Dinde : alourdir les carcasses, la stratégie de LDC et Galliance pour la reconquête
Après une chute ininterrompue des abattages depuis 2000, la dinde semble reprendre quelques couleurs en France. Au moins le recul est stoppé. Avant un rebond par l’alourdissement des carcasses ?
Après une chute ininterrompue des abattages depuis 2000, la dinde semble reprendre quelques couleurs en France. Au moins le recul est stoppé. Avant un rebond par l’alourdissement des carcasses ?
Les chiffres des abattages de dindes rapportés par l’institut technique Itavi paraissent stables depuis 2019. Les tonnages abattus l’an passé se situaient à 243 700 tonnes équivalent carcasse (tec), soit 700 tec de plus que l’année précédente (+ 0,3 %). Les volumes se sont stabilisés à ce niveau-là : 245 000 tec en 2022, 240 000 en 2023, après un recul significatif dû à la grippe aviaire. L’espèce dinde avait alors perdu 50 000 tec en 2021. De là à dire que la dinde reprend des couleurs est aller un peu vite en besogne. Elle semble se stabiliser après avoir perdu beaucoup en vingt-cinq ans. Depuis 2000, pic de la production de dinde en France (738 000 tec dont près de la moitié à l’exportation), la production de dinde a été quasiment divisée par trois. À l’époque, la dinde représentait 37 % de la production nationale de volailles.
Lire aussi : « La production de dinde est stable en 2025, c’est une bonne nouvelle »
Une compétitivité française dégradée en dinde
L’espèce va être freinée par deux évènements : l’interdiction des farines animales (2001) et des antibiotiques comme facteurs de croissance « a eu pour effet de renchérir les coûts de production et de dégrader la compétitivité de la filière française », décrit Laurent Girard, référent dinde du groupe LDC, par ailleurs directeur général de sa filiale bretonne, la Société bretonne de Volailles (douze usines). Les volumes à l’export ont chuté à mesure du développement de la production dans les pays clients de la France. « La France en a exporté 72 000 tec en 2019, 50 000 tec en 2025 », commente Mohammed Bouzidi, chef de projet au service socio-économie de l’Itavi. La France se situe désormais au cinquième ou sixième rang des producteurs mondiaux de dindes, selon l’Itavi.
Quatre grands abattoirs de dindes en France
Le secteur en France repose aujourd’hui sur quatre abattoirs qui traitent chacun au moins 2,5 millions de têtes par an et les découpent intégralement pour la consommation en UVC, en RHD et l’industrie. « Ceux-ci font trois quarts des volumes en France, les 25 % restant étant réalisés par une quarantaine d’ateliers », poursuit Mohammed Bouzidi. À lui seul, le groupe LDC représente près de la moitié de la production de dindes en France, soit 330 000 dindes abattues par semaine pour une production nationale hebdomadaire autour des 650 000 têtes.
Lire aussi : Déconsommation de dinde : et si c’était la faute du poulet ?
Le consommateur français mange de plus en plus de volailles (31,7 kilos par habitant et par an en 2025). Il s’agit avant tout de poulets (80,7 % de la consommation) suivis de la dinde (10,8 %), selon l’Anvol. « Mais la dinde redevient intéressante », explique Laurent Girard (groupe LDC). « Sur le plan nutritionnel, elle affiche un taux de protéines élevé (22 %) et c’est une volaille qui est une alternative au poulet dont la forte demande peut créer des tensions dans l’approvisionnement ».
Alourdir les carcasses pour gagner en productivité
Pour satisfaire la consommation de poulet, la France importe déjà 53 % de ses besoins. C’est loin d’être le cas en dinde (moins de 20 %). Encore faut-il que l’espèce retrouve de la compétitivité. LDC estime que cela pourrait être par l’alourdissement des carcasses, comme c’est déjà le cas dans les principaux pays producteurs (Allemagne, Pologne notamment).
Lire aussi : Dinde : comment expliquer la déconsommation ?
Par le passé, les abattoirs ont compensé la réduction du nombre de têtes par l’alourdissement des carcasses, passées entre 2000 et 2024 d’un poids moyen de 6,5 à 9 kilos, mâles et femelles confondues. Aujourd’hui, LDC veut aller plus loin et viser « d’ici deux ans une production 100 % alourdie autour d’un poids moyen de 14-15 kilos ». Pour LDC, ce chemin nécessite des évolutions de conduite chez les producteurs et des investissements en industrie.
LDC et Galliance investissent en dinde
Le groupe investit actuellement 15 millions sur trois ans chez Celvia-Dinde (Saint-Jean-Brévelay, Morbihan), un de ses trois sites « dinde » et prépare des évolutions marketing en élaborés, notamment en PAI et RHD.
Lire aussi : LDC : comment Le Gaulois innove pour suivre les tendances en volaille
Chez l’opérateur Galliance (groupe Terrena) où la dinde représente 40 000 par semaine sur un seul site (Moncoutant, Deux-Sèvres), l’analyse est la même. « Nous allons privilégier l’alourdissement des dindes et poursuivre nos investissements (1 à 1,5 million d’euros par an) pour optimisation filière et recherche de performance », résume Nicolas Eymeoud, directeur général de la branche dinde de Galliance. La viande de dinde ne sera pas demain consommée à domicile comme jadis. Mais il y a clairement de place en RHD où la dinde est déjà bien en place. Pour accroître ses positions, LDC entend développer son concept « Côté Jardin » compatible Egalim. Il prévoit également étendre son cahier des charges « Nature d’Éleveurs » à la dinde en 2030.