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À dix ans, Bio Direct aborde une nouvelle étape

Bio Direct, le premier groupement de producteurs de porcs bios français a fêté début février ses dix ans. L’occasion de regarder dans le rétroviseur et de se projeter dans le futur, alors que la production augmente à vue d’œil en France.

Les cent producteurs et les deux salaisonneries génèrent aujourd'hui un chiffre d'affaires de 15 millions d'euros.
© Fr. J.

Cent producteurs aujourd’hui, cent vingt prévus en 2020, deux salaisonneries qui pèsent, en cumulé, un peu plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires avec une soixantaine de salariés. La croissance du groupement Bio Direct (siège social à La Gravelle, Mayenne) paraît sans limites, tant le marché réclame toutes sortes de produits bios en rayon, y compris de la viande de porc et des salaisons.

Il y a dix ans pourtant, il ne fallait pas avoir froid aux yeux pour se lancer dans pareille aventure. À l’époque, une dizaine de producteurs bios, bretons et normands pour la plupart, fondent Bio Direct. Ils fixent un cahier des charges plus restrictif que le cahier des charges AB européen – pas de caillebotis, pas d’activité conventionnelle sur l’exploitation, terres permettant l’autonomie alimentaire, etc. – pour viser la meilleure qualité de ses porcs. Parallèlement, Bio Direct se dote d’une structure technique (deux techniciens d’élevage aujourd’hui) pour accompagner les éleveurs et gommer le plus possible l’hétérogénéité des modèles et de la qualité de la viande.

Rémunérés à 3,75 euros du kilogramme de carcasse

Le groupement prend le statut de SAS et rencontre Biocoop, une enseigne qui va en faire son partenaire de référence pour le porc. L’enseigne phare des magasins spécialisés parvient à le convaincre, dès 2009, d’investir dans un atelier de transformation, la Société Bignon Viande ou SBV (Louvigné-du-Désert, Ille-et-Vilaine). Une folie pour un groupement d’un an d’existence, mais « Biocoop va nous aider financièrement au travers d’un fonds, ce qui déclenchera le soutien bancaire », explique le président de Bio Direct, Antoine Foret, éleveur dans la Sarthe. Les porcs vifs sortis des élevages des adhérents du groupement sont commercialisés par Erca Bio, structure de vente commune à Bio Direct et Cooperl qui les abat.

Conscient qu’il lui faut garder des capacités industrielles pour approvisionner d’autres clients – la SBV consacre 75 % de son activité à Biocoop –, le jeune groupement se lance dans une seconde acquisition, la Charcuterie artisanale du pays gallo à Carentoir (Morbihan), récemment liquidée.

Innover pour résister à la surproduction

Avec cette structure de production et de transformation et un débouché garanti, Bio Direct a des ailes pour se développer dans les magasins spécialisés – Bio Direct ne travaille pas en GMS – et accroître sa notoriété pour attirer de nouveaux producteurs. En dix ans, les producteurs, d’une quarantaine d’années en moyenne, sont passés de dix à cent. Ce sont des naisseurs engraisseurs pour les deux tiers (50 à 60 truies pour une soixantaine d’hectares), naisseurs ou engraisseurs pour le reste, situés dans le grand quart nord-ouest. Ils sont rémunérés autour de « 3,75 euros du kilogramme de carcasse », précise Antoine Foret.

Depuis 2018, Bio Direct a, non seulement, stoppé sa collaboration avec Cooperl, a cédé ses parts dans Erca Bio et a conclu un contrat de prestation d’abattage avec Charal (Sablé-sur-Sarthe), mais va aussi innover dans l’offre produit (lire encadré) pour conserver son leadership de la production porcine bio française (40 % de la production). C’est aussi la voie choisie pour résister aux risques de surproduction dont des signes précurseurs (une certaine tension sur les prix) se manifestent depuis début 2019.

Renforcement des allégations « bien-être animal »

Pour reprendre de l’avance dans l’offre de porcs bios en France, Bio Direct a annoncé, le 5 février lors de ses dix ans, le lancement en 2019 de deux nouveaux segments de production. Un porc bio mâle entier (non castré) « pour répondre à une demande des consommateurs et de nos clients », dit Antoine Foret. Un porc bio en mâle entier pouvant exhaler des odeurs fortes, Bio Direct enjoint à ses clients de l’accompagner dans cette filière pour couvrir les coûts supplémentaires. « Nous devons travailler du producteur au consommateur, comme nous l’avons toujours fait », dit-on du côté de Bio Direct. Second segment, un porc bio santé nourri avec des ingrédients (lin, antioxydants, etc.) favorables à la santé humaine.

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