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Souveraineté alimentaire : quelles sont les fragilités françaises ?

Un rapport du gouvernement évalue la souveraineté alimentaire de la France et dévoile des zones de fragilité préoccupantes. Changement climatique, dépendance aux intrants, perte de valeur ajoutée dans certaines filières, quelles sont les pistes évoquées ?

vue de haut, une carte de France dessinée avec du blé, du beurre, des oeufs, de la viande, du fromage, des pommes, des tomates, du soja, du saumon
Si la France est souveraine pour son alimentation, elle n'en affiche pas moins des faiblesses
© Généré par IA

La France est encore largement souveraine en matière alimentaire, selon un rapport du gouvernement publié le 31 mars 2024. Pour autant ; le pays ne doit pas se reposer sur ces lauriers puisque les experts pointent « des fragilités préoccupantes ».

Lire aussi : Souveraineté alimentaire : sur le bio, le compte n’y est pas

L’agriculture française, fragilisée par le changement climatique

Après avoir bondi sur la seconde moitié du XXéme siècle, les rendements agricoles ne progressent plus depuis les années 2000, et parier sur leur hausse est dorénavant irréaliste jugent les auteurs du rapport qui constatent que le rendement maximal théorique des sols est atteint et que, dorénavant, la sélection variétale ne suffit plus à compenser les aléas climatiques

Gel, sécheresse, grêle et inondations seront de plus en plus fréquents

Gel, sécheresse, grêle et inondations seront de plus en plus fréquents et devraient conduire à des baisses de rendements. L’accès à l’eau pose déjà question, comme la hausse des températures. Les auteurs alertent aussi sur la baisse de la biodiversité particulièrement les pollinisateurs et auxiliaires de culture, ainsi que sur la perte de fertilité des sols.

Lire aussi : Souveraineté alimentaire : l’Europe résiliente et peu dépendante

La Ferme France, déficitaire en protéine et azote car dépendante aux intrants

Les exportations de protéines sous forme de céréale sont plus que compensées par les importations d’azote minéral, apprend-on dans ce rapport, qui pointe une très forte dépendance des Hauts de France, de l’Île de France et du Grand Est notamment. « En 2022, la France importait plus de 80% de ses engrais, dont une large part provient de pays en dehors de l’Union européenne, créant une double dépendance : aux pays tiers et aux énergies fossiles (qui servent à fabriquer les engrais minéraux) ».

Une double dépendance : aux pays tiers et aux énergies fossiles 

Un plan de souveraineté azote

De la même manière, les exportations de productions animales (produits laitiers, viande et volaille) « sont inférieures aux importations d’azote sous forme de protéines végétales nécessaires à leur production (notamment tourteaux et graines de soja, importés du Brésil et d’Argentine) ». Un plan de souveraineté azote est en cours d’élaboration.

L’étude se penche aussi sur le cas de la lysine, acide aminé utilisé dans l’alimentation animale, dont la France est passé d’exportatrice nette à importatrice nette en trois ans, avec une dépendance croissance à la Chine.

Lire aussi : Metex, fabricant de lysine, en redressement : l’UE veut-elle dépendre de la Chine ?

infographie lysine

La dépendance à l’import de certaines filières s’aggrave

La France est jugée autosuffisante (taux d’auto-approvisionnement à plus de 95 %) pour 19 filières. La France exporte d’ailleurs deux fois plus de calories que les Français n’en consomment. Mais certaines filières voient leur dépendance aux importations s’aggraver, que ce soit à cause de l’évolution des habitudes alimentaires (plus de riz, fruits tropicaux, saumon, crevettes), soit à cause de la baisse de la production nationale (blé dur et pomme de terre). Les filières structurellement importatrices que sont les fruits et légumes et les tourteaux font l'objet de plans de souveraineté.

Lire aussi : Poulet importé : “la souveraineté alimentaire est toute autant française que communautaire” 

Une perte de valeur ajoutée dans certaines filières

Si la balance commerciale de la France est excédentaire pour les produits bruts (céréales, animaux vivants) elle est négative pour les produits transformés, hors produits laitiers.

Une perte de valeur ajoutée du fait de l’absence de transformation en France

 « Cette situation se traduit par une perte de valeur ajoutée du fait de l’absence de transformation en France dans certaines filières », constatent les auteurs. Un des exemples donnés est celui de la filière viande. La France exporte des bovins jeunes et maigres mais importe de la viande de vache. Elle exporte des carcasses de porc mais importe de la charcuterie. Même son de cloche dans d’autres filières puisque si la France exporte de la poudre de lait, elle importe du beurre, exporte des céréales mais importe de la farine.

Lire aussi : « Un export puissant permet de pérenniser le modèle alimentaire français » 

La transition agroécologique, réponse aux enjeux de souveraineté alimentaire

Pour les auteurs, le point de départ est d’assurer un revenu décent aux agriculteurs, pour « renouveler les générations, en permettant d’investir pour innover, et en facilitant la prise de risque inhérente aux transitions agroécologiques ». Cette transition doit passer par une autonomisation de la France pour les intrants. 

Comment préserver la fertilité des sols

  • Protection de l’érosion, de la vie du sol, augmentation de la réserve utile en eau
  • Évolution des assolements à l’échelle du pays comme de l’exploitation
  • Utilisation de la sélection variétale pour s’adapter au manque d’eau ou à la chaleur
  • Pratiques d’agroécologie
  • Dispositifs d’irrigation plus économes, réutilisation de l’eau dès que possible et pertinent
  • Curage des infrastructures de stockage de l’eau malgré le coût
  • Développement de nouvelles solutions de stockage si une concertation est réalisée

Télécharger le rapport

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