Comment le vrac et le réemploi des emballages s’ancrent dans l’alimentation des Français
Freiné par l’inflation ces dernières années, le vrac alimentaire retrouve progressivement de la place dans les habitudes de consommation. Soutenu par un cadre réglementaire désormais clarifié et par l’essor du réemploi, le marché du vrac pourrait accélérer son développement en réseau de produits de grande consommation et en restauration.
Freiné par l’inflation ces dernières années, le vrac alimentaire retrouve progressivement de la place dans les habitudes de consommation. Soutenu par un cadre réglementaire désormais clarifié et par l’essor du réemploi, le marché du vrac pourrait accélérer son développement en réseau de produits de grande consommation et en restauration.
« Après plusieurs années de recul liés à l’inflation, le vrac stabilise sa base d’acheteurs et montre des signes de retour dans les habitudes de consommation des Français », observe Célia Rennesson, directrice générale du Réseau Vrac & réemploi lors d’une conférence organisée par Citéo. Le contexte économique tendu, marqué par une inflation cumulée de 20 % entre janvier 2022 et janvier 2024, avait entraîné un repli du segment vrac et réemploi à partir de 2022.
Toutefois, la tendance s’infléchit. « Depuis 2024, la consommation en vrac repart progressivement », souligne David Lecomte, directeur Insight consommateur de Nielsen IQ. Au cours des douze derniers mois, 32 % des foyers français déclarent avoir acheté des produits en vrac ou en consigne alimentaire, selon une étude menée par NielsenIQ, comme en 2024.
Les achats en vrac et le réemploi d’emballages progressent
Les achats en vrac concernent désormais 26 % des Français, en hausse d’un point, tandis que la consigne atteint 15 % de la population (+2 points). « Loin de s’opposer, ces deux modèles apparaissent complémentaires, et permettent ensemble la diffusion des pratiques de réemploi » explique la directrice générale du Réseau Vrac & réemploi.
Les magasins bio et le réseau CHR, des moteurs du secteur
Aujourd’hui, près de 30 % des Français déclarent acheter du vrac en magasin spécialisé bio. « Le développement du vrac reste étroitement lié à celui du bio. Quand les magasins bio vont bien, le vrac va bien », résume Valentin Founel, directeur éco-conception et réemploi chez Citeo. Les deux tiers de la croissance du vrac seraient ainsi imputables à la progression du bio.
«Le développement du vrac reste étroitement lié à celui du bio.»
En restauration, le réemploi est déjà bien installé sur certains segments. Près de la moitié des établissements ont recours à des emballages réemployés, notamment pour les boissons en bouteilles en verre via des systèmes de consigne fournisseurs.
Un cadre réglementaire qui s’améliore pour le vrac et le réemploi
Après quatre ans d’attente, le décret vrac publié en novembre 2025 marque une étape clé pour la filière. Issu de la Loi Climat et Résilience, il fixe un cap clair d’atteindre 20 % de produits vendus sans emballage d’ici 2030 dans les magasins de plus de 400 m². « Jusqu’ici, l’absence de cadre précis freinait les investissements et maintenait le marché dans une forme d’attentisme », annonce la directrice générale du Réseau Vrac & réemploi. La filière se structure également sur le plan financier.
« Jusqu’ici, l’absence de cadre précis freinait les investissements et maintenait le marché dans une forme d’attentisme »,
Depuis 2023, 120 millions d’euros ont été engagés pour soutenir le développement du vrac, dans le cadre de l’obligation pour les éco-organismes de consacrer au moins 5 % de leur budget au réemploi. Aussi dès 2027, pour les professionnels du CHR, il sera obligatoire de permettre aux consommateurs d’apporter leurs propres contenants pour la vente à emporter. À partir de 2028, une offre d’emballages réutilisables deviendra obligatoire pour ces derniers.
Les catégories alimentaires dynamique du vrac
Certaines catégories tirent particulièrement la croissance du vrac alimentaire. Les épices et les biscuits figurent parmi les segments les plus dynamiques en 2025. Désormais, 18 % des foyers acheteurs d’épices s’approvisionnent en vrac (+3,5 points), tandis que 14 % des foyers achètent des biscuits en vrac (+3,3 points).
Le premier choix au rayon vrac reste les fruits à coque et oléagineux qui sont consommés en vrac par 54 % des foyers acheteurs de la catégorie, en hausse de 1,9 point. Ensuite viennent les fruits secs, qui concernent 47 % des foyers acheteurs (+1,1 point) et les légumineuses, 31 % des foyers acheteurs (+2,6 points).

Sortir d’un positionnement de niche
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est de sortir le vrac et la consigne d’un positionnement de niche. « Vrac et consigne doivent être pensés comme des modèles grand public », déclare Célia Rennesson.
Vers un modèle plus implanté en GMS traditionnelle
Les initiatives de distribution de produits en vrac se multiplient en grande distribution. Des enseignes comme Carrefour ou Intermarché, développent des offres vrac et de réemploi en rayon, tandis que de nouveaux concepts clés en main émergent comme ceux de Yooji ou Le Corner Tout Nu. Ces dispositifs visent à lever les freins persistants, notamment en matière d’hygiène, de praticité ou encore d’affichage du prix en temps réel. Parallèlement, certaines expérimentations territoriales voient le jour, comme le réemploi de barquettes plastiques en rayon boucherie dans le nord de la France.
Une dynamique portée par la sensibilisation
8 % des Français déclarent connaître l’événement du « Mois du Vrac et du Réemploi », soit plus de 2 millions de foyers. Parmi eux, un sur deux affirme avoir adopté un nouveau comportement lié au réemploi à la suite de la campagne. Ainsi la montée en puissance de cet évènement, reste un moteur pour la démocratisation des gestes de réemploi des emballages.