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Lapin : « Des tensions apparaissent sur certaines références » selon Mathieu Loeul

La production de lapin recule drastiquement, plus vite que la demande. La consommation de plus en plus saisonnière, le désintérêt des jeunes générations ainsi que la concurrence des importations chinoises figurent parmi les principaux facteurs qui freinent le développement de la production française.

 Produits de lapin vendus en grande distribution
La demande de lapin en magasin est fortement stimulée par les opérations promotionnelles
© Virginie Pinson

« Depuis septembre, la production de lapin en France est déficitaire par rapport à la demande, aussi bien de la GMS que de RHD » observe Mathieu Loeul, responsable amont et commercial pour la parque Loeul et Piriot lors d’un échange avec Les Marchés. 

Depuis mars, la situation s’est encore tendue. « Des tensions apparaissent sur certaines références, avec des stocks de viande de lapin particulièrement bas et des ruptures ponctuelles d’approvisionnement », précise-t-il.

Une production encore plus insuffisante

« La production baisse plus que de la demande », souligne un opérateur de la filière lapin.  En 2025, la production recule de 7 à 10 %, notamment sous l’effet de l’érosion du nombre d’éleveurs, désormais estimés à 600. Un repli lié en grande partie à un renouvellement générationnel insuffisant.

« La production baisse plus que de la demande »

Les abattages reculent plus modérément de 1,4 % comparé à 2024 ( -6,3 %).  Mais la tendance s’accélère en ce début d’année, avec une chute de 9 % en janvier comparé à janvier 2025.

Une baisse de la consommation plus modérée

Selon FranceAgriMer, la consommation de lapin recule de 3 % en 2025, une baisse relativement contenue qui contribue à maintenir l’équilibre du marché. Les données de Kantar Worldpanel, qui ne reflètent que les achats pour la consommation à domicile, sont toutefois plus pessimistes, évoquant une chute des achats en magasin de -18,2 % en volume pour le lapin entier et de -20,6 % pour la découpe.

Des chiffres contestés par les professionnels. « Les données Kantar reste déclaratives et ne reflètent pas la réalité observée dans nos outils ou abattoirs » s’insurge Mathieu Loeul, qui estime la baisse plutôt autour de 8 %.

Lire aussi : « Le prix n’est plus le seul critère déterminant dans l’achat de viande de lapin » 

Le Gaulois professionnel confirme la baisse des ventes de lapin

 Le Gaulois Professionnel fait état d’un recul de ses ventes de 3 à 4 % en 2025, particulièrement marqué sur les produits élaborés comme les farces et les brochettes. « Il existe un véritable enjeu générationnel pour la consommation de lapin en France, un secteur en difficulté depuis plusieurs années » souligne un représentant de l’entreprise. 

Lire aussi : LDC : comment Le Gaulois innove pour suivre les tendances en volaille 

Le lapin, une protéine de consommation saisonnière 

Le lapin reste une viande fortement marquée par la saisonnalité. « La période estivale n’est pas propice à sa consommation », indique un opérateur. La demande se concentre entre mi-septembre et le début de l’hiver, puis jusqu’au printemps. À l’inverse, l’été et la période de Noël correspondent aux creux de consommation. 

« Les consommateurs sortent davantage et consacrent moins de temps à la cuisine lorsqu’il fait chaud, contrairement aux périodes hivernales où la consommation de lapin est meilleure. A Noël, les lapins sortent des rayons pour laisser place aux produits festifs » explique ce même opérateur.

GMS en recul, RHD plus stable

La baisse de consommation est plus marquée en grande distribution qu’en restauration hors domicile (RHD), où la demande apparaît plus stable, notamment grâce à la valorisation de l’origine France.

« Sans opérations promotionnelles, il est difficile d’évaluer le véritable niveau de la demande »

En GMS, le marché dépend fortement des promotions. « Sans opérations promotionnelles, il est difficile d’évaluer le véritable niveau de la demande », reconnaît un professionnel. Certaines enseignes, comme Aldi, limitent même leurs commandes de lapin aux seules périodes promotionnelles. Dans ce contexte, la découpe tire son épingle du jeu. En phase avec les nouvelles habitudes de consommation, elle progresse de 10 %, tandis que le lapin entier recule de 10 % et ne représente plus que 20 à 30 % des volumes.

Relancer la consommation, un enjeu générationnel

Au-delà de l’offre, le principal défi reste la demande. Le lapin pâtit d’une image vieillissante, associé davantage aux consommateurs de plus de 50 ans, voire à une image d’animal de compagnie chez les plus jeunes.

« Il faut réapprendre à cuisiner le lapin et montrer que ce n’est pas plus compliqué »

« Il faut réapprendre à cuisiner le lapin et montrer que ce n’est pas plus compliqué », insiste un opérateur. La RHD, notamment les cantines scolaires, apparaît comme un levier stratégique pour réintroduire ce produit auprès des nouvelles générations.

Le solde commercial du lapin est excédentaire 

La France conserve toutefois une position excédentaire sur les échanges de lapin, avec 3 500 tec en 2025. Les exportations ont légèrement augmenté de 0,4 %, principalement vers l’Italie, qui est structurellement déficitaire sur certaines périodes. Les flux vers l’Union européenne progressent légèrement de 6,8 % compensant le recul de 28 % vers les pays tiers. 

 

Solde commercial de la viande de lapin entre 2019 et 2025 (Graphique en colonnes)

 

Les importations de lapin baissent 

Les importations françaises de lapin en 2025 ont diminué de 41,2 % avec des volumes en baisse depuis d’autres pays de l’Union européenne ( -7,9 %) et plus nettement depuis les pays tiers à -64 %. Ceux-ci restent dominés par l’origine chinoise, notamment pour les produits congelés destinés à la RHD ou aux plats préparés. Avec 476 tonnes importées, ces volumes sont marginaux face à une production française largement souveraine de 24 000 tonnes équivalent carcasse.

Mais ces flux interrogent. « Ce sont des produits souvent deux fois moins chers que les prix français. Or ceux-ci ont été déclarés non conforment à la réglementation européenne, lors d’un contrôle inopiné récemment réalisé par la commission européenne au sein d’abattoirs et d’élevage chinois. » alerte le responsable de Loeul et Piriot. 

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