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Production
Les AOP laitières face au changement climatique

Les organismes de défense et de gestion des fromages et autres produits laitiers sous appellation d’origine protégée admettent un changement durable des productions en raison des conditions climatiques.

Selon Alexandra Jacquot (ODG Époisses), à l'AG de du Cnaol de septembre, le futur climatique est maintenant.
© S. C.

Implacablement, le changement climatique impose aux AOP laitières des conditions de production bien différentes de celles fixées par les cahiers des charges. « Résistance ou résilience » était le dilemme posé le vendredi 27 septembre aux débats de l’assemblée générale d’automne du Conseil national des appellations d’origine laitières (Cnaol), celui-ci ayant été reçu cette année par l’Union Bries de Meaux et de Melun.

La question de résister ou de s’adapter s’est posée et continue de se poser face aux évolutions des demandes de la société et des autres facteurs humains. Elle se pose avec une urgence particulière face au réchauffement climatique et aux déficits hydriques à répétition.

Semer, faire pâturer, affourager en périodes déficitaires, abreuver même, devient difficile dans les limites territoriales ou temporelles fixées dans nombre de cahiers des charges. Protéger les animaux en cas de forte chaleur est une nécessité. Le nombre de dérogations accordées par l’Institut national des appellations d’origine (Inao) est monté à « dix-neuf l’an dernier, dont dix-sept pour les AOP laitières, contre moins de dix ordinairement », a indiqué Patrice Chassard, président du comité national des appellations laitières, agroalimentaires et forestières à l’Inao.

Le scénario catastrophe s’est produit cette année

« Nous avions un scénario catastrophe, une sécheresse au printemps et aussi pendant l’été. Il s’est produit cette année », a témoigné Alexandra Jacquot de l’ODG époisses. Cette ODG travaille sur les adaptations possibles au climat à un horizon situé au-delà de 2055. « Le futur lointain est maintenant », a noté Alexandra Jacquot. Les adaptations envisagées en époisses consistent notamment à mettre en réserve 6 mois de fourrage et à faire entrer les génisses en production plus tôt.

Il apparaît de plus en plus clairement que la culture de maïs fourrager ne pourra plus se faire sur des sols superficiels. Et la règle de l’AOP voulant que l’alimentation des vaches soit constituée pour moitié d’herbe jusqu’au 15 juin semble de plus en plus difficile à tenir. L’AOP époisses a déjà nécessité trois dérogations à son cahier des charges de 2011 à 2019.

S’adapter sans se renier

Les ODG sont parties prenantes des travaux du GIEE de Climalait, le programme de prospectives visant à étudier les possibilités d’adaptation de la production laitière à l’horizon 2050 dans vingt-cinq zones climatiques, que Nadine Ballot, du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel), est venue présenter.

Faudra-t-il se résoudre à produire moins en AOP fromagère ? L’idée a été évoquée. « Comme on ne fera pas de fromage sans herbe, il faudra peut-être qu’on ait moins de vaches », s’est avancé un éleveur. Quant à suspendre périodiquement une appellation, les ODG ne sont pas prêtes à l’admettre, d’après le brouhaha qui s’est levé quand le représentant des appellations à la Commission européenne a émis cette hypothèse. Les commentaires recueillis invoquaient les rigidités dans les relations des entreprises de commercialisation avec la grande distribution.

Le Cnaol suggère plutôt aux AOP de « s’adapter sans se renier ».

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