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Poulet : plus de 300 €/100 kg, le marché européen s’emballe

Les prix européens du poulet s’envolent, car la production progresse moins vite que la consommation. Si l’Ukraine est un peu en retrait pour fournir le marché communautaire, le Brésil et la Thaïlande se sont engouffrés dans la brèche. 

Poulets standard européen
La production européenne de poulet, bien que dynamique, ne suffit pas, et les prix montent
© Catherine Takougang

Les prix du poulet européen ont passé la moitié de l’année au-dessus de la barre symbolique des 300 €/100 kg, selon les calculs de la Commission européenne. « Les cotations du poulet dans le nord de l’Europe décrochent des coûts de production, qui, eux, sont stables à baissiers », pointe Simon Fourdin, directeur du pôle Économie de l’Itavi lors d’un webinaire. 

 

Evolution du cours moyen du poulet dans l'Union européenne (Lignes)

 

Lire aussi : « Le prix n’est plus le nerf de la guerre c’est désormais la disponibilité en poulet qui est limitante »

Les prix du poulet français échappent à la flambée

Il n’y a pas de cotation pour le poulet français, et à part des éleveurs dans le Nord, qui vendent leur production à des abattoirs belges sur la cotation de Deinze, les aviculteurs français ne profitent pas du contexte.

« Contractualisation ou vente à la cotation en vif, tributaire du marché, ce sont deux types de prises de risque »

 « En France, l’intégration protège l’éleveur des aléas, par exemple en 2020 quand les coûts de production dépassaient les cotations dans le nord de l’Europe, les aviculteurs français étaient à l’abri. Néanmoins, ils ne bénéficient pas des fortes hausses. Contractualisation ou vente à la cotation en vif, tributaire du marché, ce sont deux types de prises de risque », nuance le directeur. 

Pourquoi les prix du poulet décollent en Europe ? 

« Il faut rester prudent, il y a peut-être un effet spéculatif » alerte Simon Fourdin. Mais les faits sont là, la production européenne de poulet peine à suivre une demande croissante, « qui bat tous les records ». Les abattages de poulet sont pourtant bien orientés dans l’UE sur le premier semestre, avec une hausse de 1,2 % par rapport à la même période de 2024. La hausse de 9 % enregistrée en Espagne, second producteur européen, compense la baisse de 4,3 % qu’accuse le leader communautaire, la Pologne, en lien avec la grippe aviaire. La France, troisième, est stable (-0,2 %) par rapport au record de l’an dernier, l’Italie, quatrième, progresse de 1,1 % tandis que l’Allemagne, cinquième, affiche un repli de 2,8 %. 

« Il faut rester prudent, il y a peut-être un effet spéculatif »

La dinde et le canard en repli

toutefois, les abattages de volailles dans leur ensemble reculent de 4,4 % au premier semestre ; car la dinde perd du terrain (-3 %) chez les principaux producteurs que sont, dans l’ordre, l’Allemagne (-3 %), la Pologne (-6,2 %) la France (-6,5 %) et l’Italie (-6,9 %). L’Espagne, cinquième, se distingue avec une hausse de 13,7 %. Enfin, en canard, la production européenne accuse une chute de 22,7 % des abattages, plombés par les reculs en France (-11,5 %), en Pologne (-17,9 %) et en Hongrie (-56,3 %). 

Des importations communautaires qui stagnent

Les importations européennes de volaille ont peu évolué cette année, elles auraient progressé de 1 % sur les huit premiers mois, selon les données Eurostat. Fait notable, le recul de l’Ukraine (- 8 %) qui se voit ravir la seconde place de fournisseur de l’UE par la Thaïlande (+16 %). 

Lire aussi : Volaille : où l’Ukraine dirige-t-elle ses exportations en 2025 ? 

Le Brésil reste, largement, premier, avec des importations en progression de 7 % malgré la chute des envois sur l’été du fait de l’embargo consécutif à la grippe aviaire. L’UE a rouvert entièrement ses frontières à la volaille brésilienne le 2 octobre. L’accord commercial avec le Mercosur a suivi son chemin et un dénouement est probable d’ici la fin de l’année. « Le quota de poulet n’est que de 180 000 tonnes, ça paraît peu au regard de la consommation européenne, mais si c’est uniquement du filet, cela pourrait peser sur le marché », prévient Simon Fourdin, qui déplore « le chiffre de 180 000 t avait été fixé à l’époque où le Royaume-Uni était encore dans l’UE. Ce pays, très importateur, aurait absorbé une part importante des volumes ».

En France, la production de poulet décolle

« Le seuil symbolique des 100 000 tonnes mensuelles a été plusieurs fois franchi cette année, c’est inédit pour les abattages de poulet en France » se réjouit le directeur. Les abattages ont atteint un record déjà en 2024 et devraient progresser sur l’ensemble de l’année, tirés par le poulet standard. 

Lire aussi : Le Sud-Ouest se tourne vers le poulet standard pour concurrencer les importations

La dinde affiche un timide +0,1 % « mais les volumes sont tout de même inférieurs aux années antérieures » nuance Simon Fourdin. Le canard est en forte baisse, -28,7 %, car les stocks sont élevés depuis que le Royaume-Uni a fermé ses frontières au canard vacciné contre la grippe aviaire. Pour la pintade, il faudra attendre les chiffres de la fin d’année, moment clé de la consommation, pour juger de la tenue de la production. 

Malgré le dynamisme de la production de poulet, les importations augmentent encore, +7,5 % notamment les filets et les préparations, et les exportations progressent de 2,6 %. « C’est mathématique, quand on produit plus de poulet, on exporte davantage pour l’équilibre carcasse et valoriser à l’export ce qui ne peut l’être sur notre territoire », conclut l’expert. 

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