Définir une vraie stratégie de renouvellement de son troupeau pour ne plus le subir

- - 6 min
" En moyenne, une vache sur trois est renouvelée tous les ans, limitant le nombre moyen de lactations à trois », explique Xavier Brémondy, Innoval. Crédits : © Reussir SAS

Le renouvellement est un réel outil de conduite du troupeau. Or, ce dernier est souvent subi. Avoir une vraie stratégie commence par élever le juste nombre de génisses, afin de maîtriser ses coûts d’élevage et de préparer le futur du troupeau. Interview croisée avec deux experts de la reproduction.

En quoi le renouvellement a-t-il une place importante dans la stratégie d’une exploitation ?

Xavier Brémondy, responsable de marché génétique et reproduction chez Seenovia - « Le renouvellement est un pilier de la conduite d’un troupeau. Depuis toujours, les éleveurs veulent assurer la pérennité de leur troupeau et son amélioration génétique tout en répondant aux objectifs technico-économiques. Que ce soit produire plus, développer la vente de veaux, grouper les vêlages, libérer de la place dans les bâtiments ou maîtriser la charge de travail, la stratégie de renouvellement est un levier essentiel pour atteindre ces résultats. »

Ce renouvellement est-il bien maîtrisé sur les exploitations ?

Thibaut Gautherot, référent technique en reproduction bovine chez Innoval - « Pas toujours. Le renouvellement est souvent subi plutôt que choisi. Il peut être subi en raison d’un nombre important de réformes précoces qui obligent à produire davantage de génisses pour maintenir les effectifs. À l’inverse, certaines exploitations élèvent plus de génisses que nécessaire. Celles-ci viennent pousser des vaches encore productives vers la sortie. Par contre, il est normal qu’il se révèle plus important dans les situations de croît de cheptel, de vente de vaches en lait ou d’accélération du progrès génétique.

Le renouvellement doit être pensé comme une décision stratégique et non comme une simple conséquence des résultats de reproduction. Avoir une stratégie de renouvellement consiste à produire le bon nombre de femelles en fonction des besoins de l’exploitation. »

Lire aussi|  Génétique laitière : Bâtir une vraie stratégie de repro en quatre points

Quels gains peuvent en retirer les éleveurs ?

X. B. - « La mise en œuvre d’une vraie stratégie de renouvellement entraîne de nombreux gains économiques. D’abord par l’amélioration de la longévité. Dans les élevages, le taux de renouvellement souvent retenu est de 33 %. Cela signifie qu’en moyenne une vache sur trois est renouvelée tous les ans, limitant le nombre moyen de lactations à trois. »

<em class="placeholder">Thibaut Gautherot</em>
Thibaut Gautherot, référent technique en reproduction bovine chez Innoval : « Un nombre trop important de génisses élevées conduit à réformer des vaches prématurément. » © Innoval
T. G. - « Réformer une vache trop tôt signifie ne pas avoir pleinement amorti son coût d’élevage. En effet, le coût pour une génisse est estimé entre 1 400 et 2 150 euros en fonction des systèmes. À l’échelle d’un troupeau, seulement 50 % des vaches ont remboursé leur coût d’élevage en deuxième lactation et 82 % en troisième. Concrètement, une vache devient pleinement rentable à partir de 2,5 lactations. »

X. B. - « Au vu du coût d’élevage d’une génisse, en élever trop entraîne des charges inutiles auxquelles s’ajoutent environ 15 heures de travail par an et par animal. Élever moins de génisses libère de la place dans les bâtiments et de la disponibilité en fourrage pour les vaches laitières. C’est aussi la possibilité de valoriser les animaux non destinés au renouvellement en viande par le biais de croisement.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

renouvellement du troupeau
Suivi
Suivre

Enfin, la production laitière globale du troupeau augmente aussi lorsque le taux de multipares est plus important. »

T. G. - « Il ne faut pas oublier non plus que chaque génisse élevée mobilise des ressources et génère des émissions de gaz à effet de serre avant même de produire du lait. La réduction de leur nombre améliore ainsi l’empreinte carbone du troupeau. »

Lire aussi|  Quatre leviers pour améliorer la longévité de vos laitières en limitant les réformes subies

Par où commencer pour reprendre la main sur sa stratégie de renouvellement ?

<em class="placeholder">Xavier Brémondy</em>
Xavier Brémondy, responsable de marché génétique et reproduction chez Seenovia : « L'élevage d'une génisse, c'est entre 1 500 et 2 000 euros, d'où l'intérêt d'en élever le bon nombre. » © Seenovia
X. B. - « Définir une stratégie de renouvellement passe par plusieurs étapes. L’éleveur doit définir les objectifs pour son troupeau en se projetant sur plusieurs années. Il faut avoir en tête qu’entre la décision de naissance d’une génisse et son entrée dans le troupeau, il s’écoule généralement près de quatre ans. Ces objectifs vont permettre d’établir un nombre de génisses à élever. »

T. G. - « Pour définir le juste nombre de génisses, il convient de prendre en compte plusieurs éléments. D’abord le taux de réforme. L’éleveur doit se poser la question : pourquoi mes vaches partent ? Il doit aussi intégrer le contexte sanitaire de l’élevage, la mortalité des veaux et des génisses, les interruptions de gestation avant vêlage et l’infertilité. Ce sont à la fois des facteurs nécessaires pour ajuster le nombre de génisses à élever mais aussi des pistes de travail dans le but d’améliorer le taux de renouvellement et de moins le subir. »

X. B. - « Une fois le nombre de génisses défini, il faut ensuite identifier quelles femelles donneront une génisse pour intégrer le troupeau dans le but d’apporter une amélioration par rapport à celles déjà présentes. Des outils sont à disposition des éleveurs afin d’intensifier la stratégie de renouvellement avec le génotypage, les semences sexées et le croisement viande. »

Voir plus

Plus d’articles sur ce thème

Contenus partenaires