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Nutri-Score : pourquoi faut-il l'afficher ou au moins en tenir compte

Le Nutri-Score, logo évaluant l’apport nutritionnel d’un produit, est de plus en plus présent et influent. Quels sont pour les entreprises les différents motifs pour s’engager, officiellement ou non, dans la démarche ?

Nutris-Score
© gui yong nian - stock.adobe.com

Les distributeurs, les grands comptes de la restauration collective et les applications sur smartphones pour consommateurs vont à coup sûr faire progresser la présence du Nutri-Score en France. Les enseignes de GMS le déploient ou prévoient de le déployer sur de nombreuses marques de distributeurs. E.Leclerc est la première enseigne à afficher le logo pour les commandes en ligne. Le fait est que la forme de distribution en vogue qu’est le drive fait davantage progresser l’affichage du Nutri-Score que les magasins physiques. Un comptage réalisé par Oqali le montre (voir graphique) : 12 136 produits vendus en e-commerce en font mention fin 2019 (contre 7 541 en 2017), alors qu’il n’apparaît que sur 5 451 emballages dans les linéaires (122 emballages en 2017).

Les meilleures notes se vendent mieux

Certains industriels de l’agroalimentaire s’engageront auprès de Santé publique France. D’autres se rapprocheront simplement des besoins des consommateurs en produits sains. En 2019, le panéliste Nielsen Scan Track et l’application Open Food Fact ont évalué la tendance des ventes de 92 000 produits selon leur classement théorique au Nutri-Score, dont la note va de A (le produit le plus équilibré et riche nutritionnellement) à E. En CAM (cumul annuel mobile) d’août 2019, les ventes des produits traiteur et panés classés A avaient un chiffre d’affaires en progression de 30 % ; à l’opposé, les mêmes produits classés D étaient en recul de 14 %. Aux rayons des boissons non alcoolisées, de l’épicerie, de la charcuterie, l’étude a montré une tendance positive des meilleures notes.

Attribution d’office

Or, comme cela a été souligné lors de formations de Nutrimarketing sur le Nutri-Score, les notes attribuées d’office par les distributeurs et applications sont calculées à partir des inscriptions Inco. Certains facteurs positifs, comme l’apport de fibres, ne sont pas pris en compte. Le Nutri-Score attribué peut donc être moins flatteur que celui que le fabricant calculerait lui-même.

Les marques se prévalant d’une meilleure qualité nutritionnelle que leurs concurrentes, dans la même catégorie de produits, ont intérêt à afficher le logo. C’est le cas par exemple des pizzas et plats cuisinés Marie, des élaborés de volaille Maître-Coq, du classique Savane de Brossard (passé récemment de la note D à C) ; il en est de même pour les margarines Saint-Hubert, en comparaison des autres margarines (le beurre ne pouvant être considéré comme produit concurrent).

La valeur de la transparence

Plusieurs stratégies conduisent une entreprise à s’engager dans le Nutri-Score, selon Sophie de Reynal, spécialiste du marketing à Nutrimarketing. « Un grand groupe comme Nestlé a tout à gagner en matière d’image en jouant la transparence », considère-t-elle. « Si tous les produits ne sont pas classés A ou B, on gagne quand même en confiance », affirme-t-elle, à l’attention des entreprises, grandes ou petites. Rappelant que le logo doit s’étendre à tous les produits d’une même gamme, Sophie de Reynal signale des cas de création de gamme dans un processus de diversification. Elle émet une réserve : « ça peut être un souci quand on est le premier d’une catégorie à lancer des produits intrinsèquement gras (ce qui arrive avec des substituts de produits animaux, NDLR) ». Il n’y a parfois aucun intérêt à afficher le Nutri-Score. C’est le cas des bombes caloriques de Ferrero, toujours au palmarès des meilleures ventes. C’est aussi le cas, à l’opposé, des spécialités fromagères à tartiner Kiri (Bel) qui cultivent le naturel et des recettes simplifiées.

L’idée du Nutri-Score n’est pas la montée en gamme

« Le clean label et le Nutri-Score sont deux projets différents, même s’ils peuvent s’entreprendre en parallèle, souligne Sophie de Reynal. L’impact sur le consommateur du Nutri-Score diffère selon son état d’esprit : "je fais attention à ma santé, je choisis du A. Je recherche le moins cher, je ne me préoccupe pas du Nutri-Score. Je veux me faire plaisir sans regarder aux calories. Il ne m’influence pas non plus". »

Enfin, puisque le Nutri-Score est une incitation à augmenter la valeur nutritionnelle des recettes, il a un coût. Gare à l’augmentation du prix. « À cause de la crise, le prix va être bien plus déterminant pour le choix d’une majorité de consommateurs, met en garde Sophie de Reynal, l’idée du Nutri-Score n’est pas la montée en gamme. Ce n’est pas non plus une démarche opportuniste, mais une démarche sincère et éthique. » Mais d’une certaine façon, à long terme, cette démarche rejoint l’intérêt commercial, car, selon la même conseillère, « on a tous intérêt à ce que nos consommateurs vivent le plus longtemps possible ! »

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