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Consommation
Économiser et traiter l’eau

Les industriels se mobilisent pour optimiser leur consommation d’eau et réutiliser leurs rejets épurés pour répondre aux enjeux environnementaux et climatiques. Des freins réglementaires et sociétaux restent à dépasser.

Les industriels développent différentes stratégies pour réduire leur consommation en eau : la récupération des eaux de pluie et des eaux de lavage des ateliers pour nettoyer la bouverie ; la distinction de réseaux d’eaux (froide, tiède, chaude) pour éviter le gaspillage d’eau froide ou encore l’installation d’un système à air pour refroidir les équipements. Sur ce dernier point, la mise en place de ce système a remplacé un ancien circuit à eau chez Castel Viandes qui « consommait de 20 m3 d’eau par jour en hiver à 60 m3 par jour en été. Le circuit reste conservé en cas de canicule. Nous travaillons aujourd’hui sur la taille des buses des lances sous pression, ce qui pourrait nous permettre de réduire notre consommation de 2 à 5% », explique Antoine Duvinage, directeur qualité et environnement. Aussi, l’abattoir d’Autun sensibilise ses opérateurs aux économies d’eau pour éviter toute perte futile.

De son côté, la Cooperl utilise des méthodes d’ultrafiltrations et des méthodes d’osmose inverse sur son site de Lamballe pour traiter ses eaux. Réutilisées en partie, elles ont permis d'économiser 350 000 m3 en 2019.

350 000 m3 d’eau économisées

Pour financer ces installations, l’agence de l’eau peut allouer des subventions « qui peuvent couvrir de 30 à 70% du coût total. Un appel à projet existe aussi pour favoriser les économies d'eau consommée jusqu'au 30 avril », poursuit-elle. Cependant, si aujourd’hui toutes les entreprises semblent s’intéresser à la problématique de l’eau, les contraintes réglementaires existantes doivent être levées pour inciter toutes les entreprises à agir.

Des verrous législatifs et sociétaux

La réglementation française reste stricte en matière de réutilisation des eaux usées épurées et des eaux extraites des matières premières alimentaires. Seuls les usages externes (lavage des sols et des camions, brumisation pour les animaux, …) et l’irrigation sont pour l'heure autorisés. « L'eau osmosée ne peut pas être qualifiée d'eau potable (car non issue du milieu naturel) malgré une très bonne qualité. Il est dommage de ne pas pouvoir substituer certains usages de l'eau potable par de l'eau traitée », commente Camille Hervy.

Treize entreprises agroalimentaires bretonnes de tous secteurs se sont mobilisées au sein d’un collectif Eau propre. Accompagnées par l’Abea (Association bretonne des entreprises agroalimentaires), elles ont interpellé le 10 janvier le Premier ministre pour demander un élargissement des usages autorisés. « Pour les activités de boyauderie, nous souhaitons par exemple obtenir l’autorisation de faire le prélavage des intstins avec nos eaux traitées. Par l'installation de compteurs, nous avons estimé une économie de 65 000 m3 d'eau sur une utilisation annuelle de 140 000 m3 », poursuit-elle.

65 000 m3 d'eau économisables sur 140 000 m3 utilisés annuellement

Les industriels bretons demandent aussi à être associés à la définition et à l’expérimentation de nouveaux usages, dans un cadre législatif clair, à l’instar de ce qui existe déjà dans d’autres pays. Par exemple, en Belgique, le critère de réutilisation de l’eau dépend de sa qualité et non pas de sa provenance et en Californie, un projet de loi a été adopté pour promouvoir le recyclage de l’eau dans l’industrie de la boisson.

Un audit interne en cours

Les entreprises du collectif sont en cours d’audit interne pour évaluer les volumes d’eau qui pourraient être réutilisés. « Nous travaillons également avec l’Ania sur la REUSE / REUT et d’autres acteurs sont intéressés comme l’Aria Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur », commente Clothilde d’Argentré, chef de projet à l’Abea.

Au-delà des économies d’eau réalisées, ces démarches permettront de gérer les restrictions d’eau liées aux épisodes de sécheresse. « L’arrêt de la production aurait un impact économique conséquent. L’élargissement des usages nous permettrait de disposer d’une réserve d’eau et d'en faire bénéficier les autres industriels et les agriculteurs du territoire le cas échéant », commente Camille Hervy.

Si le ministère de la Transition Écologique et Solidaire semble favorable à cet élargissement, le ministère de la Santé est plus dubitatif par « mesure de précaution ». Indépendamment de l’aspect législatif, le problème de l’acceptabilité sociétale se pose et il est nécessaire de pallier le manque de sensibilisation du public.

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