Le Gaec du Tilleret dans le Jura élève ses génisses montbéliardes au foin et regain de qualité grâce à la déshumidification couplée au séchage en grange. Elles ne reçoivent plus de concentrés après 10 mois et vêlent plus tôt.
« Nous aimons les belles vaches, les concours… C’est un plaisir pour nous d’élever des bêtes avec de jolis gabarits et qui produisent bien, tout en visant de bons résultats technico-économiques », dépeint Jean-Charles Roussey, associé avec ses deux frères Marc et Alex sur une exploitation en AOP comté à 650 mètres d’altitude. Un objectif auquel parvient régulièrement le Gaec du Tilleret. En 2025, il affiche un excédent brut d'exploitation (EBE) aux 1 000 litres supérieur à la moyenne de groupe (459 € contre 422 €) avec une meilleure production par vache (8 000 l contre 7 400 l) pour un même coût de concentrés (145 €/1 000 litres).
De bons résultats qui s’expliquent entre autres par un élevage soigné des génisses. « Les génisses constituent l’avenir du troupeau laitier, considère Jean-Charles Roussey. La réussite commence par là. » Chaque année, le Gaec élève 55 femelles. « Ce qui est frappant sur le Gaec, c’est la régularité de croissance des élèves quelle que soit l’année, mentionne Lucie Blanc d’Evajura. Les génisses sont toujours belles, avec de bonnes hauteurs au sacrum et de la profondeur de poitrine. »
Fiche Elevage
3 UMO
85 vaches à 8 000 l
152 ha de SAU
dont 40 de prairies permanentes, 102 de prairies temporaires et 10 d’orge
Plus de volume, plus de valeur, plus de souplesse
Pour les éleveurs, il n’y a pas de doute, sur l’atelier génisses, il y a un « avant » et un « après » 2018. Cette année-là, deux investissements importants sont intervenus sur l’exploitation avec des répercussions positives : un nouveau bâtimentdédié aux élèves et la mise en place d’un déshumidificateur d’air sur l’installation de séchage en grange solaire(1).
« Auparavant, les génisses recevaient uniquement du foin en balles rondes. Selon sa qualité, les croissances se montraient plus ou moins aléatoires et elles devaient continuer d’être complémentées après 12 mois avec 500 à 800 grammes de tourteau par jour minimum », indique Jean-Charles Roussey. Elles vêlaient à 34-36 mois et démarraient leur lactation à 25 kilos de lait. « Aujourd’hui, elles vêlent plus jeunes à 30-31 mois et démarrent à 30 kilos de lait en moyenne, poursuit Marc Roussey. Il y en a même deux qui sont montées à 40 kilos. »
Et cela, grâce à la quantité et la qualité des fourrages distribués. « En nous permettant d’engranger plus de stocks de qualité, la déshumidification nous a permis de modifier la conduite alimentaire des génisses. Cette technologie a un coût mais elle offre une plus-value par rapport au séchage en grange traditionnel, considèrent les éleveurs. En améliorant la rapidité de séchage et la souplesse d’exploitation, nous pouvons faucher plus tôt dans la saison et obtenir ainsi de meilleures valeurs fourragères. » L’an dernier, les foins équivalaient à une VL16, à 16 % de MAT et 1 UFL. Le Gaec peut également profiter de fenêtres d’intervention plus étroites. « Pour la récolte du foin, nous gagnons quasiment une journée. Nous récoltons 15 à 20 hectares d’un coup même si le beau temps ne dure que deux à deux jours et demi », illustre Alex Roussey.
40 % de regains engrangés en plus
Globalement, le nombre de fanages se limite à deux passages pour le foin et un pour le regain, ce qui réduit le temps passé, le carburant et libère aussi la parcelle plus vite.
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En termes de volume, les associés estiment produire 40 % de regains supplémentaires, ce qui leur procure davantage d’autonomie. « Selon les années, nous fauchons l’ensemble des prairies trois fois puis réalisons une quatrième coupe sur un tiers de la surface et une cinquième sur une dizaine d’hectares », précise Jean-Charles. Au lieu de deux coupes partout auparavant et une troisième sur la moitié des parcelles. « En période plus humide, à l’automne, la déshumidification nous permet en général de faire une coupe supplémentaire car nous savons que nous pourrons la sécher. »
Elle apporte aussi davantage de sécurité. « En démarrant les foins plus tôt, fin avril début mai, cela donne plus de chance de bénéficier de repousses même si juin est sec », poursuit-il. Cela a été le cas cette année où le Gaec a pu récolter début juin, 35 jours après les premiers foins, suffisamment de regains pour les vaches. Par contre, sans nouvelles repousses par la suite, les volumes ne suffiront pas pour en distribuer aux élèves cet hiver.
Plus besoin de complémenter en tourteau après 10 mois
En année normale, les élèves du sevrage jusqu’à 10 mois reçoivent 60 à 80 % de foin, 20 à 40 % de regain, plus 2 kilos de concentrés VL22. Les concentrés sont ensuite stoppés jusqu’à la préparation au vêlage, la valeur du fourrage permettant de se passer de tourteau. Au final, une génisse consomme 540 kilos de concentrés, soit un coût de 233 euros.
« Même en année sèche, le Gaec parvient à l’autonomie fourragère et ses analyses de foin et regain ressortent chaque année au-dessus de la moyenne des autres exploitations en séchage pour les UFL (+ 0,05 à 0,1 point) et la MAT (+ 3 à 5 points). Depuis l’installation du déshumidificateur, le Gaec valorise davantage de volumes de regain et parvient à en distribuer aux génisses en plus des laitières, ce qui se révèle assez rare. Cela a permis de réduire la consommation de concentrés d'environ 310 kilos par génisse, soit 144 euros économisés. À l’échelle de l’exploitation, cela représente une économie de 17 tonnes de concentrés par an, soit 8 000 euros. Sur notre zone à comté, peu d’élevages parviennent à limiter la distribution de concentrés à 500-550 kilos par génisse et à les faire vêler à 30 mois. »
Réduire le coût énergétique
Le renchérissement du coût de l’énergie est un frein à la déshumidification. « Les premières années, la facture d'électricité pour sécher le foin et le regain se limitait à 6 000 euros. Il y a deux ans, la note a flirté avec les 20 000 euros et 10 000 euros cette année », témoigne Jean-Charles. Pour réduire ce coût, le Gaec a investi dans le photovoltaïque (500 kWc) et fait appel à un courtier en énergie. « Nous vendons intégralement l’électricité à 11 centimes le kilowattheure et l’achetons désormais à 7 centimes. Ce sera 5,6 centimes en 2027 et 4,2 centimes en 2028. »