« Il nous manque environ 20 à 25 euros par porc en moyenne. La rentabilité n’est plus du tout là »
La consommation en porc s’améliore sur tous les segments en France, grâce à des prix plus accessibles. Mais pour les éleveurs de porcs, la période reste sous tension, avec des prix qui ne sont pas suffisamment rémunérateurs.
La consommation en porc s’améliore sur tous les segments en France, grâce à des prix plus accessibles. Mais pour les éleveurs de porcs, la période reste sous tension, avec des prix qui ne sont pas suffisamment rémunérateurs.
« La consommation de porcs se porte bien » annonce Charles de Kervénoaël, directeur général d'Herta, lors d’une conférence d’Inaporc ce 10 février. En 2025, la consommation de porc par les ménages français a augmenté de 2,6 %. Cette progression concerne tous les sous segments de consommation, « que ce soit la saucisserie, la viande de porc, la charcuterie, et également dans la restauration hors domicile » cite ce dernier. La consommation annuelle de porc par habitant atteint désormais le niveau record de 31,6 kg. Le porc retrouve ainsi la première marche du podium des viandes préférées des Français, à égalité avec la volaille.
Un prix du porc en baisse qui motive la demande
Cet accroissement des volumes vendus s’explique en grande partie par l’accessibilité tarifaire du porc. Le prix moyen du porc a reculé en magasins de 1,6 % en 2025, tous produits confondus, en viande comme en charcuterie à 12,10 € / kg. La viande de porc est vendue actuellement en moyenne à 9 €/ kg, (- 0,2 %). Le porc se maintient comme la viande la moins chère du marché. C’est également la seule viande dont le prix de vente aux consommateurs a baissé en 2025.
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En magasin les achats des ménages se redressent après plusieurs années de repli. Sur les douze mois arrêtés fin novembre, les volumes progressent de 2,3 % pour la viande de porc. La saucisserie fraîche affiche la plus forte dynamique (+7,4 %), suivie de la viande fraîche (+3,7 %), tandis que la charcuterie reste globalement stable (-0,1 %).
Davantage de porc au menu des restaurants
La restauration hors domicile confirme également cette tendance, avec une progression de 2,8 % sur douze mois cumulés à fin octobre 2025.
« Cette accessibilité attire les restaurateurs, qui inscrivent davantage de porc à leur carte, au détriment du bœuf, beaucoup plus cher et dont les approvisionnements sont plus difficiles ces derniers temps », souligne Charles de Kervénoaël, également administrateur d’Inaporc.
Une production stable, mais moins d’élevages de porc
En 2025, la France a produit 22 millions de porcs, soit une légère hausse de 0,3 %, confirmant la stabilité du potentiel national. Le pays se positionne au troisième rang européen, derrière l’Espagne et l’Allemagne. Cependant, le tissu d’élevages continue de s’éroder. En dix ans, la France a perdu 25 % de ses exploitations porcines (élevages de plus de 300 porcs). Ainsi la production se concentre de plus en plus.
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Des éleveurs fragilisés par la chute des cours
Si la consommation progresse, la situation est plus tendue en amont. Le prix d’achat du porc aux éleveurs a reculé de 10,6 % entre 2024 et 2025. Depuis plusieurs mois, de nombreux éleveurs produisent à perte, avec des niveaux de prix nettement inférieurs à ceux observés en 2023 et 2024. « Aujourd’hui, il nous manque environ 20 à 25 euros par porc en moyenne. La rentabilité n’est plus du tout là », alerte François Valy président de la FNP. Selon lui, la situation est particulièrement difficile pour les jeunes, installés depuis trois ou quatre ans. Il nuance toutefois : « Malgré nos difficultés économiques, la France reste aujourd’hui le pays européen où les éleveurs sont les mieux rémunérés. »
Un marché du porc déstabilisé par la FPA et les taxes antidumping chinoise
Les mesures antidumping mises en place par les autorités chinoises sur le porc européen ont fortement perturbé les flux. Entre l’annonce du 5 septembre 2025 avec des droits provisoires allant de 20 % à 62,4 % et la fixation d’un taux définitif abaissé à 9,8 % le 17 décembre, le prix du porc a chuté de 29 centimes. « Les entreprises ne pouvaient plus exporter vers la Chine, ce qui a désorganisé le marché pendant plusieurs mois », explique Anne Richard, directrice d’Inaporc. L’incertitude sur les taux définitifs a freiné les envois de conteneurs. Depuis la clarification à 9,8 %, les flux ont repris progressivement et le marché chinois s’est davantage ouvert aux expéditions d’abats blancs français.
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La FPA en Espagne plombe le marché français
D’autre part, la détection de fièvre porcine africaine (FPA) sur des sangliers en Espagne en novembre a aggravé la situation. L’Espagne a vu se fermer plusieurs marchés tiers dont le Japon, les Philippines, la Malaisie, Taïwan, la Thaïlande, le Mexique et l’Afrique du Sud. Ceux-ci représentent environ 449 000 tonnes de produits porcins exportés par l’Espagne entre août 2024 et septembre 2025. Ces volumes ont été en partie redirigés vers le marché européen, ce qui a accentué la pression sur les cours.
L’accord de zonage avec la Chine sauve le cours européen
En négociant des accords de zonage avec certains partenaires, notamment la Chine, deux semaines avant la déclaration officielle de FPA, l’Espagne a limité la casse sur les cours européens. Ce mécanisme de zonage des exportations permet aux autorités chinoises d’accepter les produits issus de zones indemnes, évitant ainsi un arrêt total des exportations espagnoles vers son principal débouché.
« C’est positif pour les Espagnols, mais aussi pour nous », souligne Anne Richard. Néanmoins, la pression reste vive et le marché européen reste toujours autant saturé produits porcins. Depuis novembre dernier, le prix du porc en France a perdu 11 centimes et stagne en Espagne à la valeur symbolique de 1€ / kg de carcasse.