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Viande rouge, sucre, produits laitiers : quels quotas agricoles dans l’accord UE-Australie ?

Malgré l’opposition ferme des agriculteurs européens, notamment les filières bovines et ovines en France, l’Union européenne et l’Australie ont conclu un accord de libre-échange. Sont concernés notamment la viande rouge, les produits laitiers, le sucre, le riz. À l’inverse, l’UE pourra exporter du vin et des fromages et a obtenu des garanties sur les indications géographiques.

Drapeaux de l'UE et d'Australie ensemble
Alors que les tensions commerciales se sont multipliées avec la Chine et les États-Unis, la Commission européenne poursuit sa stratégie pour diversifier ses partenaires.
© Généré par IA

L’UE et l’Australie ont annoncé, le 24 mars, la conclusion des négociations en vue d’un accord de libre-échange.

Deux quotas de viande bovine pour l'Australie

 Point d’achoppement des discussions, l’UE a proposé plusieurs contingents tarifaires notamment sur la viande rouge, dont un quota de 30 600 tonnes pour la viande bovine. Ce quota est divisé en deux, avec 16 830 t (55%) en franchise de droits, sous condition d’être «nourri à l’herbe» et 13 770 t (45%) avec un droit de douane réduit de 7,5 %, détaille Agra Presse. 

16 830 t (55%) en franchise de droits, sous condition d’être «nourri à l’herbe» et 13 770 t (45%) avec un droit de douane réduit de 7,5 %

Ils seront mis en œuvre de manière graduelle sur dix ans avec un tiers du volume disponible à l’entrée en vigueur puis maintenu stable pendant cinq ans. Aucun contrôle sur les élevages pour vérifier le critère "à l'herbe" n'est prévu selon Interbev. 

Deux quotas de viande ovine pour l'Australie

Pour la viande ovine, Bruxelles offre deux contingents réservés à la viande « nourrie à l’herbe » pour un total de 25 000 t, dont 27% pour la viande congelée. Ils seront introduits sur sept ans avec un tiers du volume disponible à l’entrée en vigueur.

 Pour la viande ovine, Bruxelles offre deux contingents réservés à la viande « nourrie à l’herbe » pour un total de 25 000 t

Les contingents actuels atteignent 6 800 t de viande bovine et 3 800 tonnes de viande ovine.

Lire aussi : Viande bovine : le protectionnisme de la Chine et la guerre en Iran perturbent le marché mondial

Des quotas en canne à sucre, riz et produits laitiers

 Par ailleurs, l’UE devrait ouvrir un contingent de 35 000 t de canne à sucre brute destinée au raffinage en franchise de droit et 8 500 t de de riz (dont 5 000 t à l’entrée en vigueur et une mise en œuvre sur cinq ans). Plusieurs contingents sont également prévus pour les produits laitiers (8 000 t de lait écrémé en poudre, 5 000 t de beurre et 2 000 t de concentrés de protéines de lactosérum).

Exportations de vins et fromages européens facilitées

En échange, le Vieux Continent obtient, entre autres, l'élimination des tarifs douaniers australiens sur le vin dès l’entrée en vigueur et sur les fromages après trois ans. Les pourparlers, débutés en 2018, avaient achoppé sur la question du contingent de viande et des IGP en 2023

Eucolait, le syndicat européen des industriels du lait, s’est félicité de l’accord, notamment de l’absence de droit sur le fromage et la reconnaissance des IG. Les exportations européennes de produits laitiers vers l’Australie atteignaient 400 millions d’euros en 2025, principalement du fromage, mais aussi du beurre, des poudres de lait et des laits infantiles. « Les échanges sont réciproques » selon Eucolait qui nuance « les importations en provenance d’Australie devraient rester modestes ». 

Une clause de sauvegarde pour les produits sensibles

Le traité introduit, par ailleurs, une clause de sauvegarde activable sur les contingents tarifaires pour les produits sensibles. Elle sera valable pendant toute la période de montée en puissance des contingents tarifaires et même sur les cinq ans suivant la fin de cette période. Pour Bruxelles, l’objectif est d’agir « dans l'éventualité d'une hausse imprévue et préjudiciable des importations ou d'une baisse excessive des prix pour les producteurs de l'UE ».

Des concessions sur les IG

Enfin, l’UE annonce que 165 indications géographiques alimentaires et 231 boissons spiritueuses seront protégées par le texte conclu à Canberra. Une clause d’antériorité est prévue pour les producteurs australiens ayant utilisé certains termes, comme Feta ou Gruyère, de bonne foi et de manière continue pendant au moins cinq ans avant l'entrée en vigueur de l'accord, ajoute Agra Presse. 

Seule la France s’oppose à l’accord commercial UE-Australie

Les filières ovines et bovines françaises s’insurgent contre ce nouvel accord. Interbev interpellait ainsi le président Macron la semaine dernière dans une lettre ouverte : « Cette année, 99 000 tonnes de viande bovine ont été concédées dans le cadre de l'accord Mercosur, 3 500 tec de viande ovine et 500 tec de viande caprine ont été accordées à l'Inde à droits de douane réduits à 50% ». L’Irlande était jusqu’ici dans le camp contestataire, mais l’Ambassadrice d’Irlande en Australie a indiqué le 17 mars son attachement à conclure l’accord commercial. La position de la Pologne reste à préciser. Comme dans le cas de l’accord conclu avec le Mercosur, la France pourrait peiner à rallier une minorité de blocage. Pour Patrick Bénézit, président de la Fédération Nationale Bovine : « La cohérence politique exige de s’opposer à toute importation de viande bovine qui ne soit pas conforme aux normes 
européennes. Nous demandons solennellement aux pouvoirs publics français de stopper la procédure de ratification. ».

Le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens, a réitéré sa ferme opposition à toute concession sur la viande bovine, ovine et le sucre.

 

 

Des distorsions de concurrence avec l’élevage australien

Pratique du mulesing sur les ovins, recours aux hormones et antibiotiques activateurs de croissance sur les bovins, feedlots, durées de transport loin des normes européennes, Interbev liste les nombreuses distorsions de concurrence en défaveur des élevages européens. En moyenne, les coûts de production des bovins à l’herbe en Australie sont entre 2,6 et 3,3 fois inférieurs aux coûts des fermes françaises, selon un comparatif des chambres d’agriculture.

Lire aussi : Viande bovine : pourquoi les exportations australiennes battent des records début 2025

Près de 70 % de la production australienne de viande bovine est destinée à l’exportation, notamment vers la Chine, mais les exportateurs sont très pénalisés par la nouvelle politique protectionniste de Pékin.

Le marché des pièces nobles pourrait être déstabilisé

La filière ovine s’émeut d’une possible déstabilisation du marché des pièces nobles : gigot et épaule, qui mettrait en péril l’équilibre carcasse de la filière ovine française. Même craintes en viande bovine, puisque les relativement faibles volumes importés aujourd’hui dans le cadre des quotas « bœuf de haute qualité » (« Hilton » et « grainfed ») sont justement des pièces nobles (rumstek, faux-filet, entrecôtes, noix).

Lire aussi : Viande ovine : l’Australie et la Nouvelle-Zélande en retrait sur le marché mondial

Interbev alerte aussi sur les risques pour le consommateurs, l’utilisation de l’appellation générique « viandes ovines », sans distinction entre agneau et mouton, permettant de commercialiser sous une même dénomination des produits de nature et de qualité différentes. "Une telle pratique entretient la confusion, tire les standards vers le bas et fragilise la traçabilité, l’âge de l’animal ne pouvant plus être établi après abattage" ajoute l'interprofession. Pour Fanny Métrat de la Confédération paysanne : "En tant qu'élèveuse ovine, un tel contingent va venir encore détruire davantage la filière ovine en France, pourtant vitale pour l'économie de nombreux territoires". 

Un accord commercial stratégique pour les entreprises européennes en Australie

Alors que les tensions commerciales se sont multipliées avec la Chine et les États-Unis, la Commission poursuit sa stratégie pour diversifier ses partenaires commerciaux. D’autant plus que si les entreprises européennes sont bien implantées en Australie, elles subissent une concurrence accrue du Japon et du Royaume-Uni. D’autre part, l’Europe cherche à s’assurer un accès aux minerais indispensables pour sa transition énergétique. Pour l’Australie, cet accord est néanmoins tout autant stratégique, alors que les relations commerciales se sont dégradées avec la Chine et les États-Unis. 

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