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Bio : « c’est le moment d’encourager les filières et les transformateurs bio ! » pour Thomas Breuzet, président du Synabio

Thomas Breuzet préside le Synabio, syndicat des transformateurs bio. Il revient sur les enjeux de la filière bio française, qui a été confrontée à un contexte de marché difficile puis aux injonctions parfois contradictoires de l’État, sans perdre son optimisme sur le potentiel de l’agriculture et de l’alimentation bio en France. 

thomas breuzet devant un panneau synabio
Thomas Breuzet est le nouveau président du Synabio, syndicat des transformateurs bio
© Quinoak

Thomas Breuzet, président de Quinoak, a été élu président du Synabio, syndicat des transformateurs bio, fin 2025, succédant à Didier Perreol, vice-président de Léa Nature. Engagé depuis 25 ans dans la bio, il répond aux questions des Marchés.  

Les Marchés : Vous présidez le Synabio, comment démarre votre mandat ?

Thomas Breuzet : Dans la continuité ! J’étais déjà vice-président du Synabio depuis 3 ans, et à son conseil d’administration depuis 9 ans. Le bureau a été renouvelé, Magalie Jost (Nature et aliments) et Sébastien Loctin (Biofuture) sont les vice-présidents. On peut aussi noter l’arrivée de notre nouveau délégué général, Louis Pinot de Villechenon.

Lire aussi : Bio : comment s'adapte la distribution spécialisée au recul de l’offre française ?

Les Marchés : Et quelles sont les priorités pour 2026 ?

Thomas Breuzet : Continuer à installer la bio comme système de référence pour l’agriculture et l’alimentation. Nous voulons continuer à alimenter des pratiques de respect des saisons, faire reculer l’ultra-transformation … du bon sens. Le Synabio est fort de ses 200 adhérents, qui réalisent 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, d’une équipe de 7 personnes et veut être le moteur du développement du bio en France. 

Installer la bio comme système de référence pour l’agriculture et l’alimentation

Les Marchés : Un récent rapport du CGAER préconise de refondre la gouvernance de la filière, aux dépens de l’Agence Bio, qu’en pensez-vous ?

Thomas Breuzet : L’Agence Bio est un lieu de rencontre interprofessionnel, entre le ministère, les opérateurs publics, et les entreprises. L’Agence Bio fonctionne ! Et pourtant avec une petite équipe, un petit budget. J’ai présidé la commission restauration collective de l’Agence Bio, avec deux ou trois équivalent temps plein, les personnes qui y travaillent viennent de décrocher un financement européen de 2,5 millions d’euros sur trois ans pour la campagne Bio Chef qui promeut le bio en restauration. Tout remettre à FranceAgriMer ne fonctionnerait pas, ni n’occasionnerait d’économies. 

L’Agence Bio fonctionne ! 

Les Marchés : Ce même rapport pointe la recherche de compétitivité de la bio comme son levier de développement…

Thomas Breuzet : Parler de compétitivité, dire qu’il faut laisser faire le marché alors que la bio ne représente que 4 à 5 % de l’alimentation en France… on ne peut pas lâcher la main à notre filière. Bien sûr qu’il y a un sujet de compétitivité sur le bio, qui pourra être levé par les volumes, c’est bien pour ça qu’il faut maintenir des objectifs de SAU. Mais la bio ne sera jamais au même prix que le conventionnel !

Ce n’est pas la bio le problème, mais le fait que le conventionnel n’est pas vendu à son prix réel

 Et ce n’est pas la bio le problème, mais le fait que le conventionnel n’est pas vendu à son prix réel, il y a des coûts cachés. On ne tient pas compte des externalités, des services que rend le bio : moins de dépenses de santé, de dépollution…

Lire aussi : Bio : plutôt qu’augmenter la SAU, améliorer la compétitivité, conseille un rapport

Les Marchés : Actuellement la bio est dans un creux, vous êtes inquiets ? 

Thomas Breuzet : Je pense que la bio peut devenir le système alimentaire de référence à l’horizon 2035. J’ai un peu de recul, dans ce milieu, 25 ans, et vraiment ce n’est pas la première fois que l’on voit ces phénomènes de croissance puis de stabilisation. Effectivement, on a connu un léger repli, car le marché s’était trop emballé, mais ça repartira. C’est d’ailleurs déjà reparti… avec un redémarrage net et fort. Nous sommes repartis sur une phase de demande croissante, maintenant que l’inflation s’est tassée et que le consommateur s’est habitué à ces nouveaux niveaux de prix. Les magasins bio voient leur fréquentation progresser, les consommateurs dépensent plus, et prennent plaisir à revenir. Ils se soucient des questions de santé, de biodiversité, on l’a bien vu avec les 2 millions de signatures contre la loi Duplomb. On commence à manquer de matière première. 

Les Marchés : Quelles tensions sur les approvisionnements constatez-vous ?

Thomas Breuzet : Les tensions arrivent sur différents rythmes, tout dépend du niveau de surproduction qu’il y a eu. Dans le lait, la bascule a eu lieu, de la surproduction à la tension. C’est aussi compliqué sur certaines céréales, en fruits et légumes… 

Lire aussi : « On assiste à un retour à la croissance du bio », selon Charles Kloboukoff de Léa Nature 

Les Marchés : Comment travailler à garantir les approvisionnements en bio ?

Thomas Breuzet : Certains opérateurs peuvent être tentés d’importer face à ces tensions, c’est d’autant plus important de garder des objectifs de SAU bio. Le bio permet de résoudre les problèmes de pesticides chez nous. Néanmoins la France est un bon élève du bio, avec une autosuffisance à 80 % sur les produits que l’on peut cultiver dans l’Hexagone. La France est plus autosuffisante que l’Allemagne. 

La France est un bon élève du bio

Nous avons une culture de construction de filière qui est permise par l’Agence Bio, justement. L’amont a besoin de visibilité, et de prix. Le réseau de distribution spécialisé bio français est aussi bon, dense et efficace. Le bio a besoin de la GMS comme des distributeurs spécialisés et de la restauration collective et commerciale. 

Les Marchés : La restauration est-elle le levier de développement du bio ?

Thomas Breuzet : Oui, et c’est aussi un laboratoire intéressant. On l’a vu avec certaines collectivités très engagées. Elles achètent la matière première plus cher, et payent donc mieux l’agriculteur, mais parviennent à maintenir un coût portion très proche de ce qu’il était en conventionnel. Car elles ont changé leurs pratiques : développement des circuits courts, chasse au gaspillage, travail de produits bruts et de saison et rééquilibrage de la part des protéines végétales et animales. Ça marche et il faut transmettre ces pratiques à l’échelle des foyers. 

Lire aussi : Viande bovine bio : « des vrais engagements en restauration collective, qui redonnent espoir »

 

Thomas Breuzet est le président de Quinoak qui fédère quatre entreprises artisanales du Sud-Ouest : deux laiteries (Baskalia et Pechalou, qui a repris l’activité ultra-frais de La Lémance) ainsi que Granabio (alternatives végétales aux yaourts et desserts laitiers sous la marque La manufacture végétale) et Locadelice (Tofu à base de soja français). Il aussi président de Manger Bio Sud-Ouest, coopérative de distribution pour la restauration collective qui affiche 7 millions d’euros de chiffre d’affaires. 

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