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Aux États-Unis, la filière bovine essorée par la décapitalisation

Il n’y a jamais eu aussi peu de bétail aux États-Unis depuis 1951. La production de viande bovine y chute, les prix sont élevés, et les entreprises de l’abattage-découpe en souffre. Conséquence, les États-Unis seront bien moins présents sur le marché mondial en 2024 comme en 2025.

des bovins noirs dans un feedlot aux etats-unis, style photo
La décapitalisation bovine aux Etats-Unis plombe l'aval de la filière
© Généré par l'IA

La filière viande bovine vacille-t-elle aux États-Unis ? La filiale bœuf du géant Tyson Foods était déficitaire en 2023, une première depuis 2015. Certes, la section bœuf nord-américaine de la multinationale JBS affichait tout de même des résultats positifs, mais les marges étaient resserrées et la direction confiait à la presse américaine ses craintes pour le reste de 2024. En cause, la chute des disponibilités. 

Après une chute de la production de viande bovine en 2023…

Selon les estimations de l’USDA, la production américaine de viande bovine a reculé en 2022 (-2 %), puis en 2023 (-5 %), et la tendance pourrait durer. Ainsi, selon les recensements effectués par l’USDA, il y avait 87,2 millions de bovins au 1er janvier. C’est 2 % de moins qu’un an plus tôt, mais, surtout, c’est le plus bas niveau enregistré en 73 ans, soit depuis 1951 !

Il y avait 87,2 millions de bovins au 1er janvier, le plus bas niveau enregistré en 73 ans, soit depuis 1951 !

 Le cheptel américain est dans une phase de décapitalisation depuis 2022, qui semble donner néanmoins des signes de ralentissement. A noter aussi que l’élevage américain souffre du dérèglement climatique. Par exemple, les États-Unis ont connu, en mars dernier, leur plus grand incendie, qui a ravagé près de 5 000 km2 de prairies du Texas, dans une région très rurale où sont élevés des millions de bovins. Si les feed-lots ont été épargné, de nombreux troupeaux ont été touchés directement, ou indirectement, les éleveurs n’ayant plus ni pâtures ni eau pour leurs animaux. On parle aussi dans la presse américaine de chute de la fertilité des vaches. 

 

 

… des baisses sont encore attendues en 2024 et 2025

Les prévisions de l’USDA sont à une baisse de 3 % de la production en 2024 puis une nouvelle chute, de 6 % en 2025. Une baisse qui se traduirait par des exports au plus bas en 8 ans et des importations records.

Comment évoluent les prix des bovins américains ?

La catégorie des animaux de plus de 150 jours est mieux représentée dans les comptages, ce qui permet aux abattoirs de jouer la prudence pour le moment.  D’autant plus que les sorties de génisses sont nombreuses, elles représenteraient plus 40 % des abattages selon la presse agricole américaine. La part des vaches et génisses dans les abattages totaux a atteint un record en 2022 et 2023. De quoi permettre aux abattoirs de s’approvisionner.

Une consommation qui ne décolle plus

Dans le même temps, la demande reste incertaine et pénalisée par l’inflation, les consommateurs privilégient le porc et le poulet. 

Les consommateurs privilégient le porc et le poulet. 

D'ailleurs les actions de Tyson Foods ont chuté début mai, avec leur plus forte baisse journalière, sous l'effet des mauvais chiffres de la consommation de viande bovine. Les prix des gros bovins ont reculé sous leur niveau de l’an passé en mai. Les engraisseurs gardent les animaux et les poids carcasse progressent. De quoi envisager une baisse de la production moins forte que prévue à court terme. 

L'USDA attend des prix du bétail en hausse

Mais les entrées dans les feedlots vont rapidement ralentir, les abattages de génisses se traduisant par une chute des vêlages à venir, et les sorties se raréfier, ce qui se traduirait alors par une nouvelle remontée des prix, attendue fin 2024 et début 2025 par l’USDA, pour atteindre des niveaux jamais vus. 

Les éleveurs américains hésitent à recapitaliser

Le vieillissement de la population agricole n’est pas propre à l’Europe. Et aux États-Unis, la question du réinvestissement, pour des éleveurs en fin de carrière, se pose. Ceux qui ont décapitalisé à cause de la sécheresse bénéficient dorénavant de pâtures en meilleur état. Pourtant, ils peinent à reconstituer les troupeaux. D’une part, les bovins sont chers. De l’autre selon la Federal Reserve Bank of Kansas City, les taux d'intérêt sur les prêts agricoles ont triplé entre le début de 2022 et la fin de 2023, ce qui rend difficile l'achat de bétail par les producteurs. 

Une nette surcapacité des outils d’abattage aux USA

Les 71 plus gros abattoirs de bovins aux États-Unis peuvent abattre, chaque jour, entre 128 000 et 135 000 têtes, ce qui conduit à des capacités de l’ordre de 640 000 têtes par semaine de 5 jours ou 704 000 tonnes pour 5 jours et demi, période normalement en usage aux USA. Mais les abattages sont bien en dessous depuis plusieurs mois, et les estimations sont à une utilisation de 95 % des capacités sur 5 jours ou 87% sur cinq jours et demi. 

Qu'en est-il de la production mondiale de viande ?

Si les États-Unis vont être moins présents sur le marché mondial de la viande bovine en 2024, les échanges mondiaux n'en seront pas affectés. En effet, l'Australie fait son grand retour avec une hausse des exportations de viande bovine qui pourrait dépasser 9 %. L'Argentine devrait aussi développer ses envois, tout comme le Brésil qui reste sur une dynamique de croissance. La baisse de la demande chinoise sera compensée par la hausse de la demande américaine qui devrait profiter aux exportateurs australiens, tandis que Brésil et Argentine profiteraient de la demande du Moyen-Orient. L'Inde devrait, de son côté réorienter ses envois vers le Vietnam, la Malaisie et l'Arabie saoudite. 

 

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