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Agroalimentaire : États-Unis, Chine, Moyen-Orient, les exportations françaises à la merci de la géopolitique

Taxes Trump, protectionnisme chinois, concurrence accrue et guerre en Iran, les crises géopolitiques se multiplient et bousculent les flux commerciaux mondiaux. Ces tensions plombent la « ferme France », très dépendante du transport maritime et de ses débouchés internationaux.

Conférence de FranceAgriMer sur le Fret maritime
Un état des lieux de l’impact de la géopolitique sur le fret maritime mondial a été dressé lors du Salon international de l’agriculture au cours d’une conférence organisée par FranceAgriMer le 23 février.
© Catherine Takougang

Plus des deux tiers des exportations françaises de produits agricoles et agroalimentaires s’effectuent par voie maritime. Or ces dernières années, le marché du fret mondial est marqué par une forte volatilité. Entre 2020 et 2022, pendant la pandémie de Covid-19, les taux de fret ont bondi de 500 %, avant de baisser l’année suivante. Les opérateurs ont aussi été confrontés à l’incident du canal de Suez bloqué par l’Evergreen puis par les attaques des milices Houtis. Au-delà des tensions géopolitiques, les aléas climatiques compliquent également la circulation maritime. Les typhons qui touchent régulièrement les ports chinois provoquent par exemple des congestions logistiques. L’an dernier, le canal de Panama a lui aussi vu sa capacité réduite en raison d’un niveau d’eau insuffisant, limitant le tirant d’eau des navires et donc le volume de marchandises pouvant transiter.

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La Chine, un débouché incontournable

La Chine reste un débouché majeur pour l’agriculture française. Sur les trois dernières années, la France y a exporté en moyenne 900 millions d’euros de produits agricoles et agroalimentaires par an.

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Certaines filières en sont particulièrement dépendantes. C’est le cas du cognac, dont la valorisation repose largement sur la demande chinoise, notamment pour les eaux-de-vie les plus anciennes. La Chine est aussi le deuxième acheteur de blé français.

… mais la Chine est aussi un concurrent

Les exportations chinoises concurrencent de plus en plus les exportations française. Pékin a fortement renforcé sa politique agricole, avec un budget public d’environ 94 milliards d’euros par an pour soutenir la production. « Il y a des surcapacités agricoles en Chine qui sont de plus en plus exportés. » explique Cédric Prévost, conseiller aux affaires agricoles en Chine lors d’une conférence de FranceAgriMer au Salon de l’Agriculture édition 2026.

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Déjà connue pour ses envois d’ail et de tomates, le pays est devenu le deuxième exportateur mondial d’engrais et le premier exportateur d’acides aminés. Il progresse aussi sur des produits transformés, comme le malt ou les pommes de terre transformées, concurrençant directement les exportateurs européens et français sur certains marchés d’Asie du Sud-Est

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Les États-Unis, un marché stratégique mais incertain

Les États-Unis restent un marché stratégique pour les produits français à forte valeur ajoutée. Les exportations de vins et spiritueux y ont atteint 3,1 milliards d’euros en 2025, malgré un léger recul. Les flux restent relativement stables entre les deux pays. 

« Une bouteille vendue 100 dollars n’a subi qu’une légère hausse d’une dizaine de dollars. Ce n’est pas ce qui a causé la baisse de consommation en alcool français »

Les droits de douane instaurés par Washington l’an dernier à 15 % en moyenne sur certains produits européens ont eu un impact limité sur les ventes des produits premium, malgré l’inquiétude des opérateurs. « Une bouteille vendue 100 dollars n’a subi qu’une légère hausse d’une dizaine de dollars. Ce n’est pas ce qui a causé la baisse de consommation en alcool français mais plutôt le changement des habitudes alimentaires des Américains. » Paul Tourret, directeur de l’institut supérieur d’économie maritime (ISEMAR). En revanche, pour les produits plus sensibles au prix et d’entrée de gamme, la compétitivité française s’érode face à la production américaine. 

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 « Les États-Unis ont réussi à faire signer une vingtaine d’accords commerciaux asymétriques, y compris avec l’Europe. Les Européens ont accepté de payer en moyenne 15 % de droits de douane sur les produits qu’ils exportent vers les États-Unis en contrepartie, ils ont abaissé leurs propres barrières tarifaires sur certains biens américains et ouvert des contingents à droits nuls sur plusieurs produits sensibles, y compris agricoles, comme les produits laitiers ou certains équipements industriels », explique Christian Ligeard, conseiller aux affaires agricoles aux États-Unis. Néanmoins les taxes américaines ayant été retoquées par le congrès, l’accord avec l’UE est suspendu.

Le Moyen-Orient, une zone dépendante des importations

Le Proche et le Moyen-Orient constituent un marché structurellement importateur. En moyenne, 80 % de la sécurité alimentaire de la région dépend des importations.

Les exportations françaises y ont connu de fortes fluctuations ces dernières années. Elles sont passées d’environ 400 à 500 millions d’euros pour un million de tonnes de produits agricoles à moins de 100 millions d’euros, avant de repartir récemment à la hausse. La plupart des pays de la région bénéficiant d’accords commerciaux avec l’Union européenne. Or les deux tiers des échanges avec le Proche et Moyen-Orient se font par voie maritime.

Lire aussi : Guerre au Moyen-Orient : plus 70 000 vaches, moutons et chèvres bloqués en mer Rouge et dans le golfe persique

Aujourd’hui, les tensions entre l’Iran et les États-Unis viennent ajouter une nouvelle source d’incertitude. Le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique du Golfe persique, ainsi que les routes maritimes reliant la mer Rouge au canal de Suez, sont particulièrement exposés. Ces perturbations affectent déjà des flux essentiels, comme les approvisionnements en pétrole, en urée pour les engrais, dont près d’un tiers provient du Moyen-Orient, mais aussi les cargaisons de produits laitiers. La flambée des prix du pétrole va aussi alourdir la facture du transport maritime.

« Dans ce contexte, la recherche d’alliés dans la zone deviendrait essentielle pour protéger les intérêts économiques de l’Europe »

Près de 90 % des conteneurs reliant l’Europe à l’Asie transitent par le canal de Suez. D’autres zones maritimes sont également cruciales pour les échanges agroalimentaires français. Le golfe de Guinée ou l’Atlantique Sud, par exemple, constituent des routes majeures pour l’acheminement de matières premières comme le cacao ou le café. « Dans ce contexte, la recherche d’alliés dans la zone deviendrait essentielle pour protéger les intérêts économiques de l’Europe » Indique Cyrille Poirier-Coutansis, directeur de recherche du centre d’étude stratégiques de la Marine, ministère des Armes.  

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Face aux incertitudes, certaines entreprises cherchent des partenaires commerciaux plus proches, notamment en Afrique du Nord ou autour de la Méditerranée. 

Pour autant, un découplage complet paraît peu réaliste. « Pour une agriculture française très tournée vers l’export, se passer totalement de ses grands marchés internationaux paraît difficile » conclut le directeur d’ISEMAR.

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