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Coopérative
Maîtres laitiers du Cotentin : après la défense, l’attaque

La coopérative normande a passé une année difficile, se remettant de sa rupture avec Synutra. Mais elle se dit désormais prête à renouer avec les projets vers le grand export et joue la carte de la segmentation en France.

Pour les Maîtres laitiers du Cotentin (MLC), la campagne 2018-2019, terminée au 31 mars a été celle de la consolidation et du questionnement. Depuis la défection de Synutra, leur principal client pour le grand export – débouché pour lequel ils avaient investi 171 millions d’euros (M€) dans l’usine ultramoderne de Méautis inaugurée à l’été 2017 –, « il a fallu serrer les boulons », explique Christophe Levavasseur, président de la coopérative.

Le contentieux avec Synutra est loin d’être réglé. Synutra a fait état d’une non-conformité des produits pour mettre fin au contrat, les Maîtres laitiers s’en défendent. « Le juge devrait recevoir un rapport d’expert fin septembre, nous avons bon espoir », confie Christophe Levavasseur. Les Normands ont fait la démarche de demander une fiducie de 30 millions d’euros, issue de la vente de l’usine de Carhaix de Synutra à Sodiaal. Un fonds qui sera restitué à l’un ou l’autre quand le verdict sera réglé.

Les pertes sont élevées, puisque MLC a encore des stocks d’emballages estampillés Synutra, certaines factures n’auraient pas été réglées et le groupe réclame des pénalités de non-réalisation des objectifs.

Pourtant nous sommes positifs

« Toute l’équipe a travaillé dans une direction défensive, explique le président, ce qui nous a permis de regagner la confiance de nos partenaires financiers grâce à nos résultats qui ont dépassé les objectifs provisionnels. » Le résultat net du groupe atteint 7,566 M€, contre 1,3 M€ l’an dernier. Le chiffre d’affaires consolidé est estimé à 1,953 milliard d’euros (-1,2 %).

Si le groupe a investi 32 M€ sur la campagne, il a aussi réduit son endettement de 50 M€. Pour la coopérative, le résultat atteint 473 000 €, (contre -6,8 M€ l’an dernier). « Nous avons assumé les charges liées aux usines, effectué des provisions au sujet de Synutra, réduit nos emprunts et absorbé des volumes supplémentaires, et pourtant nous sommes positifs », se réjouit Jean-François Fortin, directeur général du groupe.

Une collecte en progression

Pour se positionner sur le grand export, la coopérative avait proposé à ses producteurs de développer leur production. Sur la campagne 2018-2019, MLC a collecté 439 millions de litres de lait, c’est 39 millions de plus qu’il y a deux ans. Depuis le début de la campagne 2019-2020, la progression est de l’ordre de 5,5 %. Malgré ses aléas, le groupe a tenu ses objectifs, il s’était engagé à payer le prix de base de 320 €/1 000 l, il l’a payé 320,16 €. Le prix moyen réel s’affiche à 362,34 € (+5,99 €).

Les volumes qui n’ont pas pu être destinés à la Chine ont été orientés vers les autres usines, notamment celle de Sottevast, qui a développé ses fabrications de fromages frais. D’autres ont été absorbés par France Frais qui est devenu le débouché de près de 40 % des fabrications du groupe MLC.

« Mais maintenant, fini la défense, c’est l’heure de l’attaque », se réjouit Jean-François Fortin qui assure que « la campagne entamée est déjà meilleure, et l’exercice entamé en avril sera très supérieur au précédent ! »

Retenter le grand export

Si l’usine de Méautis tourne à petite vitesse depuis un an, elle commence à s’animer. « Nous avons effectué des investissements de 7 M€, pour être plus polyvalents et diversifier nos productions destinées au grand export », explique Jean-François Fortin. L’heure est à la recherche de contrats « mais tout prend du temps. Nous avons bon espoir pour un petit redémarrage en novembre. Ceci étant, Méautis ne tournera pas à plein régime avant 2021 », tempère le directeur général.

« Après nos déboires avec Synutra, nous sommes très prudents, notamment sur les moyens de paiement. Il faudrait être payés cash pour que le client ne puisse se prévaloir d’une pseudo-non-conformité », explique Michel Mounier, directeur financier. « Et chaque pays a ses réglementations, ses spécificités, c’est très complexe », renchérit Jean-François Fortin. Le groupe a récemment été agréé pour le lait infantile en Chine.

Méautis ne tournera pas à plein régime avant 2021

Une filière lait de pâturage sans OGM

« Nous avons proposé à nos coopérateurs cette nouvelle segmentation, en accord avec les préoccupations du consommateur », explique Christophe Levavasseur. La coopérative développe la filière depuis 18 mois. Ensuite, la marque Campagne de France, distribuée depuis quelques mois à Système U, pourra passer en Lait de pâturage – sans OGM.

« D’autres enseignes pourraient être intéressées par ce produit », indique Jean-François Fortin. Le succès est au rendez-vous à l’exportation, « nous avons envoyé 10 000 à 15 000 t de fromages frais au Lait de pâturage sur des nouveaux marchés en Europe du Nord depuis janvier 2018 », explique-t-il.

Début octobre, le groupe lancera une nouvelle marque pour la GMS, Elo, des produits laitiers destinés aux enfants en flacon souple, avec différents parfums. Le lancement des fromages frais Campagne de France, référencés pour l’heure à Système U, est satisfaisant. « Les volumes sont conformes aux prévisions, pour le moment la force de vente est encore limitée faute d’investissement, mais nous sommes optimistes », confie Jacques Klimczak, responsable marketing du groupe.

Réo et Yéo dans le vert

La holding industrielle Evoling, qui regroupe la société Yéo à Toulouse et la fromagerie Réo à Lessay, affiche des résultats positifs. Lors de leur reprise par les Maîtres laitiers du Cotentin, chacune de ces sociétés accusait des pertes. Aujourd’hui, Yéo se développe, recrute « et va de nouveau progresser cette année », avance Jean-François Fortin. Quant à Réo, « malgré une hausse du prix d’achat de la matière première de 800 000 euros pour aligner le prix du lait des producteurs de l’OP sur le niveau de l’AOP camembert, les résultats sont positifs », selon Christophe Levavasseur. « Aujourd’hui France Frais est le débouché de 35 % des produits de Yéo, si on a la même stratégie à Réo, c’est 20 % de ventes en plus », complète Jean-François Fortin.

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