un travail sur le temps long et la construction de filières.
L. M. : Comment vont les entreprises de la bio aujourd’hui ?
Thomas Breuzet : Un tiers des entreprises de la bio est déficitaire, selon une enquête de la banque de France. C’est dans la moyenne de l’agroalimentaire français, mais auparavant nous étions en meilleure santé. Parmi les plus touchées, celles dans le cacao.
L. M. : Comment évolue l’offre bio en GMS ?
Thomas Breuzet : Certaines enseignes continuent à baisser l’offre bio, c’est incompréhensible. On les avait prévenus en 2023, moins d’offres, moins d’achats, c’est une prophétie autoréalisatrice qui conduit à casser des filières ! C’est ce qui s’est produit. Aujourd’hui, certaines baissent encore l’offre, par stratégie, pas à cause de difficultés d’approvisionnements. Mais ça va finir par arriver. C’est déjà le cas en beurre bio, en œufs, en céréales, en lait de brebis !
Nous demandons un objectif de 20 % minimum d’offre bio par enseigne, en cohérence avec la Snanc ce qui sécuriserait nos filières.
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L. M. : Le Synabio demande la réouverture des négociations commerciales, pourquoi ?
Thomas Breuzet : Avec la guerre au Moyen-Orient, nous subissons de multiples hausses. Le transport, qui a augmenté déjà de 11 % à 15 %.
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Mais aussi les emballages, plastiques, verre, le bio n’est pas qu’en vrac ! L’agriculture bio n’utilise pas d’engrais de synthèse, mais l’envolée des prix conduit déjà à une tension sur l’engrais organique. Les agriculteurs qui n’avaient pas de stocks pour cette campagne faute de trésorerie sont déjà touchés. Il faut rouvrir les négociations commerciales, comme lors de la guerre en Ukraine. C’est urgent, et on ne peut pas attendre.
L. M. : Le système actuel des négociations commerciales convient-il au Synabio ?
Thomas Breuzet : Non, mais ça ne sert à rien de faire Egalim 4, 5, 6… trop complexe, alors que l’esprit d’Egalim n’est pas respecté. Il faut faire changer le rapport de force. Ne plus mélanger les PME et les multinationales. Nous nous rejoignons certaines demandes de la Feef (Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France, qui représente les PME-ETI des territoires). Les PME doivent passer avant les grands groupes dans les négociations, sur un temps plus court. Il faut prendre en compte le tarif fournisseur. La grande distribution doit cesser d’augmenter ses taux de marge sur nos produits, pour compenser les marges trop réduites sur les grandes marques. Il faut un suivi des marges appliquées sur le bio.
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L. M. : Comment rééquilibrer la négociation avec la grande distribution ?
Thomas Breuzet : Le principe de la marche en avant de la construction du prix doit être tenu, il faudrait davantage de contrôle de la DGCCRF sur son application effective et des enquêtes sur le déroulé des négociations. Par ailleurs, en bio, nous disposons de peu d’indicateurs, la grande distribution doit accepter de s’appuyer sur nos contrats. Nous sommes invités au comité de suivi des relations commerciales le 11 mai, pour la première fois et nous ferons entendre la voix des transformateurs bio.