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Le marché européen hors de portée des fromages du Mercosur à moyen terme

Les excédents de fromages de l’Argentine partent aux États-Unis, en Asie ou vers le Brésil voisin où produire du lait sous les tropiques reste un désavantage compétitif excluant cette origine de l’export.

Diego Pistone
Diego Pistone, directeur de Savencia Argentine et Amérique hispanique, à Buenos Aires, le 7 octobre dernier.
© M-H. André

« Les fromages argentins ne perceront pas en Europe ni à court terme, ni à moyen terme, même en cas d’accord commercial entre l’UE et le Mercosur », assure l’expert José Quintana, ex-secrétaire d’État argentin aux affaires laitières (2015-2019) et lui-même éleveur laitier.

Lire aussi : Quelle est la position des industriels laitiers sur les accords de l’UE avec le Mercosur, le Mexique et les États-Unis ? 

L'Argentine ne vend pas de fromage en Europe

Car l’Argentine, premier exportateur de fromages d’Amérique du Sud, ne vend rien en Europe. « La première destination de nos exportations de produits laitiers en Europe est l’Espagne. De janvier à août dernier, on y a écoulé 75 t, que du beurre de lait, soit 0,02% de leur valeur totale de nos exportations ! », précise M. Quintana. 

Lire aussi : Produits laitiers : Pourquoi l’Amérique du Sud a loupé le coche du grand export

Pas d'agrément des fermes laitières argentines

Cette absence des fromages sud-américains sur le marché européen devrait durer encore longtemps. Les 30 000 tonnes de fromages prévus par l’accord UE-Mercosur, qui pourront être exportées des deux côtés, resteront taxées pendant 10 ans. De plus, le pouvoir des lobbys laitiers européens et leurs exigences de réciprocité des normes de production constituent un obstacle immense, sachant qu’aujourd’hui seules deux fermes laitières argentines (2 sur environ 9 000 !) sont agréées pour l’export vers l’UE. Enfin, les excédents laitiers européens et l’incroyable richesse du patrimoine fromager du Vieux continent mettent la barre très haut.

Lire aussi : Accord UE-Mercosur : « la Commission a répondu à côté de la plaque à la France et aux agriculteurs »

En Argentine, des fromages hérités d'Italie

D’autant plus haut que dans les Pampas, on fait des versions créoles de fromages italiens. Les descendants des immigrés piémontais et sardes devenus colons agriculteurs dans l’Argentine de la fin du XIXème siècle font, comme eux, de la mozzarella et de la provoleta, du provolone, du reggianito, du fontina, etc.

Lire aussi : Lait : la collecte décolle en Amérique du Sud

Certains fromages argentins sont uniques : le patagon Chubut et le Mar del Plata, par exemple, deux fromages à pâte mi-dure somme toute rudimentaires ; le fromage Tafi del Valle, de Tucumán, est atypique mais il faut aller le chercher au fond des vallées des Andes et restera indisponible en quantité suffisante pour rivaliser à l’export.

Savencia Argentine n'expédie rien en Europe

Verra-t-on un tel Tafi argentin, un jour, en France, en tête de gondole, comme l’est aujourd’hui le camembert de marque « Île-de-France » importé par Savencia et distribué dans les supérettes des quartiers chics de Buenos Aires ?

Le D-G. de Savencia Argentine, Diego Pistone, croisé à un congrès du Medef organisé à Buenos Aires le 7 octobre dernier, nous renseigne que Savencia, qui se trouve dans le Top 5 des industriels du pays suite à son rachat, en 2023, des marques locales centenaires Milkaut et Ilolay, « exporte des fromages depuis l’Argentine, notamment du bleu élaboré grâce au savoir-faire de notre maison-mère française, dans une usine entièrement voué à cette ligne et dont 70% de la production s’exporte», a-t-il dit à la tribune. « Mais on n’expédie rien en Europe. Savencia y est déjà bien positionné », nous a-t-il dit en marge du congrès.

Le Brésil n’est pas compétitif sur le lait

L’origine brésilienne en fromage devrait, elle aussi, demeurer longtemps absente du marché européen. Produire du lait sous les tropiques a son prix. Celui payé aux éleveurs brésiliens tourne autour de 0,50 dollar ($US) le litre, contre 0,37 $US/l dans les Pampas herbeuses de l’Argentine au climat doux et humide.

Au Brésil, le groupe Lactalis est devenu le premier transformateur de lait en 2019 à la suite de son rachat de la société Itambé. Celle-ci fait-elle dans l’import-export de fromages au Brésil comme Savencia le fait en Argentine ? Le directeur marketing d’Itambé nous a raccroché au nez dès qu’il a entendu le mot « journaliste ».

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