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La filière foie gras résiste pour redémarrer à la mi-mai

Au 9 mars, le bilan dressé par le Cifog compte 3,7 millions de canards abattus, plus de 250 millions d’euros de perte. La filière du foie gras est éprouvée, mais reste combative face au H5N8 pour redémarrer les mises en place à la mi-mai.

« Nous voulons garder le cap pour assurer les remises en place dans les élevages à la mi-mai », assure Marie-Pierre Pé, secrétaire générale du Cifog, l’interprofession des palmipèdes à foie gras. « Il y a encore un énorme travail à finaliser pour être sûrs que le virus soit éradiqué. Il faudra des désinfections complètes et des contrôles avant cela. Mais nous voulons garder ce cap », insiste-t-elle. En dressant le bilan de l’année 2016 et en faisant un point à date de la situation du développement du virus H5N8 qui touche le Sud-Ouest depuis décembre, la filière du foie gras s’est montrée « éprouvée ».

« Nous sommes éprouvés, affectés. Nous souffrons. Cette crise est majeure. Mais nous avons aussi une responsabilité pour tracer un nouveau chemin avec les pouvoirs publics et mettre en place de nouvelles règles qui nous protègent tous », insiste Christophe Barrailh, président du Cifog. Au 9 mars, ce sont 3,7 millions de canards qui ont été abattus dans le Gers, les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et dans une moindre mesure dans les Hautes-Pyrénées. 55 % du potentiel de la production française est affecté par ce virus, qui n’est toujours pas stabilisé dans le Lot-et-Garonne.

Une perte de production de 9,7 millions de canards

Le Cifog estime qu’il y a aura une perte de production au global sur l’année 2017 de près de 9,7 millions de canards. Le plan d’abattages préventifs décidé par les services du ministère de l’Agriculture concerne à ce jour près de 2,3 millions de canards auxquels s’ajoutent 1,4 million d’animaux décimés dans les exploitations touchées par le virus, soit environ 3,7 millions de canards. À ce chiffre, s’ajoute le nombre de canards qui ne peuvent pas être mis en production depuis le début de l’épizootie, que le Cifog estime à 6 millions de têtes. Les pertes sont donc lourdes pour l’ensemble de la filière de l’amont à l’aval.

L’interprofession estime que ce sont près de 250 millions d’euros de pertes financières pour l’ensemble des maillons, dont 136 millions d’euros pour l’aval et 45 millions d’euros pour l’accouvage. « Et ces pertes ne prennent pas en compte les coûts induits pour les nouvelles règles mises en place par l’interprofession », précise Marie-Pierre Pé. Et « sans compter les pertes qu’enregistrent également les autres filières avicoles, comme le poulet : 90 millions d’euros au total, dont 40 millions d’euros pour le seul maillon élevage », ajoute Anne Richard, directrice de l’Itavi.

Pour tenir leur objectif de remise en place à la mi-mai, un certain nombre de mesures, dont certaines encore en discussion avec le ministère, doivent être prises pour être sûr d’éradiquer le virus. Parmi celles-ci, figure l’obligation de conduite en bande unique sur les exploitations et de pouvoir maintenir les animaux à l’intérieur des bâtiments pendant la période des migrations – période de risque élevé de contamination par un virus hautement pathogène. Cette mesure va nécessiter des investissements lourds, que certains éleveurs auront bien du mal à assumer. La question de la sécurisation des étapes de transport est également déterminante. Certaines dispositions ont déjà été actées dont le transport dédié pour les animaux prêts à gaver et pour les animaux gavés ainsi que sur la responsabilisation de l’obligation de résultat sur la qualité du nettoyage et de la désinfection des moyens de transport par un organisme tiers de contrôle.

Baisse des volumes de 9,3 % achetés en 2016

Si les professionnels ne se lancent pas encore sur des prévisions pour la saison festive 2017, le bilan de l’année 2016 montre une consommation affectée par le manque de disponibilités. Si les ventes en valeur n’ont reculé que de 1,9 % sur l’ensemble de l’année, les volumes achetés ont chuté de 9,3 % à 4 836 tonnes de foies gras, en raison du manque d’offres.

« Les consommateurs sont néanmoins restés fidèles au foie gras malgré cette fragilité. Les messages du ministre pour dire qu’il n’y avait pas de problème pour la consommation ont été bien entendus par rapport à 2006 », note Marie-Pierre Pé. Sur la dernière période festive de 2016, du 12 décembre au 1er janvier 2017 – représentant 78 % des ventes de la saison –, les ventes en volume n’ont diminué que de 6,1 % et ont même progressé dans la même proportion du 19 au 25 décembre. Alors que sur les semaines précédentes, les reculs ont été plus marqués, avec une perte en volume de 19,1 % sur la période allant du 9 octobre au 6 novembre 2016 et de 24,2 % du 7 novembre au 5 décembre 2016.

Selon Iri, 90 % de la baisse des volumes enregistrée sur la saison est imputable à l’absence de promotion sur le foie gras dans les prospectus. Au niveau des échanges commerciaux, les importations ont fortement progressé en valeur de 32 %, tandis que les exportations ont reculé de 18 % du fait principalement de la fermeture complète de certains marchés, notamment japonais. La question reste encore entière sur les volumes disponibles pour la saison à venir et quelle répercussion sur les prix ?

Une épizootie européenne

Dans l’Union européenne, 22 pays sont concernés et 73 espèces d’oiseaux touchés. La Hongrie et la Bulgarie, également productrices de foies gras d’oie et de canard, font également partie de la liste. Leur production et exportation sont également presque totalement à l’arrêt, mais pourraient redémarrer plus rapidement que la production du Sud-Ouest. En 2017, il est estimé que moins de 16 500 tonnes de foies gras seront produites par l’Union européenne, contre 22 500 tonnes en 2015. En France, au 7 mars 2017, ce sont 387 foyers qui ont été identifiés dans les élevages et 49 cas ont été confirmés et notifiés dans la faune sauvage. La zone de dépeuplement concerne ainsi cinq départements (Landes, Pyrénées-Atlantiques, Gers, Lot-et-Garonne, et Hautes-Pyrénées).

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