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Comment l’Inrae accompagne la transition alimentaire

Recherche de contaminants, amélioration de la qualité des aliments, création d’alternatives à la viande, observation et lutte contre les inégalités sociales, l’Inrae s’engage en faveur de la transition alimentaire à travers une série de programmes.

« Nous devons faire face dans les prochaines décennies au défi de l’évolution démographique (+20 à + 25 % d’habitants sur terre) avec une stagnation au mieux des terres agricoles, l’effet du changement climatique et les enjeux sur la biodiversité. L’équation est compliquée pour qu’en 2050 les prochaines générations puissent nourrir la planète. » Philippe Mauguin, récemment reconduit à la présidence de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), introduit ainsi une visioconférence le 9 novembre dernier.

Pendant plus d’une heure et demie, des chercheurs de l’Inrae se succèdent pour expliquer comment leurs travaux accompagnent la transition nécessaire vers des systèmes alimentaires sains et durables. Les programmes de recherche sont nombreux sur cette thématique qui s’organise autour de trois axes : « la construction des qualités des aliments (sur les plans nutritionnels, microbiologiques, sensoriels, environnementaux…) ; les comportements des consommateurs et les régimes alimentaires ; les politiques publiques encourageant des systèmes alimentaires sains et durables », explique Louis-Georges Soler, directeur scientifique adjoint de l’Inrae.

Des nez électroniques pour détecter les polluants

Sur le premier axe, l’Inrae cherche à améliorer la qualité des aliments en actionnant tous les leviers mobilisables du champ à l’assiette. Erwan Engel, directeur de recherche sur le centre Rhône-Alpes d’Inrae, révèle des avancées significatives dans la détection des substances toxiques dans les aliments. « À la fois nous renforçons la surveillance et nous l’élargissons vers des contaminants moins connus », avance-t-il.

Le projet Sentinel vise par exemple à détecter l’exposition des animaux aux polluants en percevant les molécules volatiles qu’ils dégagent grâce à des nez électroniques. Le projet Goliath, coordonné par le laboratoire toulousain Toxalim, utilise des méthodes ohmiques et les savoir-faire des chercheurs en bio-informatique pour identifier les voies métaboliques affectées par les polluants. Le travail est gigantesque : « Il nous reste 80 000 substances à identifier », lâche Erwan Engel.

Allier vitamine E et charcuterie

Dans ce même laboratoire Toxalim, dirigé par Fabrice Pierre, des chercheurs ont prouvé qu’un apport en vitamine E empêchait la formation d’alcénals et de fer nitrosylé toxiques dans le côlon lors de la consommation de charcuterie. Cette année, l’Inrae a aussi lancé le projet Flegme. Son objectif : étudier et promouvoir la production et la consommation de végétaux lactofermentés en association avec 250 citoyens qui ont l’habitude de produire leurs propres fermentations de carottes, aubergines, blettes, tomates et autres courgettes.

Gels laitiers enrichis en protéines de fèves

Sur l’axe des comportements et régimes alimentaires, Stéphane Walrand, enseignant chercheur dans l’unité de nutrition humaine à Clermont-Ferrand, planche, pour sa part, sur la végétalisation de l’alimentation et plus précisément la conception de produits utilisant la complémentarité céréales-légumineuses « aux effets anaboliques aussi efficaces que les protéines issues des viandes ». « Nous avons fabriqué des pâtes alimentaires aux légumineuses, qui pourraient d’ici un ou deux ans se retrouver en rayon. Nous travaillons au développement de pains, brioches et cakes enrichis en farine de légumineuses », explique-t-il.

Autre piste de travail : l’association de protéines végétales et animales à travers la fabrication de gels laitiers, type yaourts ou crèmes desserts, enrichis en protéines de fèves. Des produits devant se retrouver « à assez court terme » sur le marché, selon Stéphane Walrand.

Parmi les autres projets sur cet axe, l’Inrae cite dans son dossier de presse le projet Bionutrinet qui étudie l’effet des aliments issus d’agriculture biologique sur notre métabolisme, le projet Renessens qui cherche à adapter l’offre alimentaire pour les personnes âgées en Ehpad ou encore le projet Punch, visant à identifier les leviers d’action pour orienter les enfants vers de meilleurs comportements alimentaires.

Le confinement a accentué les inégalités sociales

Afin d’orienter les politiques publiques à accompagner la transition alimentaire, l’Inrae pilote plusieurs projets. « Il est important que chacun puisse faire un pas vers un régime plus frugal, plus flexitarien », commente Nicole Darmon, directrice de recherche à Montpellier dans des laboratoires interdisciplinaires. Pour y parvenir, le programme Opticourses s’est ainsi allié à deux supermarchés Dia dans les quartiers nord de Marseille afin de réaliser une « intervention de marketing social » avec le logo « manger top ».

Autre programme d’actualité : l’équipe de chercheurs planchant sur l’enquête NutriNet-Santé, à laquelle participent 170 000 volontaires depuis onze ans, a voulu savoir comment le confinement avait affecté la vie quotidienne des Français. 37 000 « nutrinautes » ont répondu à l’appel. Résultats : 35 % des enquêtés ont pris du poids, 23 % ont perdu du poids (chez les classes les plus aisées). « Le confinement a ainsi accentué les inégalités sociales », résume Benjamin Alès, chargé de recherche dans l’équipe épidémiologique Nutrinet.

« On ne préconise pas la sortie de l’élevage »

« Peut-on se passer de la viande ? » demande un journaliste lors de la visioconférence du 9 novembre. Réponse de Stéphane Walrand, enseignant chercheur dans l’unité de nutrition humaine à Clermont-Ferrand : « Dans les produits animaux, il y a aussi des nutriments qui n’existent pas dans le monde végétal, comme la vitamine B12, et le fer a une meilleure assimilation quand il provient de produits animaux. Il faut plutôt opérer un rééquilibrage entre protéines animales et végétales ». « On ne préconise pas la sortie de l’élevage ou l’arrêt de la consommation des produits carnés, et pas uniquement pour des questions culturelles », ajoute Philippe Mauguin qui évoque aussi l’utilité environnementale de l’élevage et loue les formes d’élevage extensives.

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