Dysfonctionnement de l’installation de traite, alimentation inadaptée, stress thermique, mauvaise qualité bactériologique du lait… Les causes de lipolyse se montrent variées et méritent une investigation. Le point avec Nadine Ballot, directrice du service techniques et élevage au Cniel, lors du Sommet de l’élevage.
Le Cniel s’apprête à publier une brochure sur la lipolyse. Pourquoi s’intéresser à ce critère ?
Nadine Ballot, Cniel : « Nous n’observons pas de dégradation des résultats de lipolyse des laits de tank en dehors des variations saisonnières habituelles. En général, la lipolyse augmente sur les élevages entre juin et août. Si la moyenne nationale se situe largement en deçà du seuil de pénalité fixé à 0,89 mEQ/100 g MG, certaines exploitations affichent toutefois régulièrement des résultats dégradés et il n’est pas rare qu’un élevage dépasse ce seuil au moins une fois par an.
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En outre, la lipolyse constitue un véritable enjeu pour l’ensemble des acteurs de la filière laitière engendrant des produits non commercialisables, une dépréciation auprès des consommateurs et des pénalités pour le paiement du lait. Comme il n’est pas possible de corriger la lipolyse lors du process de transformation du lait, il convient de la limiter au stade de la production. Face à cet enjeu qui impacte toute la filière, le Cniel s’apprête à éditer une brochure pour aider les éleveurs à mieux comprendre et maîtriser les fluctuations des résultats de lipolyse du lait.
Une augmentation de la lipolyse révèle-t-elle un problème sur l’élevage ?
La lipolyse, c’est avant tout une question de bonnes pratiques. Une alimentation équilibrée et suffisante, une bonne hygiène, des pratiques de traite adaptées favorisant une bonne stimulation des trayons, un matériel de traite et de stockage bien conçus permettant un bon écoulement du lait concourent à la limiter.
En matière d’alimentation, la vigilance est de mise lors du démarrage de la lactation et avant le tarissement. Il est essentiel de couvrir les besoins des vaches pour limiter le déficit énergétique et d’ajuster les apports lors des transitions alimentaires et des périodes de fortes chaleurs.
Côté équipement, l’installation de traite doit être bien conçue, bien dimensionnée, montée et réglée. En plus de l’entretien et des contrôles réguliers, elle doit permettre un bon écoulement du lait et limiter les entrées d’air. Il vaut mieux favoriser une arrivée tangentielle du lait le long de la paroi du tank. Le refroidissement, l’agitation et le stockage doivent s’adapter au volume de lait pour atteindre 4°C en 2 à 3 heures.
Les vaches présentent-elles toutes le même risque face à la lipolyse ?
De récents travaux de recherche menés par les équipes Inrae nous ont appris qu’il existe une variabilité animale face à la lipolyse. Les vaches présentent une sensibilité différente face à ce risque : il y a des vaches qui produisent, quoi qu’il arrive, un lait dont la lipolyse est élevée avec des fluctuations liées aux facteurs d’élevage et des vaches qui maintiennent des valeurs de lipolyse toujours basses, quel que soit leur environnement.
Les différences sont en partie liées à la génétique. Le caractère est héritable (0,2-0,3) et répétable d’une lactation à l’autre mais peu corrélé génétiquement à la production laitière et au TB. Nous savons aussi que certaines races sont plus sujettes à la lipolyse. La Montbéliarde l’est davantage que la Prim’Holstein, qui affiche elle-même des valeurs plus élevées que la Normande. Le stade physiologique a aussi un impact. La lipolyse est moins importante pour les primipares.
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Les robots de traite favorisent la lipolyse. Est-ce une fatalité ?
Selon les installations de traite, le risque lipolyse apparaît plus ou moins élevé. Il s’avère graduellement plus important avec un robot qu’avec une installation de traite traditionnelle en ligne haute, ou en ligne basse. Plus la fréquence de traite est élevée, plus elle tend à augmenter.
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En système robot, le circuit du lait plus complexe et l’augmentation des entrées d’air favorisent également la lipolyse. Mais ce risque reste maîtrisable avec veillant à des réglages adaptés, un bon entretien du matériel, une gestion pointilleuse des autorisations de passage à la traite, etc.
Définition
La lipolyse correspond à la dégradation enzymatique de la matière grasse du lait par des lipases, aboutissant à la libération d’acides gras libres dans le lait. La lipolyse est responsable de défauts sur la majorité des produits laitiers entraînant des goûts et odeurs de rance, des altérations de texture et des réductions de durée de conservation.
Le saviez-vous ?
Il existe trois types de lipolyse :
- La lipolyse spontanée est due à la fragilité naturelle des globules gras. Elle est favorisée par un effet vache et certains facteurs d’élevage. Elle se développe après le refroidissement du lait dans le tank et peut apparaître même en l’absence de toute altération d’origine mécanique ou microbienne.
- La lipolyse induite est due à des chocs thermiques et mécaniques fragilisant la membrane du globule gras. Elle survient lors de la traite, du stockage, du transport, de la transformation du lait.
- La lipolyse microbienne est liée à la présence de bactéries psychrotrophes capables de survivre et de se multiplier à des températures basses, proches de 0 (par exemple pseudomonas) ou d’un défaut de réfrigération du lait. Elle apparaît 72 heures après la traite et peut survenir dans les laits traités thermiquement.