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Conserverie
Le Breton Hénaff se projette dans un futur durable

Sur un marché agroalimentaire en pleine mutation, le conserveur breton Hénaff s’engage dans la transformation de son système. Son objectif est d’intégrer les produits de la mer et le bio au côté de son cœur de métier, la charcuterie traditionnelle appertisée, tout en répondant aux attentes sociétales. Un défi qui porte un nom : Be good 2030.

A priori, la conserverie Hénaff présentera en 2030 un visage bien différent de celui qui est aujourd’hui le sien. Non seulement elle veut transformer son activité fondée sur le pâté appertisé et les saucisses fraîches (45,5 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2018 dont 7 % à l’exportation avec 281 collaborateurs) en visant, d’ici un peu plus de dix ans, une activité répartie en parts à peu près égales entre la charcuterie conventionnelle, le bio et les produits de la mer – une perspective non encore chiffrée. Mais elle veut y parvenir en répondant aux attentes sociétales.

La PME finistérienne de Pouldreuzic veut devenir « le chef de file de l’innovation positive en Bretagne », expliquait-elle en conférence de presse le 15 mai. Elle prévoit même d’inscrire dans ses statuts les objectifs du « produire propre », en veillant systématiquement au bien-être des animaux qu’elle transforme dans son petit abattoir intégré (42 000 porcs par an), en réduisant son empreinte carbone, etc.

Des atouts à faire valoir

Cette stratégie appelée Be good 2030, en clin d’œil à l’origine bigoudène de l’entreprise, doit constituer un souffle nouveau pour l’entreprise familiale, détenue par la quatrième génération de Hénaff. Car le marché natif du conserveur – la conserve de viande – s’effrite de manière continue depuis plusieurs années (- 20 % en vingt ans).

À cette baisse structurelle du marché s’ajoute une défiance de plus en plus grande des consommateurs vis-à-vis des marques. Dans un secteur agroalimentaire en pleine mutation, la PME bretonne, propriétaire d’une marque forte (24 % de parts de marché dans le pâté en boîte) a des atouts à faire valoir : « l’obsession de la qualité, des produits fabriqués sans additifs ni conservateurs, les trois quarts de notre approvisionnement réalisé sur notre territoire, notre label d’entreprise du patrimoine vivant, le partenariat avec le Cnes ou encore l’agrément USDA », souligne Caroline Guivarc’h, directrice en recherche, développement, marketing et innovation chez Hénaff.

Abandon des activités déficitaires

Mais ce n’est plus suffisant. En 2018, le chiffre d’affaires de la conserverie a certes progressé de 9,1 %, mais uniquement par consolidation du chiffre d’affaires des deux entreprises rachetées coup sur coup en 2017 et 2018 : Globe Export (Rosporden, Finistère, 4,3 M€ de CA), spécialiste des ingrédients à base d’algues et de spiruline rebaptisée Globe Xplore ; et la Charcuterie Kervern (Le Grand Fougeray, Ille-et-Vilaine, 3,2 M€ de CA), spécialisée dans la charcuterie bio. Car dans le même temps, Hénaff a reculé de 4 millions d’euros sur son périmètre historique (38 millions) en abandonnant « des activités déficitaires (travail sous marque de distributeurs, ndlr) et en perdant un gros marché à l’exportation sur la Corée du Sud », précise Loïc Hénaff, président-directeur général du groupe.

Pour autant, Hénaff reste un industriel haut de gamme. Il développe actuellement sa gamme de pâtés en verrine, segment en plus forte croissance que le pâté en boîte, avec une nouvelle signature, J. Hénaff, du nom du fondateur. Renforce son offre en saucisses et palets frais, en bio (lire encadré) et en terrines de produits de la mer en partenariat avec un armement à la pêche de Lorient.

14 engagements prioritaires et 72 indicateurs

Avec Be good 2030, la PME entend faire du développement durable une stratégie en y associant tous ses partenaires. Son plan se décline en cinq piliers (environnement, qualité, bien-être des animaux et du vivant…), quatorze engagements prioritaires et soixante-douze indicateurs. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’entreprise veut collaborer avec tous partenaires pour construire son avenir.

À l’amont, elle a d’ores et déjà engagé une démarche auprès de ses fournisseurs de porcs vifs (quatorze éleveurs du groupement Evel’up) pour qu’ils améliorent, étape par étape, plusieurs points en matière d’élevage : plus de place pour les truies ; de la paille ; un accès à l’extérieur pour les porcs ; l’arrêt de la caudectomie (coupe des queues) et de la castration des porcelets, d’ici à 2030.

Le conserveur travaillera de la même manière avec tous ses partenaires pour renforcer le recours aux énergies renouvelables, améliorer l’écoconception de ses produits et emballages, réduire ses déchets industriels et logistiques.

Il prévoit également de mettre en place des communautés de progrès avec différents partenaires sur le plan social, éthique, etc., dans l’esprit de ce qu’il a fait en faveur du développement d’une filière de production de poivre bio avec une coopérative de l’île de São Tomé-et-Principe.

Hénaff organisera cette année une conférence sur le sujet. Il appelle dès à présent les collectivités, les associations, ses fournisseurs et salariés à s’en saisir. Dans sa démarche, le conserveur a le soutien de la Région Bretagne qui développe un projet d’avenir intitulé Breizh cop dans lequel Be good 2030 a toute sa place.

Le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, présent lors de la conférence de presse Hénaff, a indiqué que « le secteur agricole et agroalimentaire breton, parce que notre Région se situe à l’extrémité de l’Europe, a l’obligation de viser l’excellence pour demain ».

Le bio, un relais de croissance

Quelques mois après son lancement, le pâté Hénaff – véritable pilier de la conserverie avec 35 % de ses ventes –, décliné dans sa version bio (deux références : 76 et 154 grammes), s'avère être un succès. En valeur, dans les magasins où il est présent, il pèse 10 % des ventes de pâté Hénaff en Bretagne et 30 % hors de Bretagne. Ce produit emblématique de Hénaff a préparé son entrée dans le bio. La conserverie a lancé en avril 2019 de nouvelles références, plus spécifiquement en verrine, marché en développement plus soutenu qu’en boîte. Ces produits sous référentiel AB intègrent la nouvelle marque J. Hénaff du nom du fondateur de l’entreprise familiale en 1907. Dans sa stratégie de développement en agriculture biologique, aucun segment n’est oublié. Pas même le frais (palets et saucisses) pour lequel une gamme bio devrait sortir d’ici à la fin de l’année.

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