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Poulet ukrainien : « il est impératif de revenir à des quotas »

A l’occasion du Feed Info Summit qui se tenait à Vienne (Autriche) les 21et 22 septembre, Paul Lopez (LDC) qui vient de quitter la présidence de la FIA et de l’Avec, répondait à John Rich (de l'Ukrainien MHP) lors d’un « panel discussion ». Il a ensuite accepté de répondre aux questions des Marchés.

Paul Lopez (LDC) ex président Avec/Fia
Paul Lopez (LDC) ex président Avec/Fia
© Yanne Boloh

Les Marchés : Qu’entendez-vous quand vous dites à John Rich que « MHP détruit l’élevage avicole européen » ?

Paul Lopez : Avant toute chose je tiens à dire que nous, citoyens européens, ne pouvons que soutenir les citoyens ukrainiens dans la période actuelle. Mais, cela ne m’empêche pas de redire que MHP fait effectivement peser un grave danger sur l’élevage avicole européen en raison de l’explosion de ses exportations à bas prix.

L’Ukraine représentait 14,6 % des importations européennes de poulets en 2018 et 18,3 % l’an dernier. Elle devrait peser 26,2 % cette année passant de 146 000 t à 246 000 t en raison de la prolongation de la suspension des droits de douane pour 1 an à partir de juin 2022 puis de nouveau pour un an à partir de l’été dernier. Or, ce sont les tonnages importés qui forment la référence prix dans n’importe quel marché. La question n’est pas tellement sur les poulets entiers ou les découpes en grande distribution car l’étiquetage de l’origine est bien respecté, mais plus dans les produits transformés où il n’est pas obligatoire et dans la restauration où il n’est pas encore respecté partout.

Comment réellement comprendre l’impact de ces importations ?

Paul Lopez : L’UE importe 25% des filets de poulets qu’elle consomme or, ce sont ces filets qui structurent la production, un abattoir ne mettant en place des poussins que s’il est certain de vendre les filets. Les calculs de la Commission européenne minimisent la réalité de ces volumes. Elle multiplie en effet par 1,4 les tonnes de filets importés pour obtenir ce qu’elle appelle des tonnes équivalent carcasse. Mais, comme pour toutes les importations de volailles, ce coefficient est erroné et devrait plutôt être de 3 car 1kg de filet de poulet aujourd’hui équivaut à une carcasse de 3kg. C’est-à-dire que lorsque les prévisions d’importations de poulets en provenance d’Ukraine atteignent 246 000 t en 2023, cela correspond en fait à une production de 525 00 tonnes d’équivalent carcasse. Or, ce volume est supérieur à la production de la Belgique ou de la Hongrie. Pour mémoire, la production française de poulet a été de 1,159 million de tonnes en 2022. 

Est-ce qu’il y aurait un niveau acceptable d’importations ?

Paul Lopez : L’affaire des Batman Cuts, ce trou dans le code douanier européen dans lequel s’était engouffré MHP, avait abouti à une négociation avec des quotas fixés à 90 000 t/an à partir de 2019. Il nous semble impératif d’y revenir immédiatement.

Mais pourquoi l’UE a-t-elle besoin d’importer ses filets de poulets ?

Paul Lopez : Il est clair que nous manquons dans l’UE de compétitivité par rapport aux prix pratiqués à l’importation sans compter le manque de compétitivité de certains, dont la France, par rapport à d’autres pays de l’UE. L’étiquetage de l’origine doit mieux fonctionner pour protéger notre modèle de production avec des exploitations familiales mais il n’est pas encore suffisamment généralisé.

L’Avec, que Paul Lopez a présidée jusque fin 2022 est l’association européenne des transformateurs de volailles et du commerce avicole dans l’UE. Elle vient de publier son rapport annuel à l’issue de son AG 2023 à Gdansk (Pologne), le 15 septembre (https://avec-poultry.eu/wp-content/uploads/2023/09/AVEC_AnnualReport_2023.pdf)

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