« Le marché halal a retrouvé son dynamisme » pour Éric Fauchon d'Isla Délice
Après plusieurs années plombées par l'inflation des matières premières, le secteur halal affiche de nouveau une croissance soutenue. Éric Fauchon, directeur général d'Isla Délice, décrypte les évolutions d'un marché halal qui continue de se structurer et de s'élargir entre innovation, attentes des consommateurs, enjeux nutritionnels, certification halal et les tensions sur les approvisionnements.
Après plusieurs années plombées par l'inflation des matières premières, le secteur halal affiche de nouveau une croissance soutenue. Éric Fauchon, directeur général d'Isla Délice, décrypte les évolutions d'un marché halal qui continue de se structurer et de s'élargir entre innovation, attentes des consommateurs, enjeux nutritionnels, certification halal et les tensions sur les approvisionnements.
Les Marchés : comment se porte aujourd'hui le marché halal ?
Éric Fauchon : Le marché halal avait souffert de la forte inflation observée entre 2022 et 2024, notamment sur les viandes bovines. Depuis septembre 2024, il a retrouvé son dynamisme. En 2025, Les trois marchés que sont la charcuterie, le traiteur frais et les surgelés halal ont progressé de 10,5 % en volume et de 9,8 % en valeur, selon les données Nielsen IQ. Chacun de ces segments affiche une croissance, comprise entre 9,1 % et 14,7 % en volume et 7,2 % à 21,3 % en valeur, contre 1,7 % de croissance pour l'ensemble des PGC-FLS sur la même période. Ce marché se porte essentiellement sur la population musulmane en France, estimée aux alentours de 6 à 7 millions d’habitants. Le nombre total de consommateurs qui achètent du halal au moins une fois par an est évalué à une dizaine de millions.
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L. M. : Quels sont les produits phares d’Isla Délice ?
E. F. : La charcuterie est notre activité principale. Elle représente près des deux tiers de nos ventes. C'est d'ailleurs avec cette catégorie que l'entreprise s'est développée depuis sa création en 1990. Nous couvrons aujourd'hui l'ensemble des segments : jambons, saucisses, saucissons secs, mortadelles, lardons...
L'un de nos produits emblématiques est le saucisson sec pur bœuf tranché. Très peu d'acteurs proposent ce type de recette sur le marché halal, la plupart privilégiant des recettes à base de volaille. Pendant la saison des raclettes, entre octobre et février, nous enregistrons une forte hausse des ventes sur ces catégories de produits.
L. M. : Comment évoluent les attentes des consommateurs musulmans ?
E. F. : Ces derniers ont les mêmes attentes que l’ensemble des consommateurs. Ils veulent davantage de choix, plus de naturalité et une meilleure qualité nutritionnelle. À cela s'ajoute une exigence très forte en matière de traçabilité halal. Ils souhaitent accéder à une offre aussi diversifiée que celle proposée au reste de la population. Ils ne veulent plus être limités à quelques références.
Sur la charcuterie, par exemple, la demande pour des recettes sans nitrites est forte. En 2024, Isla Délices a été la première marque halal à lancer une saucisse sans nitrites. En 2025, nous avons complété cette offre avec un jambon de poulet sans nitrites.
L. M. : Quelle place occupe l’innovation dans votre stratégie de vente ?
E. F. : L'innovation constitue un véritable levier de croissance pour élargir le marché halal. Fin 2024, nous avons lancé une gamme de pizzas surgelées halal. En un an, ces deux références ont généré plus de 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires sur l'ensemble des circuits de distribution et ont atteint 79 % de parts de marché en grande distribution, selon Nielsen IQ. Nous avons également innové en dehors des produits carnés. En septembre 2025, nous avons lancé une gamme de sauces sans vinaigre. Plus récemment, nous avons été les premiers à proposer des pâtes fraîches halal, un segment pourtant déjà bien installé avec des marques comme Rana ou Lustucru.
L. M. : Vos consommateurs accordent-ils davantage d'importance à la nutrition qu’au prix ?
E. F. : Oui, clairement. Le consommateur musulman peut accepter de payer un peu plus cher pour des produits présentant un meilleur profil nutritionnel. Nous avons par exemple lancé un steak haché à 5 % de matière grasse noté 90/100 sur Yuka, une première sur le marché halal. Ce produit a trouvé son public, même si les volumes restent inférieurs à ceux du steak haché classique de la marque, qui demeure l'une de nos meilleures ventes.
L. M. : Vous aviez annoncé vouloir afficher le Nutri-Score sur l’ensemble de vos produits dès 2022. Où en êtes-vous aujourd’hui ?
E. F. : Le Nutri-Score est désormais affiché sur l'ensemble de nos produits depuis fin 2024. Nous considérons qu'il existe un véritable enjeu de santé publique et que cet outil constitue une aide à la décision pour les consommateurs, même s'il n'est pas parfait.
L. M. : Pensez-vous que cela a pu avoir un impact sur vos ventes ?
E. F. : On sait que pour les consommateurs, des notes comme D ou E sur les charcuteries ce n'est pas extrêmement séduisant. Néanmoins je pense qu'on a bien fait, même si ce n’est pas toujours à notre avantage. Parallèlement, nous travaillons à améliorer nos recettes en réduisant notamment les teneurs en sel et en matières grasses.
L. M. : Produire du poulet répondant aux critères de l'European Chicken Commitment pourrait intéresser Isla Délice ?
E. F. : Nous ne nous sommes pas engagés dans cette démarche. L'European Chicken Commitment prévoit un abattage au gaz, ce qui est incompatible avec les exigences du halal. L'abattage halal nécessite que l'animal soit vivant au moment de l'égorgement. Notre cahier des charges est particulièrement exigeant, puisque nous sommes certifiés par l'ARGML. Des contrôleurs sont présents quotidiennement dans les abattoirs fournisseurs lorsqu'ils produisent pour Isla Délice.
L. M. : Rencontrez vous des difficultés d’approvisionnement ?
E. F. : Avec un approvisionnement exclusivement européen, la situation des matières premières, depuis maintenant 4-5 ans, est très difficile à gérer, avec de grosses variations de prix à la hausse.
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Ces derniers temps, la viande de dinde a été la plus sous tension car la filière dinde se développe peu par rapport au poulet. Par ailleurs, une épizootie d'influenza aviaire en Pologne, l'un des principaux fournisseurs européens, a fortement perturbé le marché l’an dernier. Sur le poulet, il y a eu beaucoup de tensions sur les prix également l'an dernier, en grande partie à cause de la grippe aviaire dans l'est de l'Europe. En plus, il y a eu l'interdiction des importations de filets de poulets brésiliens pendant quelques mois, qui ont accentué les tensions sur le marché. Mais aujourd'hui, la situation est plus stabilisée.
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Concernant le bœuf, il y a un problème d'offres actuellement à cause de la décapitalisation du cheptel. La demande de consommation n'est pas forcément en croissance, mais le manque d’offre depuis début 2025 tend le marché.
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L. M. : Quel impact la guerre en Iran a eu sur votre activité ?
E. F. : Les conséquences des tensions dans le Moyen-Orient sont déjà visibles sur nos coûts. Comme toutes les entreprises charcutières adhérentes à la Fict, nous constatons une hausse des coûts logistiques liée à l'énergie, particulièrement sensible dans les activités de produits frais et surgelés. Les prix des emballages plastiques ont également augmenté depuis le printemps. Au total, l'impact sur nos coûts se situe aujourd'hui entre 3 et 5 %. Au-delà des coûts, l'incertitude pèse sur la confiance des ménages. Quand les consommateurs s'inquiètent pour leur pouvoir d'achat, ce n'est jamais très favorable sur la consommation.
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