Aller au contenu principal

Souveraineté alimentaire : « Une dégradation, pas un effondrement »

La médiane du taux d’auto-approvisionnement des principaux produits alimentaires baisse, certes, mais n’a pas chuté en dix ans. Néanmoins la situation est plus critique sur certains produits, notamment à cause des dynamiques de consommation. 

vue de haut, une carte de France dessinée avec du blé, du beurre, des oeufs, de la viande, du fromage, des pommes, des tomates, du soja, du saumon
Si la France est souveraine pour son alimentation, elle n'en affiche pas moins des faiblesses
© Généré par IA

« Il y a des disparités très nettes, entre la poudre de lait écrémé où l’on a une capacité d’auto-approvisionnement très forte, proche de 250 % et le dernier, l’huile de palme où l’on est à zéro », constate Cécile Guillot, cheffe du service Analyse économique des filières de FranceAgriMer lors du colloque des chercheurs du RMT Filarmoni.

Lire aussi : Souveraineté alimentaire : quelles sont les fragilités françaises ?

 FranceAgriMer a suivi 35 produits principaux au sein de six filières agricoles et alimentaires. Sur ces 35 produits, 18 ont un taux d'auto-approvisionnement (TAA) supérieur à 100 % (orge, lactosérum, sucre, vins, pomme de terre, crème, lapin, ovoproduits…). Mais 10 ont un TAA inférieur à 75 % (coquillages, soja, viande ovine, miel, poissons, céphalopodes, fruits tropicaux, riz, crustacés et huile de palme). Le poulet « produit phare de notre alimentation est en train de rejoindre cette catégorie, avec un TAA qui devient critique », alerte Cécile Guillot. 

Lire aussi : Souveraineté alimentaire : sur le bio, le compte n’y est pas

En dix ans, pas d’effondrement de la souveraineté alimentaire

« On entend beaucoup qu’il y a une baisse de la souveraineté alimentaire. En médiane, ce n’est pas vrai » conteste la spécialiste, car la médiane du taux d'auto-approvisionnement est passée de 105 % à 102 % en dix ans. « La situation n’est pas si catastrophique, c'est une dégradation, pas un effondrement », juge-t-elle, avant de nuancer « il y a des effets différents produits par produits ». 

« il y a des effets différents produits par produits ». 

La souveraineté dépend des évolutions de la consommation et de la production

L’étude de FranceAgriMer distingue cinq types d’évolution. Le TAA peut baisser car la production baisse, c’est le cas en fruits et en blé tendre par exemple. Le TAA peut baisser car la consommation progresse plus vite que la production, avec l’exemple type du poulet.

« Il faut vraiment considérer le rôle des dynamiques de consommation »

 En revanche, le TAA peut s’améliorer car la production progresse plus vite que la consommation ; c’est le cas en pomme de terre et en tournesol notamment. Le TAA peut aussi augmenter car la production baisse moins vite que la consommation, comme en vin, en lapin et en ovins. « Il faut vraiment considérer le rôle des dynamiques de consommation », pointe Cécile Guillot, « avec aussi un mouvement vers des produits plus internationaux comme le riz et les fruits exotiques ». 

Lire aussi : Porc : « la production baisse plus vite que la consommation » alerte Anne Richard d’Inaporc

Toutes les dépendances ne se valent pas

«Toutes les dépendances ne sont pas forcément critiques et importantes » note Cécile Guillot, illustrant « ce n’est pas grave pour le café, on ne peut pas en produire. Quant aux ovins, certes, nous sommes très dépendants, mais nous en consommons de moins en moins ». La spécialiste pointe l’importance de jouer sur le levier de la consommation, en promouvant l’origine et l’information du consommateur.

Lire aussi : Œufs : le CNPO demande d’« alléger les procédures d’installation des élevages pour atteindre l’autonomie alimentaire »

Le rôle des échanges internationaux

« Sur 35 produits étudiés, 13 présentent à la fois une dépendance élevée aux importations (20 % de la consommation) et aux exportations (>20 % de la production) » rappelle Cécile Guillot. En cause, les déséquilibres de la consommation. La France est ainsi, dans le cas des produits laitiers, déficitaire en matières grasses, mais excédentaire en protéines. 

Lire aussi : Souveraineté alimentaire : l’Europe résiliente et peu dépendante

« Les importations en provenance de l’UE ne sont pas aussi critiques que celles des pays tiers puisque l’UE a été construite pour ça ». Mais Cécile Guillot pointe l’importance de diversifier les débouchés pays-tiers, notamment la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni qui ont montré leur sensibilité aux aléas géopolitiques dernièrement. 

 

Qu’est ce que la souveraineté alimentaire ?

C’est une notion qui a émergée dans les années 90, portée par Via Campesina. Depuis 2020, et les crises sanitaire, géopolitique et inflationniste, la souveraineté alimentaire a réémergé dans les discours des États. Sa définition est fixée dans la loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (LOSARGA) du 24 mars 2025 : « la souveraineté alimentaire s’entend comme le maintien et le développement des capacités de la Nation a produire, transformer, et à distribuer les produits agricoles et alimentaires nécessaires à l’accès de l’ensemble de la population à une alimentation saine, et le soutien des capacités exportatrices contribuant à la sécurité alimentaire mondiale » . 

Les plus lus

dindes en élevage
Dinde : alourdir les carcasses, la stratégie de LDC et Galliance pour la reconquête

Après une chute ininterrompue des abattages depuis 2000, la dinde semble reprendre quelques couleurs en France. Au moins le…

Terrains de stockage et troupeaux au Brésil
Viande bovine : la Rabobank prévoit une baisse de la production mais s’inquiète de la demande en 2026

Les prévisions de la Rabobank sont à une poursuite de la baisse de l’offre mondiale de viande bovine, et une hausse des prix…

batau porte conteneur de dos
Viande bovine : la consommation continue de reculer dans l’UE, mais les importations vont bondir en 2026

La consommation par bilan de viande bovine va continuer son déclin en 2026, selon les prévisions de la Commission européenne.…

Œufs aux drapeaux ukrainien et turc
Œufs : les importations européennes bondissent de 65 % au premier trimestre, l’Ukraine et la Turquie en profitent

Les importations d’œufs de l’Union européenne ont atteint un record sur le premier trimestre 2026. L’Ukraine a progressé, mais…

vaches dans un pré
Prix des bovins : après 8 semaines de baisse, le plancher en vue ?

Les prix des vaches allaitantes et des vaches laitières se stabilisent tandis que ceux des jeunes bovins s’effritent encore…

Javier Prida
Œufs : Le premier quota d’ovoproduits réservé au Mercosur rempli sur le champ par une seule entreprise

La firme argentine Ovoprot a fourni en quelques jours le premier quota détaxé d’ovoproduits attribué au Mercosur dans le cadre…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 90€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Les Marchés
Bénéficiez de la base de cotations en ligne
Consultez vos publications numériques Les Marchés hebdo, le quotidien Les Marchés, Laiteries Mag’ et Viande Mag’
Recevez toutes les informations du Bio avec la newsletter Les Marchés Bio