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Commerce extérieur
L’agroalimentaire, secteur le plus taxé

Sur fonds de tension entre la Chine et les États-Unis, le secteur agroalimentaire mondial souffre d’un protectionnisme grandissant. Le référent français dans l’assurance-crédit Coface a réalisé une étude sur le sujet.

Julien Marcilly, chef économiste de Coface.
© DR

Jusqu’alors épargnés, les marchés agricoles et agroalimentaires mondiaux souffrent d’incertitudes liées notamment à la montée du protectionnisme, selon une étude présentée à la presse le 18 octobre 2019 par un expert français de l’assurance-crédit Coface. « Le secteur a été peu touché après la crise de 2008, mais aujourd’hui, c’est le plus taxé par les droits de douane. De plus, ces derniers ne représentent qu’un sixième des mesures protectionnistes dans le monde s’appliquant aux produits agricoles. Il y a d’autres mesures non tarifaires, dont les normes phytosanitaires », affirme Julien Marcilly, chef économiste de Coface.

La montée du protectionnisme se fait sur fond de tension commerciale entre la Chine et les États-Unis. Coface prévoit une continuité des menaces protectionnistes de la part de Donald Trump dans un contexte préélectoral où il sera en retard dans les sondages. « Il aura taxé tous les produits chinois d’ici à la fin de l’année, prévient Julien Marcilly, la loi de 1977 lui permettrait même d’interdire l’arrivée sur le territoire de tous produits en provenance d’un certain pays, la Chine en l’occurrence. Mais elle lui permet aussi d’interdire d’exporter vers la Chine ».

Ce climat d’incertitude pèse sur la confiance des entreprises. Pour répondre aux États-Unis, la Chine menace de viser l’agroalimentaire américain. Ces tensions se traduisent par une volatilité des cours des matières premières.

Le soja au cœur de la guerre commerciale

Le soja est tout particulièrement concerné car, en servant à la fois pour l’alimentation humaine et porcine, la légumineuse est « au cœur de la guerre commerciale », estime Sarah N’Sondé, responsable des analyses sectorielles de Coface.

À cause des tensions commerciales et de la peste porcine africaine qui sévit en Asie orientale, Coface prévoit pour 2019 une diminution de 9 % du cours du soja, comparé à 2018. La faute à une chute de la demande liée à l’abattage massif du cheptel porcin chinois. Les importations chinoises en soja américain ayant drastiquement chuté, le pays asiatique se tourne actuellement vers le Brésil et l’Argentine. Les deux pays ne sortent toutefois « pas comme les grands bénéficiaires de la situation à cause de la chute des cours », nuance Sarah N’Sondé.

De leur côté, pour trouver de nouveaux marchés pour exporter son soja, les États-Unis se sont tournés vers l’UE qui a réduit ses importations en provenance d’Amérique du Sud.

Baisse des cours jusqu’en février 2020

La légumineuse n’est néanmoins pas la seule matière première américaine touchée. « Les exportations de maïs américain vers la Chine ont chuté de 50 %, tandis que celles de blé ont diminué de 44 % entre les saisons 2016-2017 et 2017-2018 », explique Erwan Madelénat, économiste sectoriel de Coface. « Nous prévoyons une poursuite de la baisse des cours jusqu’en février 2020 », ajoute-t-il.

En plus de la peste porcine, d’autres incertitudes pèsent sur le marché telles que le Brexit, les phénomènes climatiques El Niño et La Niña, mais aussi la chenille légionnaire d’automne. Ce nuisible pour le maïs a commencé à faire son apparition en Chine, qui représente 30 % de la production mondiale de la céréale.

Les banques centrales se mobilisent

Les banques centrales des États-Unis, de la zone euro et de nombreux pays émergents prennent la mesure de la situation incertaine du marché mondial tous secteurs confondus (les entreprises manufacturières et de l’automobile souffrant également du protectionnisme). Du fait du ralentissement marqué de la croissance, de nombreuses banques ont annoncé des mesures d’assouplissement monétaire. Les effets de ces politiques monétaires qui fixent des taux d’intérêt nominaux négatifs sont incertains. Des taux directeurs négatifs peuvent stimuler l’économie grâce au coup de pouce donné aux ménages et aux entreprises, mais ils peuvent également éroder la rentabilité des banques. Mais, en théorie, l’effet positif sur l’activité prévaut.

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