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Poulet : « Le rythme de construction de nouveaux bâtiments reste très éloigné des objectifs fixés »

 2 200 poulaillers et près de 2,8 milliards d’euros d’investissements, c’est ce qu’il faudrait à la France pour reconquérir une part de sa souveraineté en volaille. Car la demande ne cesse de progresser, portée par le poulet, et la production ne suit pas. Les créations de nouveaux bâtiments tardent, avec des obstacles administratifs, dénonce l’interprofession de la volaille. Et ce sont les importations qui en profitent. 

Les administrateurs de l'interprofession Anvol
Yann Nedelec, directeur d’Anvol ; Jean-Michel Schaeffer, président d’Anvol ; et Benoît Drouin, président du Synalaf.
© Catherine Takougang

Le poulet reste la volaille la plus consommée en France, en progression de 5,6% en un an, selon Anvol (l’interprofession de la volaille). Sur les 11 premiers mois de 2025, la croissance du rayon volailles s’établit à 0,2 % par rapport à la même période en 2024. C’est moins que le record enregistré entre 2023 et 2024, à +5,4% en volume. « Ce ralentissement provient des ruptures d’approvisionnement du rayon volailles qui ont pénalisé la croissance » annonce Yann Nedelec, directeur d’Anvol, lors d’une conférence. 

Lire aussi : « La production de dinde est stable en 2025, c’est une bonne nouvelle » 

Une production de poulet en reprise mais insuffisante

La production nationale de poulet enregistre une progression de de 4,4% en un an et représente 74,6 % des volailles abattues en France en 2025. La production des poulets fermiers se reprend après la stabilisation de 2024. Sur 2025, les mises en place repartent à la hausse, +5 % pour les poulets Label Rouge, et +6 % pour les poulets bio. 

Des importations de poulet records, une autosuffisance en recul

 « Plus d’un poulet sur deux consommés en France est désormais importé. Le taux d’autosuffisance a reculé à 67 % en 2025 »

La production ne permet pour autant pas de couvrir la demande croissante. La France a importé en 2025 environ 222 000 tonnes équivalent carcasse de plus qu’en 2020, principalement des pièces à forte valeur ajoutée (filets, préparations), soit une hausse en cinq ans de 36,9% des volumes. Rien qu’en 2025, la progression était de 9,5 % par rapport à 2024.  « Plus d’un poulet sur deux consommés en France est désormais importé. Le taux d’autosuffisance a reculé à 67 % en 2025 » regrette Jean-Michel Schaeffer, président d’Anvol.

Graphique sur la demande en pièces de poulets importé en France
Source : Anvol Itavi -Adocom RP

Le déficit commercial en volaille se creuse 

En 2025 le déficit commercial en volailles de chair a atteint un niveau record de 508 000 tonnes et 1,72 milliard d’euros, creusé par les importations de poulet. Bien que les exportations progressent de 7,5 % en volume, soit plus de 1,25 milliard d’euros en valeur, les importations culminent à 1 million de tonnes pour 3 milliards d’euros (+8,5 %).

Des projections sur dix ans préoccupants pour la volaille française 

Dans le cadre du plan de souveraineté alimentaire demandé par la ministre de l’Agriculture, l’interprofession Anvol a élaboré des projections à horizon 2035.

Se basant sur une croissance modérée de 1,5 % chaque année sur la prochaine décennie, elles indiquent que la consommation de poulet atteindrait alors 30 kg par habitant et par an contre 25,6 kg actuellement. Pour y répondre, la part des importations monterait à 55 % de la consommation française, contre 52,4% aujourd’hui. Le déficit commercial se creuserait par ricochet à 720 000 tonnes pour une valeur de 2,5 milliards d’euros. L’autosuffisance reculerait en volailles à 70 % contre 76,6 % aujourd’hui.

Face à ces perspectives, la filière veut regagner en autosuffisance en poulet, en reconquérant 33 % des volumes importés afin de ramener la part des poulets importés à moins d’un sur trois.

Lire aussi : Volaille : les mentions « Fermier, élevé en plein air » et « Fermier, élevé en liberté » restent protégées par l’UE 

L’état actuel du projet des 400 poulaillers 

« Initialement, l’objectif était de construire 400 poulaillers d’ici 2030 afin de relocaliser 20 % des volumes importés, soit environ 160 000 tonnes » lance Yann Nedelec. À ce stade, entre 43 et 50 poulaillers standards ont été construits et un peu plus de 60 permis de construire ont été déposés l’an dernier. En Label Rouge, environ 40 bâtiments ont vu le jour. « Ce rythme de construction de nouveaux bâtiments reste très éloigné des objectifs fixés pour relocaliser un tiers des volumes importés » souligne Yann Nedelec. 

 « Certains projets bio ont également été contestés. »

De nombreux projets demeurent bloqués par des recours juridiques ou des oppositions locales, avec des délais pouvant atteindre quatre à cinq ans avant leur mise en service. « Certains projets bio ont également été contestés. » s’insurge le directeur d’Anvol. Jean-Michel Schaeffer pointe la surtransposition des normes en France : « à partir de 40 000 poulets, nous sommes obligés de faire une enquête publique, des études d'impact environnementaux, tandis qu’ailleurs en Europe ces contraintes ne s’appliquent qu’à partir de 85 000 poulets à produire au niveau européen »

2,8 milliards d’euros d’investissements

La nouvelle feuille de route de reconquête de la souveraineté alimentaire en poulet dévoilée à cette occasion par Anvol est nettement plus ambitieuse. Elle prévoit la construction de 2 200 poulaillers supplémentaires d’ici 2035. L’investissement total est estimé à 2,8 milliards d’euros sur dix ans, soit 280 millions d’euros par an. Il se répartit entre 1,4 milliard d’euros pour les élevages, 800 millions d’euros pour la transformation avec la création ou modernisation d’abattoirs, 100 millions d’euros pour les couvoirs, 157 millions d’euros pour la reproduction et 367 millions d’euros pour la nutrition animale.

Lire aussi : Le Sud-Ouest se tourne vers le poulet standard pour concurrencer les importations 

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