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« Il faut sortir les agriculteurs de ces logiques de marché », Ludovic Brindejonc, fondateur d’Agri-Ethique

Pour le DG du label de commerce équitable, il faut d’abord que les agriculteurs gagnent leur vie avant de s’engager dans la transition alimentaire et de protection de la nature.

Pour Ludovic Brindejonc, directeur général d'Agri-Ethique, la logique des marchés court-termistes empêche la transition alimentaire et environnementale.
© Plus2sens

Lorsqu’il a vu les premières manifestations de colère des agriculteurs, Ludovic Brindejonc, fondateur et directeur général d’Agri-Ethique, label de commerce équitable 100% français, n’a pas été surpris. « Le contexte est de plus en plus difficile. Les prix qu’on leur propose se situent toujours en-dessous de leurs coûts de production et on leur impose des exigences déconnectées des réalités du territoire. On les force à respecter des cahiers des charges dont ils n’ont même pas participé à la rédaction. »

Lire aussi : Colère des agriculteurs : le point sur les 10 nouvelles mesures annoncées par le gouvernement Attal

Les marchés actuels, une problématique de vision

Le label Agri-Ethique a été créé en 2013 et est devenu société à mission en septembre 2023 avec pour principal leitmotiv, la rémunération juste des producteurs. Les accords proposés entre producteurs et industriels dans le cadre du label sont négociés sur une période de 3 ans avec un volume et prix défini. Loin des négociations commerciales annuelles à couteaux tirés, qui, pour Ludovic Brindejonc sont justement le nœud du problème. 

«Les centaines de millions d'euros débloqués ces derniers jours (...) ne solutionneront pas le changement climatique. »

« Il y a en France une problématique de vision. On est toujours sur du court-terme pour les prix et en plus, on attend des agriculteurs qu’ils soient vertueux en matière de protection de la nature. L’agriculteur a conscient de cet enjeu environnemental, mais ce dernier est incompatible avec la logique des marchés. On ne peut pas demander aux producteurs de faire des efforts et de prendre des risques pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement, si les prix ne suivent pas. » 

Lire aussi : Revenu des agriculteurs : le gouvernement met la pression sur l’industrie et la grande distribution

« Les centaines de millions d’euros débloqués ces derniers jours par le gouvernement ont peut-être apaisé les colères mais ne solutionneront pas le changement climatique qui est une réalité. C’est pourquoi, il faut sortir les agriculteurs de ces logiques de marchés. Il faut aussi continuer d'aider le bio qui subit des déconversions ou la vente de ses produits en conventionnel parce que c'est plus rémunérateur. On a fait des promesses aux agriculteurs et aux consommateurs mais sans tenir compte des contraintes techniques. »

Lire aussi : « Agriculteurs et industriels ne sont pas ennemis. Il y a une interdépendance de nos intérêts ». Jean-Philippe André, président de l’Ania

Une transition environnementale, mais pas à n'importe quel prix 

Pour Ludovic Brindejonc, la transition alimentaire et environnementale est nécessaire mais tout ne peut pas reposer sur l’ensemble de la filière, même si les consommateurs et consommatrices sont prêts à payer le prix juste. « Eux aussi ont leurs limites en terme de pouvoir d’achat. Il faut que d’autres acteurs entrent en jeu comme l’Europe ou des fonds d’investissement dédiés. »

Quant à la loi Egalim, le DG d’Agri-Ethique la qualifie « d’usine à gaz ». « Sur le papier le message était très bon. Mais les problèmes se sont multipliés : peu de contrôles, peu de sanctions et l’obligation pour les collectivités de faire 50% d’achats alimentaires durables, n’est pas facile à mettre en place. »

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