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Poulet importé, le vrai du faux

Les importations françaises de viande de poulet progressent depuis plusieurs années. Toutes les raisons et les circuits ne sont pas mis en avant.

Le poulet est très prisé par les Français. Toutefois, l'offre nationale est insuffisante et le pays à recours aux importations.
Le poulet est très prisé par les Français. Toutefois, l'offre nationale est insuffisante et le pays à recours aux importations.
© Mark DeYoung

Un poulet consommé en France sur deux est importé. C’est le refrain de la filière, s’appuyant sur le constat de l’Itavi. Le prix, la grippe aviaire seraient les principales raisons de ces importations. Les origines brésiliennes et ukrainiennes sont décriées, chiffres à l’appui. Pour autant, connaissons-nous toutes les raisons de ces importations ? Existe-t-il d’autres facteurs qui poussent les industriels de la filière avicole, ceux des plats cuisinés et les restaurateurs à proposer du poulet étranger aux consommateurs ? Dans cet article, nous vous proposons de décrypter le vrai du faux.

Un prix compétitif est-il le seul facteur qui incite à importer ?

Faux ! Le prix est le principal facteur qui pousse certains opérateurs à se tourner vers la viande de poulet importé. Cependant, il existe un autre facteur : l’offre. « Si les industriels importent du poulet standard en France, c’est que cette viande est très prisée par les consommateurs », explique Mohamed Bouzidi, chargé d’études économie à l’Itavi. En France, une grande partie de la production de poulets est de type standard (68 %), selon l’Itavi. Cependant, le pays n’est pas autosuffisant. La grippe aviaire a également réduit les disponibilités en poulet, -2,5 % sur l’année 2022 en comparaison à 2021, toujours d’après l’Itavi.

Les importations reculent-elles depuis les pays tiers ?

Vrai ! Au premier trimestre 2023, les importations de poulets ont chuté de 40 % depuis les pays tiers, comparées au premier trimestre 2022, selon l’Itavi. La forte chute des achats depuis le Royaume-Uni (-58 %), également touché par la grippe aviaire, explique cette tendance. Néanmoins, d’autres pays tiers multiplient leurs exportations en France et dans l’UE. C’est le cas de l’Ukraine. Entre juin 2022 et juin 2023, l’UE a réceptionné 218 000 tonnes (+242 %) de viande de volaille ukrainienne, selon les informations de l’organisation professionnelle belge Landsbond Pluimvee. La hausse de ces exportations est si fulgurante que « l’Ukraine devient le 3e fournisseur de l’UE en dépassant la Thaïlande », a indiqué l’Itavi.

Les exportations permettent-elles d’équilibrer la balance commerciale ?

Faux ! Toujours entre le premier trimestre 2023 et la même période en 2022, les exportations françaises ont baissé de 20 % en volume et ont progressé de 2 % en valeur, selon l’Itavi. Elles ont fléchi de 24 % vers l’UE et de 14 % vers les pays tiers avec des baisses d’envois de 59 % vers le continent asiatique et de 38 % à destination de l’Afrique subsaharienne. Le solde des échanges en viande de poulet s’est dégradé de 124 000 tonnes équivalent carcasse et de 350 millions d’euros entre ces deux périodes.

L’origine UE est-elle toujours garantie ?

Faux ! Parfois, l’UE traite directement avec les pays importateurs. Ces transactions sont recensées et quantifiées par les douanes. D’autres fois, l’UE s’approvisionne dans d’autres pays membres qui jouent le rôle d’intermédiaire. C’est le cas des Pays-Bas. Ils réceptionnent des produits alimentaires en provenance de pays tiers qui transitent sur le port de Rotterdam, sont parfois transformés, puis sont réexportés dans le reste de l’UE et dans des pays tiers comme le Royaume-Uni. Les Pays-Bas sont une véritable « chambre de compensation, pour Mohamed Bouzidi. Environ 72 % du poulet brésilien vendu dans l’UE ont été réexportés depuis les Pays-Bas. »

Impossible de savoir pour le moment quelles quantités sont réexportées vers la France puisque ces produits sont étiquetés Pays-Bas. Toutefois, les quantités importées par les Pays-Bas depuis le Brésil sont supérieures à la consommation néerlandaise. Certains opérateurs se fourniraient donc en viande de poulet qu’ils pensent néerlandaise, alors qu’elle provient en réalité de l’autre bout de monde.

en chiffres

Les importations françaises de poulets au premier trimestre

+8,7 % au premier trimestre 2023/2022

Essentiellement des filets : 900 tec (+ 13 %)

Les ailes : +25 %, pourtant stables les années précédentes

Source : Itavi, d’après les douanes françaises

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