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Veau de boucherie : « J’observe davantage de nouveaux projets que d’arrêts »

La filière veau a connu des années difficiles avec une production en chute libre. Mais Gilles Gauthier, président de l’interprofession, se montre résolument optimiste tant sur le front de la production que sur celui de la consommation, alors que la Pentecôte approche. 

atelier veau de boucherie sur paille
L'atelier veau de boucherie garantit "un revenu sain" aux éleveurs, pour Gilles Gauthier.
© INTERBEV - Gael Kerbaol

« La Pentecôte reste une période stratégique pour le veau », affirme Gilles Gauthier, président de la commission Veau d’Interbev. Pour autant, on ressent une certaine prudence chez le spécialiste, « il faut comprendre qu’on peut avoir 30°C à la Pentecôte maintenant, or la consommation de veau est très météo sensible, donc les intégrateurs ont été modérés dans les mises en place pour l’occasion ». Pour autant, dès le 8 mai commencera une campagne radio, cofinancée par Interbev et le Cniel. « Avec la filière laitière, nos destins sont liés, puisque le veau de boucherie valorise 65 % des veaux mâles laitiers français », explique celui qui souhaite que « le Cniel et Interbev travaillent ensemble de façon plus récurrente ». Le premier partenariat entre le Cniel et Interbev avait eu lieu à l’occasion de la Pentecôte 2021. Pour s’affranchir des risques liés à la météo, la filière veau compte instaurer un nouveau rendez-vous, en février, pour la fête des grands-mères. « La première édition cette année a été satisfaisante, elle sera reproduite », annonce le président. 

La production de veau tend à se stabiliser

« On constate un retour à la normale sur le marché du veau, après la baisse des abattages de 12 % en 2022 et de 6 % en 2023 », se félicite Gilles Gauthier. Les derniers chiffres disponibles laissent en effet augurer d’une stabilisation des abattages sur le premier trimestre 2024 comparé à la même période de l’an dernier. Janvier et février étaient stables (+0,11 % et +0,08 % respectivement) par rapport à 2023, mars en net recul (-3,8 %) mais avec deux jours ouvrés de moins. « J’observe davantage de nouveaux projets que d’arrêts, chez nous, à Sobeval », se réjouit celui qui est Directeur stratégie et développement filière de VanDrie France, dont Sobeval est une filière. 

Un revenu régulier pour les éleveurs 

La production de veau recule depuis trois ans et, depuis plusieurs années, les départs en retraite étaient plus nombreux que les arrivées dans la production. « La filière veau de boucherie est intéressante pour les jeunes éleveurs qui veulent un atelier hors sol, puisqu’elle garantit un revenu sain et régulier. La charge de travail, pour 250 veaux, c’est environ 2 fois 2 heures par jour, c’est compatible avec les autres ateliers », explique le président qui alerte néanmoins « le gros point noir, c’est le coût d’installation, à 2 000 €/place, or c’est compliqué avec la frilosité des banques ». 

 « Les entreprises doivent s’engager pour aider les jeunes éleveurs »

La filière veau de boucherie étant entièrement intégrée, Gilles Gauthier est explicite « Les entreprises doivent s’engager pour aider les jeunes éleveurs ». D’autant plus que la baisse des coûts de l’aliment, liée au repli des cours de la poudre de lait et du lactosérum « permet d’investir pour soutenir la construction de la filière », nous explique-t-il.

Evolution de l'indice Imfal calculé par Les Marchés- Indice des matières premières entrant dans la fabrication des aliments d’allaitement - base 100 au 2 janvier 2015

Évolution de l'indice Imfal calculé par Les Marchés- Indice des matières premières entrant dans la fabrication des aliments d’allaitement - base 100 au 2 janvier 2015

Le veau français peut rivaliser avec les importations en restauration

70 % du veau consommé en France est acheté dans la grande distribution ou la boucherie traditionnelle, révèle l’enquête ‘Où va le veau ?’ réalisée par l’Institut de l’élevage. Deux débouchés très préservés de la pression des importations, juge Gilles Gauthier. 

En revanche, « la restauration a une importance grandissante pour les volumes, or ce circuit est perméable aux importations, il faut donc être vigilants. D’autant plus que la filière française a largement la qualité et la diversité nécessaire pour servir la restauration collective comme commerciale », juge Gilles Gauthier, qui considère qu’il y a « peu d’écart de prix, certes les Pays-Bas sont plus compétitifs sur l’épaule bas-carré, mais sur l’arrière et les pans la France est au même prix. Il n’y a pas de production supplémentaire aux Pays-Bas et ils ont des exportations dynamiques vers l’Allemagne et l’Italie ». 

 « La filière française a largement la qualité et la diversité nécessaire pour servir la restauration collective comme commerciale »

Seule ombre au tableau pour l’origine France, les abats. « On n’est pas autosuffisant, les abats pèsent dans notre balance commerciale. L’été on a des excédents de foie de veau bien sûr, mais l’hiver on est en déficit », résume le président, qui précise par ailleurs que la consommation française est stable.

Le veau sous label, une filière toujours en crise

La production de veaux sous la mère, de l’Aveyron et du Ségala reste en fort retrait. « Le veau label a énormément souffert de l’inflation et le revenu des éleveurs n’est toujours pas revenu à la normale » déplore Gille Gauthier. La production a chuté l’an dernier, et rien n’indique un changement de tendance cette année. Les broutards valent cher, pour les éleveurs il n’y a pas d’intérêt à faire plutôt du veau label, une production très exigeante en temps de travail.

Lire aussi : Les Labels rouge de bœuf limousin dans une mauvaise passe

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