« La Maison de la Bio peut être le nouveau vecteur pour développer le bio »
Le Synadis bio a quitté l’Agence Bio en réponse aux coupes budgétaires dont elle a fait l’objet. Pour Éric Natali, président d’Accord Bio, un regroupement de magasins bio indépendants, il faut repenser la gouvernance d’une filière qui répond aux préoccupations santé des consommateurs.
Le Synadis bio a quitté l’Agence Bio en réponse aux coupes budgétaires dont elle a fait l’objet. Pour Éric Natali, président d’Accord Bio, un regroupement de magasins bio indépendants, il faut repenser la gouvernance d’une filière qui répond aux préoccupations santé des consommateurs.
Le syndicat des distributeurs spécialisés bio a annoncé la semaine dernière quitter l’Agence Bio, après de vifs débats. Éric Natali, président du groupement de 270 magasins indépendants Accord Bio et membre du Synadis Bio revient pour Les Marchés sur les raisons de ce départ et les attentes de l’aval de la filière.
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Les Marchés : Pourquoi avez-vous voté pour que le Synadis Bio quitte l’Agence Bio ?
Éric Natali : Je suis en accord total avec ce que Christelle Le Hir, la Présidente du Synadis Bio a écrit dans le communiqué, l’Agence Bio aujourd’hui n’a plus les moyens de réaliser ses missions. De plus, on ne peut pas rester à l’Agence Bio à partir du moment où une partie du budget est allouée à des acteurs comme Super U ou Carrefour pour faire de la communication sur la bio. Nous sommes à des années-lumière de leur vision du bio.
Les Marchés : Quelle gouvernance envisagez-vous pour la filière bio ?
Éric Natali : La Maison de la Bio peut être le nouveau vecteur pour développer le bio, c’est une suggestion de Christelle Le Hir. Nous promouvons le respect de la chaîne toute entière, du producteur au magasin. On parle de transférer les missions de l’Agence Bio à FranceAgriMer, mais ce serait en diluant les budgets.
Est-ce que FranceAgriMer épaulera aussi bien la filière bio ?
Est-ce que FranceAgriMer épaulera aussi bien la filière bio ? Nous devons garder notre indépendance. D’autant plus qu’il faudra interpeller les candidats à l’élection présidentielle sur ce qu’ils font pour le bio. Il faut protéger la santé des gens, c’est le levier pour la bio.
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Les Marchés : Comment se porte le marché de la bio aujourd’hui, pour vous ?
Éric Natali : La surchauffe était prévisible, avec des ouvertures de magasins en cascade en 2018, 2019. Le Covid a masqué la crise et nous n’avons été dans le dur qu’en 2022. En 2025, il y a eu un redémarrage, mais pas une réaccélération. Grâce au travail général de la distribution spécialisée bio, nous avons su adresser la question du prix des produits bio.
Nous avons su adresser la question du prix des produits bio.
Aujourd’hui, les fruits et légumes bio sont moins chers chez nous qu’en GMS, même par rapport au conventionnel on peut se démarquer. Mais il faut rester prudent. Nos magasins peuvent subir le contrecoup du gros redémarrage de Biocoop, et la GMS peut casser le marché. Notamment en axant tout sur les marques distributeurs et plombant les marques nationales.
En tant que magasins indépendants, nous devons développer le service personnalisé au consommateur, le conseil, notre point fort.
En tant que magasins indépendants, nous devons développer le service personnalisé au consommateur, le conseil, notre point fort. Et être intransigeants sur la qualité.
Les Marchés : Quels sont les leviers pour développer la consommation bio ?
Éric Natali : Les préoccupations sur la santé sont très fortes, c’est là le futur de la bio. Un des moteurs de croissance des magasins Accord Bio c’est le secteur des compléments alimentaires. Nous avons perdu des parts de marché au profit des pharmacies à l’époque Covid, nous reprenons du terrain grâce à de la pédagogie et de la proximité. Par ailleurs, notre clientèle rajeunit, elle vient acheter des légumes bio pour ses enfants.
Nous référençons des premiers prix bio
Nous référençons des premiers prix bio, comme des pâtes à 1 €/kg, mais sans transiger sur la qualité. Nous travaillons notre sourcing, visitons les producteurs, le pire qui pourrait arriver c’est une affaire sanitaire. Là-dessus, que pourrait faire FranceAgriMer ? Sur cet enjeu de la qualité des produits, je fais confiance à la Maison de la Bio.