Œufs : « Les tensions dans les rayons vont disparaitre d’ici juin » avec 375 millions d’œufs supplémentaires attendus en 2026
La consommation d’œufs atteint des sommets historiques en France, alors même que la transition vers l’alternatif limite le potentiel de production. Pour garantir la souveraineté française en œuf, la filière appelle à produire davantage et construire 575 poulaillers en dix ans.
La consommation d’œufs atteint des sommets historiques en France, alors même que la transition vers l’alternatif limite le potentiel de production. Pour garantir la souveraineté française en œuf, la filière appelle à produire davantage et construire 575 poulaillers en dix ans.
237 œufs, c’est ce qu’un Français a consommé, au total et sous toutes les formes, en 2025, soit 10 de plus qu’en 2024. En magasins, les ménages ont notamment acheté 5 % d’œufs en plus en magasin, ce qui correspond à 300 millions d’œufs supplémentaires par an depuis trois ans. 82 % des œufs achetés en magasins sont issus de poules élevées en modes alternatifs à la cage aménagée.
L’œuf un succès de consommation
« On a tendance à réduire le succès de l’œuf à son prix très abordable, mais ce n’est qu’une raison parmi d’autres » nuance Emily Mayer, directrice Business Insights chez Circana. 7,3 milliards d’œufs ont été vendus en grande distribution, dans 687 millions de boîtes, sur les douze derniers mois, pour un chiffre d’affaires à 2 milliards d’euros.
« On a tendance à réduire le succès de l’œuf à son prix très abordable, mais ce n’est qu’une raison parmi d’autres »
Hausse des ventes d’œufs en GMS
Entre 2014 et 2019, la consommation d’œufs progressait doucement. Elle a bondi en 2020 avec les confinements, et s’est tassée en 2021, mais contrairement aux autres produits elle a rebondi ensuite et pourrait atteindre 8 milliards d’œufs en grande distribution d’ici 2028 selon les projections de Circana.
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L’œuf répond aux attentes des Français
L’œuf bénéficie avant tout de sa polyvalence, il est fédérateur dans toutes les cuisines, il est transgénérationnel et présent dans tous les principaux régimes alimentaires. Sa facilité et sa simplicité « répondent aux recherches des Français » pointe Emily Mayer, citant aussi sa « naturalité » et ses « vrais atouts pour la santé » pour expliquer son succès.
Encore du potentiel de croissance pour la demande en œuf
La spécialiste note que « l’œuf a encore du potentiel en drive, en restauration notamment au snacking mais aussi dans les supermarchés frais (type Grand Frais) et dans les box à cuisiner ». Alors que les Français montrent une certaine appétence pour la cuisine du monde, l’œuf y trouve une place centrale (ramen japonais, plats mexicains…). La saisonnalité, avec une période plus calme en GMS entre avril et juillet, est aussi une piste de croissance. Emily Mayer évoque aussi un levier sur les occasions de consommation, « il y a une réinvention du petit-déjeuner, des recommandations moins sucrées et protéinées qui peuvent être très favorables à la consommation de l’œuf ». L’essor du marché protéiné (530 millions d’euros en GMS aujourd’hui) peut aussi être un atout pour l’œuf, naturel face à des produits plus transformés.
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Une production d’œufs qui augmente… trop peu
La production française d’œuf a progressé de 0,8 % l’an dernier. « On a une forte augmentation des mises en place de poulettes, +3,3 % en 2025, et un allongement de la durée d’élevage des poules » constate Loic Colombel, du CNPO, « ce qui nous promet une poursuite de la croissance en 2026 ».
« On observe une forte dégradation de notre taux d’auto-approvisionnement »
Néanmoins cette production reste insuffisante par rapport à la consommation, « on observe une forte dégradation de notre taux d’auto-approvisionnement » regrette Loic Colombel. Il insiste « notre objectif est de retourner à 101 % ». Les importations d’œufs coquilles ont atteint un record historique, elles représentent 10 % de la production. Elles ont bondi de 42 % en deux ans, et 22 % sur la seule année 2025. « Même effet en ovoproduits, nos importations ont augmenté de 6,7 % », précise l’opérateur, qui conclut « Avant, notre balance commerciale était positive en volume et en valeur, elle est dorénavant négative pour ces deux critères et continue à se dégrader ». Une alerte nécessaire, car « une fois que les importations sont mises en place, on a du mal à reprendre les parts de marché » constate-t-il. Ce d’autant plus que la France joue la carte de l’ovosexage, une exception mondiale qui multiplie par deux le prix des poussins.
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Garder le cap de l’origine France en GMS
Enfin le CNPO rappelle que le logo « œuf de France » est un point de rappel essentiel de l’origine des œufs, très attendue par le consommateur. « 90 % de la production est dans la démarche » se félicite Yves-Marie Beaudet, président du CNPO. Il regrette l’arrivée d’œufs ukrainiens dans les rayons « qui sont déconseillés à la consommation car porteurs de résidus d’antibiotiques interdits en Europe depuis 15 ans ».
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575 poulaillers construits d’ici 2035
Le CNPO table sur une consommation française de 269 œufs par habitant en 2035, dont le tiers sera constitué d’ovoproduits. Il faudra donc produire 18 milliards d’œufs en 2035, soit 3 milliards de plus en dix ans (+179 000 tonnes équivalent œuf coquille).
| 2025 | 2030 | 2035 | |
| Consommation d'oeufs coquille | 153 | 173 | 188 |
| Consommation sous forme d'ovoproduits | 84 | 79,3 | 81,3 |
| TOTAL | 237 | 252 | 269 |
Le plan de filière de juin 2024 était de 300 poulaillers d’ici 2030, il est dorénavant relevé à 575 poulaillers d’ici 2035, soit 10 millions de places de poules pondeuses en 10 ans.
« En 2025, nous avons compté 18 nouveaux poulaillers, pour 660 000 emplacements soit 200 millions d’œufs par an »
Depuis juin 2024, « on a plus de 220 dossiers de construction enregistrés, aux débouchés assurés par la contractualisation et souvent de jeunes candidats » constate Yves-Marie Beaudet. « En 2025, nous avons compté 18 nouveaux poulaillers, pour 660 000 emplacements soit 200 millions d’œufs par an » continue-t-il. Sur 2026, les chiffres restent provisoires, mais il espère « 40 poulaillers supplémentaires, soit 1,25 million d’emplacements et 375 millions d’œufs pondus ». « Les tensions dans les rayons vont disparaître assez rapidement, d’ici juin » rassure Yves-Marie Beaudet.
À noter que le cap de 90 % de la production alternatif en 2030 est maintenu, contre 77 % aujourd’hui.
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Trois caps à franchir pour construire un poulailler
La construction de nouveaux poulaillers demeure complexe. Le temps d’attente des autorisations administratives est considérable « pour passer de 30 000 à 60 000 places, je connais un producteur qui doit constituer un dossier de 740 pages, pour 50 000 euros et cela a duré deux ans » dénonce le président du CNPO. Autre étape, l’accord de prêt bancaire : « le maillon élevage a besoin de 60 millions d’euros d’investissements chaque année pendant 10 ans » comptabilise Yves-Marie Beaudet, et encore, « les besoins pour les fabricants d’aliments, les couvoirs, les centres de conditionnement ne sont pas encore chiffrés ». Enfin dernier obstacle, les recours d’associations.
« le maillon élevage a besoin de 60 millions d’euros d’investissements chaque année pendant 10 ans »
Le CNPO demande que toute nouvelle norme (sanitaire, environnemental et bien-être animal) soit européenne. Il demande aussi la mise en place de clauses miroirs. La filière insiste sur « l’acceptabilité sociétale des élevages ». Comme la filière porc, la filière œuf appelle à être exclue de la directive IED.