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Filière
Un plan de modernisation des abattoirs trop orienté bien-être animal, selon les industriels

Les dossiers liés à l’amélioration du bien-être animal et des conditions de travail des salariés seront considérés en priorité dans le cadre du plan de modernisation. Pour les industriels, cela ne prend pas en compte d’autres besoins essentiels à la filière. Explications.

Les industriels et coopératives ne sont pas très enclins à faire remonter pour l’heure leur souhait ou non de déposer un dossier dans le cadre du plan de modernisation des abattoirs. « Je vous avoue que sur ce dossier, je suis dubitatif et inquiet. Nous n’avons aucun chiffre qui transpire. L’investissement relève des stratégies internes des entreprises. Mais si j’en crois mon expérience, j’ai l’impression qu’il y a peu de demandes. Si cela se confirme, cela voudrait dire que l’on n’utilise pas des fonds importants par peur du lendemain, et on le comprend pour les entreprises qui attendent l’ouverture de la restauration », évoquait Gilles Gauthier, président du nouveau Culture Viande, ex-président Fedev, dans les colonnes des Marchés Hebdo début janvier. Certains sont en effet attentistes, puisque la date butoir de dépôt de dossier est fixée au 31 décembre 2022, mais dans la limite des crédits disponibles, quand d’autres sont véritablement freinés par les démarches administratives que cela implique. « Certains ont peur de se confronter à des dossiers très lourds à construire pour au final avoir un refus ou une très faible subvention », nous indique Paul Rouche, directeur délégué du nouveau Culture Viande, regroupant désormais la Fedev.

Compétitivité, innovation et exportation

Pour autant, les réunions organisées en région avec les professionnels semblent avoir débloqués les doutes pour certains. Une réunion s’est notamment tenue en Bretagne à la mi-janvier pour expliquer les démarches à suivre et les perspectives que pouvaient donner ce plan de modernisation. « Deux ou trois gros abattoirs bretons ont déposé des dossiers », note Paul Rouche. Mais ces dossiers ne sont orientés ni bien-être animal, ni amélioration des conditions de travail des salariés, deux priorités pourtant donner dans le cadre de ce plan.

ils ont besoin d’être soutenus dans d’autres domaines que le bien-être animal

« C’est là toute la difficulté. L’abattage est constitué à 70 % de gros abattoirs, qui ont déjà dans la grande majorité réalisés ce qui devait être fait dans ce domaine. Même s’il y a encore des choses à réaliser, ce sera à la marge. En revanche, ils ont besoin d’être soutenus dans d’autres domaines : la compétitivité (automatisation, modernisation des outils de production), la recherche et développement, et enfin l’exportation (congélation, stockage). Ces trois volets ne sont pas exclus du plan mais ces dossiers ne seront pas prioritaires », explique le directeur délégué.

En clair, ce sont les régions qui feront le choix d’orientation des dossiers, en fonction des demandes déposées. Si peu de dossiers sont déposés dans le domaine du bien-être animal et amélioration des conditions de travail, les demandes concernant d’autres domaines pourraient peut-être aboutir positivement.

Quelques dossiers déposés

Ceci étant, les abattoirs municipaux ou les plus petits abattoirs souvent en très grande difficulté semblent également s’y mettre. Quelques exemples sont à noter dans le Sud-Ouest et le Centre de la France, dans le veau, l’agneau, pour de petits abattoirs privés. « Des dossiers ont été déjà déposés », nous confirme Paul Rouche, « dans l’objectif d’obtenir des subventions pour améliorer notamment le parcours des animaux ». Parmi les abattoirs municipaux, celui de Craon, en Mayenne, veut engager des investissements conséquents pour le moderniser, notamment pour changer l’arrache-cuir. La collectivité espère pouvoir bénéficier du plan de relance. À Rostrenen, dans les Côtes-d’Armor, il est également question de dépôt de dossier pour améliorer la chaîne du froid ou encore la contention animale.

Et les abattoirs de proximité ?

En novembre dernier, sept organisations de salariés, agriculteurs et défenseurs des animaux d’élevage demandaient au gouvernement de revoir son plan.

Nous demandons que soient exclus de toute aide la création d'abattoirs locaux de proximité ou mobiles

Pour la Confédération paysanne, le syndicat de salariés FNAF-CGT, la Fédération nationale de l’agriculture biologique et quatre associations prônant des conditions d’abattage plus soucieuses du bien-être animal (AFAAD, CIWF, OABA, Welfarm), le plan de modernisation tel qu’il est conçu risque de bénéficier aux plus grands industriels, sans améliorer suffisamment la protection animale, le maillage territorial et les conditions de travail. Elles demandent notamment que soient éligibles à ce financement les investissements en lien avec la création d’abattoirs fixes de proximité. Culture Viande s’y oppose. « Nous demandons que soient exclus de toute aide la création d'abattoirs locaux de proximité ou d'abattoirs mobiles. Il n’est pas question avec des aides d’ajouter des distorsions de concurrence », affirme Paul Rouche.

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