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Produits laitiers : quels effets ont les accords de libre-échange de l’UE ?

Les produits laitiers sont souvent des intérêts offensifs de l’Union européenne, avec des perspectives à l’export lors des accords de libre-échange. Mais certains accords récemment signés ont suscité des craintes pour la filière laitière. 

Drapeau européen sculpté dans du lait
L'Europe multiplie les accords commerciaux, et les produits laitiers sont concernés tant pour les perspectives d'export que pour les craintes d'importations
© Généré par IA

La Commission européenne confirme sa stratégie de négociation d’accords bilatéraux dans une situation géopolitique tendue. « Beaucoup d’accords sont déjà effectifs pour la partie commerciale » rappelle Baptiste Buczinski, agroéconomiste à l’institut de l'Élevage lors d’un webinaire organisé par l’Idele. 

Lire aussi : Les échanges mondiaux de produits laitiers continuent de progresser

Perspectives pour les produits laitiers dans les accords de libre-échange

« Les produits laitiers sont souvent un intérêt offensif dans les négociations, c’est-à-dire que c’est une filière pour laquelle l’Europe a des velléités d’export » relève le spécialiste. C’était le cas lors de l’accord avec le Canada, avec l’Asean, le Japon, la Corée du Sud, les pays d’Afrique et le Mexique par exemple. Mais dans le cas de la Nouvelle-Zélande, les intérêts de l’UE sont défensifs.

 « Le niveau d’utilisation de ces contingents reste limité »

Avec d’autres zones géographiques, les intérêts sont partagés, comme lors de l’accord avec le Mercosur, le Chili et l’Australie. « Pour limiter les effets de ces accords, la Commission a placé les produits laitiers en produits sensibles. Les droits de douane ne sont pas baissés de manière uniforme mais des contingents sont ouverts » décrypte Baptiste Buczinski.

Lire aussi : Voie libre au « camembert » américain en Argentine malgré l'accord UE-Mercosur

Les contingents de produits laitiers de l’UE sont peu utilisés

Les contingents pour l’importation de produits laitiers vers l’Union européenne sont nombreux Certains ont effectués auprès de l’OMC, d’autres dans les accords plus récents. Les concessions, cumulées, peuvent être importantes, comme dans le cas du beurre avec plus de 75 600 t de contingent. « Mais, à part pour le lactosérum, le niveau d’utilisation de ces contingents reste limitée », résume l’agroéconomiste. 

Lire aussi : Quelle est la position des industriels laitiers sur les accords de l’UE avec le Mercosur, le Mexique et les États-Unis ? 

Cumul des contingents de produits laitiers ouverts par l’UE en 2024 ou sur campagne 24/25
 Volume disponible (tonnes)Part utilisée
Beurre75 6621 %
Fromages50 4089 %
Lait, crème, yaourt18 96311 %
Lactosérum5 17820 %
Poudres de lait3 3470 %

« Au sein de ces contingents, il y a des droits de douane, certes inférieurs aux droits de base, mais qui restent relativement forts et limitent le commerce », rappelle Baptiste Buczinski, « mais avec l’arrivée des accords bilatéraux, il y a de nouveaux volumes et des baisses de droits de douane plus importantes ». 

Lire aussi : Produits laitiers : « le secteur chinois veut aller vers des produits à plus forte valeur ajoutée, en concurrence avec les importations »

Le beurre néo-zélandais progresse dans l’UE

C’est le cas de l’accord bilatéral avec la Nouvelle-Zélande, pour lequel les taux de remplissage des contingents ont fortement progressé. Ainsi le contingent de beurre de 5 375 t disponible en 2025 a été rempli à 84 %, celui de 2 507 t de poudres à 39 %, et celui de 6 990 t de fromages a 65 %. Les volumes ouverts en 2026 progressent. 

Lire aussi : +38 % en viande, +58 % en produits laitiers : la Nouvelle-Zélande profite de son accord de libre-échange avec l’UE

« Historiquement, les importations européennes de beurre en provenance de Nouvelle-Zélande augmentent quand les écarts de prix sont conséquents entre les deux origines », signale Baptiste Buczinski. Mais si les droits de douane dans le contingent OMS était de 700 €/t, ils ne sont plus qu’à 300 €/t dans l’accord bilatéral UE-NZ. « Les importations restent conjoncturelles, on importe du beurre quand il en manque, mais à terme, il n’y aura plus besoin d’un net écart de prix », prévient-il.

Lire aussi : Produits laitiers : la Nouvelle-Zélande veut augmenter ses quotas vers l’UE

Des nouvelles concessions sur les produits laitiers

L’accord commercial entre l’UE et l’Australie, qui pourrait s’appliquer en 2027 comprend la suppression des droits de douane sur les fromages, les yaourts, un contingent de 5 000 t de beurre, de 2 000 t de poudre de lactosérum et de 8 000 t de poudre de lait écrémé à droits nuls. 

Lire aussi : Viande rouge, sucre, produits laitiers : quels quotas agricoles dans l’accord UE-Australie ? 

À cela s’ajoutent les contingents accordés au Mercosur, qui sont les mêmes dans les deux sens, de 10 000 t sur les poudres et 30 000 sur les fromages notamment. 

Lire aussi : Le marché européen hors de portée des fromages du Mercosur à moyen terme

Des effets parfois décevants sur les exportations de produits laitiers de l’UE

Dans le cadre de l’accord CETA, avec le Canada, les exportations européennes de produits laitiers ont fortement augmenté. « Le taux de remplissage des contingents est très élevé » se réjouit Baptiste Buczinski, avant de nuancer « c’est le seul accord de libre-échange avec un tel succès. Il n’y a ainsi pas d’effets tangibles de l’accord avec le Japon sur les flux de fromages ». Sur le papier, les exportateurs européens peuvent espérer de nouvelles opportunités vers le Mexique et l’Australie, mais pas vers l’Inde qui est resté très protectionniste sur sa filière laitière.

« Il n’y a ainsi pas d’effets tangibles de l’accord avec le Japon sur les flux de fromages » 

« Si les exportations européennes de produits laitiers vers l’Asie n’ont pas progressé, c’est aussi que d’autres accords ont été signés, notamment avec l’Océanie, très active », pointe l’agroéconomiste.

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