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Comment Armor Protéines a réduit sa consommation d'eau

Les 11èmes RITT se sont penchées sur la maîtrise de l'usage de l'eau dans les process agroalimentaires. La filiale du groupe Savencia a présenté sa démarche, dans l'attente de la parution du décret sur la réutilisation.

par Charles Bouyer, responsable de production du site Armor Protéines de Saint-Brice-en-Coglès
par Charles Bouyer, responsable de production du site Armor Protéines de Saint-Brice-en-Coglès
© Thierry Goussin

Le CTCPA, Technocampus Alimentation, ONIRIS et Tecaliman ont choisi un sujet d'actualité pour la 11ème édition des RITT (Rencontres d'Innovations Techniques et Technologiques en agroalimentaire), qui s'est déroulée le 5 décembre à Nantes. Face au changement climatique et à ses effets accélérés, la question de l'eau devient de plus en plus prégnante. Le gouvernement a dévoilé en mars dernier son plan eau en 53 mesures, avec un objectif de réduire les prélèvements de 10 % d'ici 2030 et l'accompagnement de 50 grands sites industriels. 1 000 projets de REUT (valorisation des eaux non conventionnelles) doivent être développés d'ici 2027. Un domaine dans lequel la France, avec seulement 0,6 % de ses eaux traitées réutilisées, accuse un grand retard sur ses voisins, l'Italie (8 %) et l'Espagne (14 %), et encore plus sur Israël (91%).

Lire aussi : Industrie laitière : des pistes pour réduire son empreinte environnementale

Un plan d'action né dans l'urgence

Au moment de ces RITT, c'est toujours le cas début janvier, l'industrie agroalimentaire était en attente de la publication du décret la concernant sur cette réutilisation des eaux usées et les usages possibles. La journée nantaise a démarré par un panorama introductif des usages de l'eau dans les IAA, préparé par des étudiants d'ONIRIS : lavage des produits, ingrédient, nettoyage et désinfection, transferts thermiques... Loin de l'agriculture, qui pèse 58 % de la consommation d'eau en France, l'industrie en représente 4 %, et en son sein l'industrie alimentaire 7,5 %. Les disparités sont importantes suivant les secteurs. Durant le process, la panification ne consomme que 0,095 m3 d'eau par tonne de produits fabriqués, quand les plats préparés sont à 3,5 et l'industrie laitière à 5. Cette dernière est également fortement consommatrice d'eau durant la phase nettoyage. En conséquence, cette filière « est une des plus avancées, également parce qu'elle est en circuit fermé », a relevé Nicolas Belaubre, chef de projets au CTCPA. 

Lire aussi : Reuse, ou la réutilisation des eaux usées, bientôt une réalité

L'illustration phare de ces RITT est justement venue de l'industrie laitière avec la présentation par Charles Bouyer, responsable de production du site Armor Protéines de Saint-Brice-en-Coglès (35), filiale de Savencia, d'un plan d'action né dans l'urgence. Le déclencheur en a été la sécheresse de l'été 2022 et la demande préfectorale d'une réduction de 20 % de sa consommation d'eau de ville. Une restriction auxquelles les entreprises ayant mis en place un Plan de sobriété hydrique (PSH) peuvent échapper dans certaines conditions, avait auparavant exposé Nicolas Belaubre.

Lire aussi : Quelles initiatives des industriels du collectif « Eau propre »

Quelles aides pour économiser l’eau

N'étant pas dans cette configuration, Charles Bouyer a donc lancé un plan d'urgence « pour pérenniser le fonctionnement du site », qui emploie 150 salariés et traite 500 millions de litres de lait à l'année. En un mois et demi, il est parvenu à réduire les consommations d'eau de 10 % en distinguant lavage avant et après CCP, en vérifiant tous les paramètres des NEP et en faisant la chasse aux fuites. Une fois l'urgence passée, le dirigeant est « revenu aux bases : relevés automatiques pour un bilan journalier, remise à niveau des réseaux, surveillance des rendements et cartographie des pertes inutiles ». Sur les NEP, « le nerf de la guerre » selon lui, le site est passé pour le prétraitement de 250 à 205 mpar jour. Charles Buoyer vise pour cette année des économies globales de 470 m3 par jour, soit 170 000 m3 sur un an, et attend le décret pour lancer un projet de réutilisation des eaux usées traitées. Il a par ailleurs avoué sa méconnaissance des opportunités offertes par les Agences de l'eau, dont les aides possibles sur le bassin Loire Bretagne ont été présentées par Lucille Rosnet. La Région Pays de la Loire va de son côté lancer cette année un appel à projets pour accompagner les IAA qui souhaiteraient se saisir du dossier réutilisation, a annoncé Lydie Bernard, vice-présidente du Conseil régional.

 

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