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Ukraine, Mercosur et Brexit
Menaces sur la volaille européenne

La barrière de l’Union européenne aux importations de volailles présente des failles, comme au profit de l’Ukraine. Par ailleurs, l’Union européenne négocie des accords défavorables, déplore la filière avicole européenne.

Le site d'abattage et de découpe de poulets de MHP en Ukraine.
© Capture d'écran sur le site internet de MHP

Une usine de transformation de poulets à capitaux ukrainiens a été implantée en 2016 aux Pays-Bas ; d’après la presse néerlandaise, le numéro un ukrainien de la volaille, MHP, s’est associé au négociant Jan Zandbergen pour construire cet outil destiné à transformer du poulet importé d’Ukraine, dans la foulée de l’accord d’association entre l’Union européenne (UE) et l’Ukraine. La filière avicole des Pays-Bas s’inquiétait alors de la concurrence déloyale de la part d’un pays aux coûts de production réduits, et mettait en avant le gigantisme de l’usine MHP au centre de l’Ukraine.

MHP, dont le siège est chypriote et qui est coté à la Bourse de Londres, ne cache pas ses ambitions européennes, ayant une usine en Slovaquie et d’autres projets dans des pays de l’UE, d’après l’Association des industriels européens de la volaille (Avec). D’ailleurs en mars 2017, MHP était sur les rangs pour reprendre Doux.

L’activité exacte de l’usine néerlandaise de MHP est bien connue de l’Avec, c’est le désossage de coffres de poulet, poitrines constituées aux deux tiers de poulet et pour l’autre tiers de la première partie de l’aile.

« L’importation exponentielle » de poulets d’Ukraine

Ce qui mobilise particulièrement les volaillers de l’UE est « l’importation exponentielle » de poulets d’Ukraine, selon les termes de Paul Lopez, président de la Fédération des industries avicoles (Fia) en France et de l’Avec. Entre le premier semestre 2017 et le premier semestre 2018, elle a presque doublé, au point de ne plus être négligeable aux côtés des fournisseurs majeurs que sont le Brésil et la Thaïlande. La cause est douanière : les coffres de poulet importés d’Ukraine, classés « autres produits », ne sont pas taxés à l’entrée de l’Union européenne. Les industriels européens avaient très vite relevé cette faille dans l’accord d’association avec l’Ukraine – ils avaient été échaudés dans les années 2000 avec le cas des viandes saumurées à droits réduits.

Paul Lopez voit dans l’importation de coffres de poulet un « détournement très clair de l’accord ». En France, le président de l’interprofession, Michel Schaeffer, s’en est ouvert au ministre de l’Agriculture au début de ce mois. Des députés européens se mobilisent, comme la Française Angélique Delahaye (PPE). L’Avec veut au moins arrêter la croissance exponentielle des importations d’Ukraine. Paul Lopez pense que l’UE pourrait faire entendre à sa partenaire qu’elle ne peut déstabiliser le marché européen du filet de poulet tout en bénéficiant de ses financements.

Inquiétudes autour du Brexit

Les accords d’importation sont un sujet très sensible dont discutera l’Avec en assemblée générale à fin septembre. Ainsi, en l’état actuel des négociations avec le Mercosur, l’UE a offert 90 000 tonnes de viandes de volaille, soit un dixième des actuelles importations mais « plus de 150 millions de poulets qui ne seront pas élevés en Europe », fait valoir Paul Lopez.

Le Brexit nourrit une autre crainte : le Royaume-Uni, grand destinataire de viandes de volaille des pays tiers, transitant ou non par Rotterdam, va-t-il partir avec sa part de quota ou la laisser à l’UE ? La filière européenne ne veut plus être une monnaie d’échange.

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