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Céréales
Hausse des températures : gare aux mycotoxines

Si l’on ne connaît pas l’état des cultures 2019 de maïs, le changement climatique aura incontestablement une réelle influence sur la qualité sanitaire des céréales au fur et à mesure de la montée des températures, selon les experts. Explications.

Les blés tendres devraient, dans leur grand majorité, être épargnés par les mycotoxines cette année sans qu’aucune communication officielle ne soit disponible. Mais les maïs ont tellement souffert de la sécheresse dans certaines zones qu’ils pourraient être beaucoup plus affectés.
© Yanne Boloh

Liées aux conditions de température et d’humidité à certains stades sensibles des cultures, les moisissures productrices de mycotoxines dangereuses pour l’homme et l’animal sont donc aussi affectées par le changement climatique. Les aflatoxines produites par différentes souches de champignon Aspergillus (principalement Aspergillus flavus et Aspergillus paraticus) qui prolifèrent dans les climats chauds et humides, représentent un fardeau économique sensible au niveau mondial. L’OMS estime qu’elles sont à l’origine de 25 % des destructions des cultures alimentaires.

Leur présence dans les produits végétaux, mais aussi dans le lait, est réglementée dans l’Union européenne. Le règlement 1881/2006/CE plafonne ainsi le taux d’aflatoxines totales à 4 microgrammes par kilogramme (µg/kg) d’aliment pour l’homme. Elles peuvent contaminer un vaste éventail d’aliments comme les noix et autres fruits à coque, les arachides, le riz (Monoprix a dû, en mai, faire un rappel sur des sachets de riz basmati contaminés), les figues sèches, les fèves de cacao ou bien encore le maïs, voire le blé. Au niveau européen, deux alertes ont été émises en 2018 sur des contaminations élevées sur du maïs bio indien.

Attention à l’alimentation des vaches laitières

La directive 2002/32/CE fixe, quant à elle, les taux maximaux en alimentation animale selon les matières premières et les espèces animales cible. Elle impose ainsi une teneur maximale à 0,02 µg/kg pour le maïs et les dérivés de sa transformation et à 0,005 µg/kg pour les aliments complets pour vaches laitières. Ces dernières excrètent en effet dans leur lait des aflatoxines M1 quand elles ont consommé des aliments contaminés en B1. Historiquement, les contaminations dans les élevages laitiers français étaient dues à des tourteaux d’arachides importés. Ce qui avait tari les flux de cette source de protéines dès les années quatre-vingt-quatre-vingt-dix malgré des tentatives de décontamination chimiques (par l’ammoniac). Or, l’absence d’organisme génétiquement modifié relance les discussions autour de cette source nutritionnelle intéressante et impose une surveillance accrue.

Emergence dans le maïs européen

Autre inquiétude, plus proche et potentiellement plus massive : le maïs. L’Efsa a d’ailleurs produit, dès 2012, sa première analyse sur l’augmentation des aflatoxines B1 dans les céréales européennes, liée au changement climatique. En effet, dès le début des années 2010, des premières contaminations ont été trouvées en Europe du Sud (Serbie, Roumanie, Italie, Espagne) puis en 2015-2016 sur des maïs français. Les scientifiques de l’université italienne de Piacenza prévoient qu’un réchauffement climatique de 2 °C induira des contaminations dans toute la France, voire en Allemagne d’ici à dix ans.

Du côté français, l’expertise est notamment portée par le laboratoire de biosynthèse et de toxicité des mycotoxines (UMR Toxalim de l’école nationale vétérinaire de Toulouse) qui, depuis 2013, analyse les pratiques agricoles susceptibles de limiter l’émergence de l’aflatoxine sur le maïs.

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