Accord UE-Australie : « La Commission a manifestement tenu ses engagements » sur la viande et le sucre selon Jean-Noël Barrot
Alors que les filières ovines et bovines françaises, ainsi que le sucre, s’inquiètent de l’accord commercial entre l’UE et l’Australie, le gouvernement met en avant ses avantages sur certains secteurs agroalimentaires (vin, lait) et la sécurisation de l’approvisionnement en terres rares.
Alors que les filières ovines et bovines françaises, ainsi que le sucre, s’inquiètent de l’accord commercial entre l’UE et l’Australie, le gouvernement met en avant ses avantages sur certains secteurs agroalimentaires (vin, lait) et la sécurisation de l’approvisionnement en terres rares.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’est exprimé à l’Assemblée nationale, le 25 mars, au sujet de l’accord commercial entre l’UE et l’Australie conclu la veille.
« D’après ce que nous comprenons à ce stade, la suppression des tarifs douaniers existants avec l’Australie représenterait un gain important pour de nombreux secteurs économiques français. Les représentants de certains d’entre eux, notamment agroalimentaires, se sont déjà exprimés favorablement : je pense aux vins et spiritueux ainsi qu’aux produits laitiers ».
Des perspectives pour les produits laitiers et le vin
Effectivement, Eucolait, le syndicat européen des industriels du lait, s’est félicité de l’accord : « Les échanges sont réciproques et les importations en provenance d’Australie devraient rester modestes ». La fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) demandait de son côté une ratification rapide « pour que nos entreprises profitent pleinement de cette opportunité ».
Lire aussi : Viande rouge, sucre, produits laitiers : quels quotas agricoles dans l’accord UE-Australie ?
Des volumes de viande ovine et bovine sous contrôle ?
Le ministre poursuit « quant à nos sensibilités agricoles, que nous avons fait valoir, elles se concentrent sur la viande de bœuf, la viande de mouton et le sucre. La Commission a manifestement tenu ses engagements au sujet des volumes concernés : compte tenu des demandes australiennes, nos agriculteurs craignaient des chiffres beaucoup plus élevés ». L’industrie de la viande rouge (Meat & Livestock Australia) réclamait un contingent minimum de 50 000 t de viande bovine et 67 000 t de viande ovine. L’accord final comprend 30 600 tonnes de viande bovine et 25 000 tonnes de viande ovine.
« Des conditions de production ont été associées à des volumes qui monteront en puissance de manière très progressive »
« Des conditions de production ont été associées à des volumes qui monteront en puissance de manière très progressive ; une clause de sauvegarde spéciale et opérationnelle est prévue » conclut le ministre. Ce qui ne répond pas à l’interprofession de la viande Interbev, qui déplorait justement l’absence de contrôle en élevage pour vérifier les conditions de production (à l’herbe). De plus, la filière viande s’inquiète de l’effet cumulatif des accords « Cette année, 99 000 tonnes de viande bovine ont été concédées dans le cadre de l'accord Mercosur, 3 500 tec de viande ovine et 500 tec de viande caprine ont été accordées à l'Inde à droits de douane réduits à 50% ». Cet effet cumulatif est confirmé par l'eurodéputé Jérémy Decerle, interrogé par Agra Europe, « Les tonnages accordés à l'Australie ne sont pas alarmants si on les compare avec ceux du Mercosur. Le problème, c'est le caractère cumulatif des accords ainsi que l'absence de réciprocité et l'opacité autour des normes de productions ».
« Le problème, c'est le caractère cumulatif des accords ainsi que l'absence de réciprocité et l'opacité autour des normes de productions »
La CGB inquiet de la baisse de la betterave en France
Pour la CGB, syndicat des betteraviers français, « la Commission européenne sait parfaitement que le marché européen du sucre est un marché mature : tout volume accordé à un pays-tiers revient donc à des réductions de production sur le territoire communautaire. Elle assume donc totalement les baisses de surfaces betteravières
que cet accord provoquera ». Et le syndicat agricole dénonce encore les modalités normatives du traité, « La Commission assume pleinement ne pas être en mesure d’assurer la conformité de la production de ce sucre aux modes de production communautaires, et délègue à un tiers privé, la mise en place des normes et le contrôle de leur respect ».
La France va-t-elle s’opposer à l’accord UE-Australie ?
Il semble donc que la France ne s’opposera pas au traité commercial avec l’Australie. « Cet accord constitue une occasion de sécuriser un accès privilégié aux minerais critiques australiens, dont les terres rares » précise le ministre. Sollicité par nos soins sur une possible opposition de la France à cet accord, le ministère de l’Agriculture n’a pas souhaité répondre.