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L’avis de l’Usipa
« Les amidonniers s’attendent à des surcoûts de dédouanement, juridiques, de contrôle, de dépôts de brevets… »

Thomas Gauthier, délégué général de l’Usipa (industries des produits amylacés et de leurs dérivés).
© Usipa

Les Marchés Hebdo : Les industriels de l’amidon installés en France que représente l’Usipa (Tereos, Roquette, Cargill, Chamtor) sont très concernés par le Brexit. Dites-nous pourquoi.

Thomas Gauthier : Ces amidonniers implantés en France réalisent les trois quarts de leur chiffre d’affaires – qui est de plus de 3 milliards d’euros – à l’export, dont 8 % en Grande-Bretagne. Ils représentent aussi 20 % des importations britanniques de produits amidonniers. Notons que parfois ces amidonniers disposent de sites de production en Grande-Bretagne et importent des matières premières d'UE pour les transformer localement, ce qui complique la situation. Ils sont détenteurs de brevets et de marques déposés dans l’Union européenne. Le Brexit va demander de nombreuses adaptations. C’est pourquoi les amidonniers français et européens demandent une transition de deux ans ; une transition qu’exclut le cas d’un Brexit dur à la date du 30 mars 2019.

LMH : Quels problèmes logistiques et douaniers vont se poser en cas de Brexit au 30 mars ?

Th. G. : On peut craindre un ralentissement des flux en raison du rétablissement de la frontière, voire un engorgement à Calais et à Douvres. Par exemple, certains de nos  produits liquides se livrent chauds et risquent de refroidir si la circulation des camions ne s'effectue pas normalement et qu'ils restent trop longtemps dans les citernes: alors ils se figent et deviennent impropres à la livraison. D'une façon générale les Anglais commencent à craindre des ruptures d'approvisionnement et dans certains cecteurs industriels installent des stocks tampons du côté britannique. Du reste, il n’y a plus beaucoup d’entrepôts disponibles autour de Londres. Les droits de douane du niveau de l’OMC qui vont s’appliquer en cas de Brexit dur ont été évalués à 211 millions d’euros pour les amidonniers européens, la valeur de la production européenne étant de 7,4 milliards d’euros. En conséquence nous appelons à la mise en place d'une union douanière. Il faudra veiller à ce que le Royaume-Uni ne devienne pas la porte d’entrée dans l’Union européenne d’amidons importés d’autres pays tiers. L’UE est notre plus grand marché. Nous réclamerons, dans la relation future entre l’UE et le Royaume-Uni, un accord commercial prévoyant une règle d’origine à part entière, voulant que l’amidon anglais soit issu exclusivement de céréales britanniques.

LMH : À quels surcoûts s’attendent les amidonniers implantés en France ?

Th. G. : Ils auront des frais supplémentaires pour gérer le dédouanement, comme ils le font avec les pays tiers, des frais juridiques pour modifier les contrats, et peut être redéposer des brevets ou des marques au Royaume Uni désormais en dehors de l’UE, et toute une réorganisation à mettre en place avec les clients et les fournisseurs britanniques ce qui est coûteux en ressources humaines et parfois financières.

Propos recueillis par Sylvie Carriat

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