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Et si la comptabilité environnementale s’imposait ?

Les efforts en termes de RSE des entreprises agricoles et alimentaires peuvent se mesurer dans une comptabilité environnementale. Une analyse montre que l’effet dépendra de la politique publique.

Sans volontarisme partagé, la comptabilité environnementale demeurera un outil de portée limitée
© Généré par l'IA

Le Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture donne à réfléchir sur les effets possibles d’une comptabilité environnementale. Dans une analyse publiée en octobre 2023, l’auteure, Amandine Hourt, constate que la Déclaration de performance extra-financière (DPEF), obligatoire depuis 2017 pour certaines entreprises, est régulièrement mise en doute quant à sa capacité à accompagner réellement la transition écologique. Tandis que se développent des comptabilités permettant de mieux informer sur les impacts des activités des entreprises et leurs démarches de RSE (Responsabilité sociale des entreprises). Par ailleurs, la norme ISO 26000, déclinée dans l’agro-alimentaire depuis 2020, fournit des lignes directrices sur la RSE en matière par exemple de bien-être animal ou de contractualisation avec les agriculteurs. L’auteure avance qu’une comptabilité environnementale permettrait aux consommateurs et financiers de comparer les entreprises et de lever les soupçons de « Green washing ». 

L'exemple du CNIEL : « Communiquer sur l'engagement de la filière »

Capitaux environnementaux

Un parallèle avec la comptabilité classique : la comptabilité environnementale vise à conserver les capitaux environnementaux comme la comptabilité classique le permet pour le patrimoine financier. Dans les actifs on mettrait par exemple l’atmosphère ou la ressource en eau ; au passif la dette de l’entreprise pour le maintien en bon état du capital naturel mobilisé.

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Exemples dans l'abattage-découpe

Dans l’idée d’harmoniser la comptabilité environnementale, plusieurs options sont possibles. L’analyse présente 3 scénarios dans le secteur de l’abattage-découpe de viande (à titre purement théorique) dans les quinze à vingt prochaines années. 

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  • Scénario 1 : généralisation progressive de la comptabilité environnementale, avec l’appui des pouvoirs publics et dans un cadre européen. Des certificats-carbone permettent de rembourser des crédits. Un maillage territorial se constitue dont le surcoût est compensé par la réduction des émissions et les consommateurs. 

  • Scénario 2 : la comptabilité environnementale est volontaire ; c’est un levier de différenciation. La production d’informations extra-financières relève toujours du cadre européen adopté en 2022. Certaines entreprises se font accompagner par des comptables et des chercheurs en comptabilité pour développer leur méthode. « Malgré la baisse de leur rentabilité, elles bénéficient plus facilement de fonds « verts » accordés par les banques », imagine l’auteure. « Leurs produits – qui portent l’Eco-score – sont commercialisés à des prix en moyenne supérieurs, alors que leurs coûts de production sont généralement plus élevés. » Ainsi, des abattoirs ouvriraient des sites dont la production serait destinée à une consommation régionale de viande. Tenant une comptabilité environnementale, ils remporteraient des appels d’offres l’exigeant de l’entreprise postulante… mais perdraient des marchés en grande distribution face à d’autres groupes optimisant leurs résultats financiers. 

  • Scénario 3 :  la comptabilité environnementale est dédiée à la gestion d’entreprise, et il n’existe pas de préconisation officielle. Des fédérations sectorielles définissent leur référentiel. Certains financements bancaires ou boursiers profitent aux entreprises volontaristes. Dans ce contexte, des entreprises d’abattage-découpe utilisent une comptabilité de gestion environnementale pour connaître leurs vulnérabilités aux risques (pénurie d’eau, etc.). Elles font peser les contraintes sur l'élevage  : « approvisionnement exclusif en races rustiques moins consommatrices d’eau et dont les émissions de gaz à effet de serre sont limitées par l’utilisation d’additifs alimentaires », imagine-t-on.

En conclusion de l’analyse, on peut lire : « Sans volontarisme partagé, la comptabilité environnementale demeurera un outil de portée limitée, à l’initiative des seules entreprises. »

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